Attentat de Berlin, la tête d’un suspect tunisien mise à prix

Attentat de Berlin, la tête d'un suspect tunisien mise à prix

L’Allemagne a son suspect numéro un. Anis Amri, Tunisien, né en 1992. Sa tête est mise à prix depuis mercredi soir: la police a diffusé une photo du jeune djihadiste. L’Etat offrira 100’000 euros à toute personne fournissant des informations permettant son arrestation. La somme, inhabituellement élevée, est à la hauteur de la pression qui pèse sur les enquêteurs de retrouver rapidement un suspect probablement armé et jugé très dangereux. Sur la fiche de recherche diffusée par la police, encadrée de rouge et surmontée du mot Terrorismus, deux photos du suspect: cheveux bouclés, visage légèrement empâté sur la photo de gauche; crâne rasé, petites lunettes fines sur celle de droite. L’homme recherché pèse 75 kilos pour 1 mètre 78.

Titre de séjour oublié dans le camion

Le suspect a été démasqué par une erreur similaire à celle commise par le commando terroriste de Charlie Hebdo: un titre de séjour provisoire établi à son nom par les autorités allemandes, oublié dans la cabine du camion.

Hier, les autorités confirmaient qu’Anis Amri aurait dû être expulsé d’Allemagne en juillet dernier. La question des expulsions vers les pays du Maghreb est de nouveau au centre du débat politique dans le pays.

Les titres de séjour provisoire sont tout particulièrement sous le feu des critiques. Valables un an et renouvelables, ils permettent à un requérant d’asile débouté de séjourner dans le pays pour des raisons de santé, parce que la situation politique dans son pays d’origine ne permet pas son expulsion. Ou que son pays d’origine bloque l’expulsion. Les pays du Maghreb sont à cet égard régulièrement dénoncés en Allemagne.

«Prédicateur sans visage»

Anis Amri, qui avait déposé une demande d’asile politique en Allemagne en avril 2016, était dans le viseur de la police depuis longtemps. Dans un registre des services de renseignements, son nom était accompagné de la mention «liens présumés avec l’Etat islamique. Contrôle intensif de la personne», selon le magazine Der Spiegel. Depuis le printemps, son nom figurait sur le fichier des 949 personnes considérées comme «dangereuses», c’est-à-dire à même de passer à l’acte. Amri est suspecté de contacts avec la cellule Abou Walaa, un salafiste entretenant un réseau spécialisé dans le recrutement de djihadistes pour l’Etat islamique, arrêté en novembre dernier avec quatre de ses fidèles. Abou Walaa, 32 ans, Irakien, de sa véritable identité Ahmad Abdelaziz A., est connu en Allemagne sous le nom de «prédicateur sans visage» car il prêche de dos dans ses vidéos.

Officiellement, Anis Amri était enregistré dans un foyer de réfugiés d’Emmerich, dans le bas Rhin. Mais l’homme a changé de domicile à maintes reprises. Et aussi d’identité. A Berlin, il était connu sous le nom de Ahmad Z ou de Mohammed H, Egyptien. A une autre reprise, il s’était présenté comme Libanais. Selon le quotidien Süddeutsche Zeitung, Anis Amri a utilisé jusqu’à huit identités différentes en Allemagne.

Dans le courant de l’été 2016, la justice allemande se lasse de ses frasques. Un tribunal de Ravensburg décide de son expulsion, prévue pour le 30 juillet dernier. Mais celle-ci n’a finalement pu avoir lieu, car Anis Amri ne possédait pas de papiers d’identité en règle et la Tunisie a refusé d’en fournir de nouveaux, assurant ne pas avoir de garantie sur la véritable nationalité du djihadiste. Selon le ministre de l’Intérieur du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, les papiers qui auraient permis l’expulsion du Tunisien ne sont parvenus aux autorités allemandes… qu’hier, deux jours après l’attentat. «Je ne commenterai pas cette information», a lâché Ralf Jäger, visiblement furieux.

Coopération difficile

Le manque de coopération des pays du Maghreb avec les autorités allemandes pour le rapatriement de leurs citoyens est régulièrement dénoncé en Allemagne depuis les agressions sexuelles de la St-Sylvestre. La plupart des agresseurs identifiés étaient originaires du Maroc et de la Tunisie et vivaient plus ou moins illégalement en Allemagne. En février, le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, avait entrepris une tournée au Maghreb, afin de conclure avec ces deux pays des accords prévoyant davantage d’aide au développement en échange de procédures facilitées de rapatriement des expulsés. Un accord avait été trouvé en février avec le Maroc. Avec la Tunisie, l’Allemagne n’avait pu se mettre d’accord que sur un projet pilote de réinsertion dans leur pays d’origine de 20 Tunisiens expulsés d’Allemagne.

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