A Montreux en 1991 le professeur Miles Davis

A Montreux en 1991 le professeur Miles Davis

Tous les mercredis de l’été, notre chroniqueur revient sur quelques grands moments des festivals, en relisant les articles du «Journal de Genève» et de la «Gazette de Lausanne»

Miles & Quincy. Duo de choc au Montreux Jazz Festival, le 8’juillet 1991. Alors que le premier n’avait jamais accepté de revisiter sa carrière passée, il accepte de le faire pour le second. Et aussi pour Claude Nobs et un gros cachet. Il accepte, explique Michel Barbey deux jours après dans le Journal de Genève et la Gazette de Lausanne, d’éventuellement tomber dans un «guet-apens» qui lui est tendu, à lui, désormais consentant mais «visiblement intimidé»: «Intransigeant sur la notion de création, pour lui liée à l’immédiateté du présent, Miles s’est toujours refusé à regarder en arrière.» Or le voilà qui relit, «en grande formation, des célèbres arrangements confectionnés sur mesure (ceux des années 50 et 60) par le tailleur de luxe Gil Evans».

Magie de l’instant, Miles Davis «a troqué ses hypertrophiques lunettes de soleil noires contre une petite paire de binocles professorale». Un léger sentiment de décalage’ que donne ce Miles-là, avec «son propre héritage», qu’il réévalue «en homme d’aujourd’hui passionné par la musique de son temps».

Cette «superproduction glacée génialement convertie» par un sorcier «en uvre toute frémissante de vie et d’émotion», Christian Jacot-Descombes l’avait aussi vécue par le biais d’«un magnifique sourire extatique», celui de Christian Gavillet, à la tête du Big Band de Lausanne.

Lorsque le Veveysan avait «reçu le coup de téléphone qui lui demandait de faire partie [‘] de l’orchestre de Quincy Jones pour jouer avec Miles Davis», il avait d’abord cru, avoue-t-il, «à une plaisanterie». Puis il avait décommandé tous ses rendez-vous. Et que dit-il au terme de cette soirée d’anthologie’ «Je suis content d’avoir choisi de faire de la musique quand j’étais petit.»

Miles, lui, déjà sérieusement malade à cette époque, mourra à peine trois mois plus tard.

 

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