Anohni et Muse entre messe noire et communion rock

Anohni et Muse entre messe noire et communion rock

C’est à Anohni qu’est revenu vendredi soir l’honneur d’inaugurer l’Auditorium Stravinski. Anohni, c’est une Anglaise installée depuis l’enfance aux Etats-Unis. Il n’y a pas si longtemps, avant de devenir officiellement transgenre, elle s’appelait encore Antony Hegarty. A Montreux, en 2005 puis 2009 en compagnie d’un ensemble à cordes, Antony and the Johnsons avait offert au public du Montrex Jazz deux concerts vibrants. Voix d’ange, mélodies soyeuses, musiciens sensibles: les performances d’Antony avaient cette faculté rare d’émouvoir aux larmes.

Mais vendredi dernier, c’est donc Anohni qui foulait le vaste plateau de l’Auditorium Stravinski. Un gigantesque écran, deux musiciens derrière des claviers et ordinateurs. Un dispositif minimal pour un concert aux allures de messe noire. Après une long clip introductif d’une quinzaine de minutes montrant une Naomi Campbell exécutant une sorte de danse tribale, envoûtant mais lassant, la chanteuse entre scène, drapée comme ses acolytes dans une longue cape noire. Gants noirs, voile noir sur le visage, qu’on ne verra jamais: comme pour souligner son désir de s’effacer derrière un nom-concept, Anohni accompagnera durant une heure de sa voix androgyne les morceaux électro-pop de son beau premier album, «Hopelessness». Derrière elle, sur l’écran, des visages de femmes de tous âges, toutes races. Des femmes «normales», avec leurs imperfections et leur authenticité. Concernée tant par les questions liées aux genres et à la féminité que par l’écologie, Anohni a livré un beau concert, mais exempt de l’émotion qui transcendait les prestations d’Antony and the Johnsons. L’écrin du Strav’ était bien trop grand pour elle.

Contraste total le lendemain avec la venue, avant des concerts open air au Gurten puis au Paléo, des Anglais de Muse. La présence dans une salle de 4000 places d’un groupe habitué aux stades laissait présager d’un show intense. Il n’en fut rien, du moins pour les non initiés’ Matthew Bellamy et ses trois complices sont partis pied au plancher avec «Psycho», extrait de leur septième et dernier album en date, «Drones». Suivront «Agitated», une vieille face B, puis «Hyper Music», tiré de leur deuxième enregistrement, «Origin of Symmetry» (2001). Le groupe a choisi de faire plaisir à ses fans les plus irréductibles, leur offrant passablement de titres anciens ou rares. Problème pour les autres: on a eu l’impression d’entendre un seul et même titre, tant le son était lourd et saturé, sans aspérités. Point positif: pas de show démesuré et l’envie de placer la seule musique au c’ur des débats. Une bonne chose, si ce n’est que le groupe lui-même a semblé s’ennuyer, assurant le truc sans réellement donner l’impression de prendre du plaisir à être là, à Montreux.

Après une petite heure, place au rappel, déjà. Les quatre musiciens reviennent avec le funky «Panic Station» et, comme dans le clip accompagnant cette chanson de 2012, sont déguisés. Autour d’eux, une vingtaine de personnes elles-aussi costumées, dont un personnage Lego géant’ On est entre La Compagnie Créole («Au bal masqué, ohé ohé’») et Chantal Goya. C’est festif et sympa, des ballons géants tournoient dans la salle, et il paraît même que c’est seulement la deuxième fois, après Toyko en 2013, que Muse offre ce rappel cartoonesque. Mais après quatre titres, on rallume les lumières, tout le monde au lit. Le concert n’aura duré qu’une heure vingt. Pour un groupe de ce calibre et investissant seul le Strav’, sans première partie, c’est quand même un peu limite.

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