Anne Perry ou le policier victorien intranquille

Anne Perry ou le policier victorien intranquille

William Monk, commandant de la police fluviale dans la Londres victorienne, a un ennemi vraiment juré. Mais il ne sait pas, ou plus, pourquoi. C’est la situation inédite que pose Vengeance en eau froide, nouvelle aventure de l’enquêteur, qui suit en particulier Du Sang sur la Tamise. Le traumatisme d’un drame sur un bateau, qui a conduit à la mort d’un collègue proche de William Monk, pèse sur les esprits.

Découverte d’un corps dans la Tamise

Cette fois, l’affaire commence par la découverte d’un corps dans la Tamise, sur laquelle règne le commandant. La victime, qui a reçu une balle dans le dos après s’être noyée, était poursuivie par les services des douanes. Il s’agit d’un faussaire fameux. Puis un incident survient, qui conduit à une deuxième mort, et la mise en danger d’un policier. C’est dans ce choc avec les douanes que le policier du fleuve découvre la haine qui couve chez son adversaire.

Or, William Monk a perdu toute mémoire antérieure à un accident qu’il a connu il y a quelques années. Les motifs de la vindicte personnelle demeurent vagues, et l’ennemi se garde bien de les dévoiler. Toujours conseillé par sa femme, William Monk tente de maîtriser ce jeu complexe, qui remonte notamment à des années de jeunesse vécues dans la Californie de la Ruée vers l’or, lorsque des couples anglais se sont connus, affrontés peut-être’

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Un héros fort et chétif à la fois

Anne Perry pourrait tricoter des romans policiers victoriens tranquilles, classiques et de bonne facture, les mailles à l’endroit. Avec son cycle de William Monk, elle déploie pourtant une saga qui s’assombrit en même temps qu’elle s’émaille d’épisodes nouveaux et colorés, à l’image des séquences de San Francisco dans ce roman-ci. Son héros demeure cet être fort et chétif à la fois, fragilisé par son amnésie, qui recouvre son identité dans son épaisseur temporelle par bribes, par à-coups qui le fragmentent. Le suspense classique de l’investigation constitue l’épine dorsale du roman, mais il s’enrichit de ces pans d’existence du protagoniste.

La composition inclut cette Tamise presque centrale, lieu de surveillance et de drames, méandre crucial qui, en fait, représente le point d’accroche du personnage central, le fleuve qui lui sert de centre du monde. A plus forte raison, quand l’ordinaire de William Monk se distend entre les reliques du passé et les urgences de l’enquête présente. Jusqu’à la difficulté d’un défi judiciaire, au tribunal.

Anne Perry, «Vengeance en eau froide», trad. de l’anglais par Florence Bertrand, 10/18, 386 p.

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