Au Laos Barack Obama veut réparer les torts des Etats-Unis

Au Laos Barack Obama veut réparer les torts des Etats-Unis

C’est longtemps resté l’une des guerres les moins biens documentées du XXe siècle. Peu d’Américains en ont conscience aujourd’hui encore. De 1963 à 1974, les bombardiers de l’US Air Force ont pilonné le Laos un Etat neutre à raison d’un obus toutes les huit minutes en moyenne. Durant huit ans, deux millions de tonnes de bombes se sont ainsi déversées sur un territoire cinq fois plus grand que la Suisse.

Proportionnellement à la population, le Laos a été bien davantage bombardé que l’Allemagne nazie ou le Japon fasciste. «Il pleuvait des bombes», a expliqué à Vientiane Barack Obama, premier président américain en exercice à se rendre dans la capitale laotienne. «C’est pourquoi nous avons la responsabilité morale d’aider ce pays.»

Pas d’excuses

Tout comme à Hiroshima, Barack Obama s’est abstenu de présenter les excuses des Etats-Unis pour ce crime guerre, la population civile ayant été la première victime de cette agression secrète menée par la CIA pour isoler les communistes du Nord-Vietnam. Au Japon, le président avait évoqué la mort tombant du ciel à propos de la bombe atomique, au Laos il a eu recours à une métaphore météorologique.

Cet exercice de contrition, ponctue la dernière tournée asiatique d’un président qui se sera rendu à onze reprises dans la région en huit ans. L’étape laotienne, justifiée par un sommet de l’ASEAN, l’Association des Etats du Sud-est asiatique, avait une double signification. Fidèle allié de Pékin, le régime communiste toujours en place à Vientiane n’en est pas moins désireux de diversifier ses relations. Après le Vietnam, c’est une façon pour Washington de reprendre pied dans l’ex-Indochine à l’heure de son réengagement dans le Pacifique.

Les bombes tuent encore

Le déplacement de Barack Obama s’inscrit par ailleurs dans une série de gestes décisifs pour changer l’image des Etats-Unis et tourner une page d’histoire. Après Cuba, l’Iran et la Birmanie, Washington rétablit pleinement le contact avec un Etat victime de longue date de la politique américaine. Car aujourd’hui encore la population souffre des bombardements passés, en particulier dans les campagnes reculées du pays.

Chaque année, des dizaines, voir des centaines de personnes sont victimes de bombes à fragmentations américaines disséminées sur près de 50% du territoire. Depuis la fin de la guerre, 20’000 personnes ont été tuées ou blessées. Les ONG actives au Laos dans le déminage estiment que sur les 270 millions de sous-munitions issues de ces armes 30% n’ont pas explosé.

90 millions de dollars d’aide

Ces vingt dernières années, les Etats-Unis ont financé à hauteur de 4,2 millions de dollars par an les travaux de déminage au Laos, indiquait en début de semaine Legacies of War. Ce groupe américain de défense des victimes rappelle qu’à l’époque de la guerre, le coût des bombes se déversant sur le Laos s’élevait à 17 millions de dollars quotidiennement.

Barack Obama a promis que ces trois prochaines années, l’aide au déminage et aux victimes s’élèverait à 30 millions de dollars par an, de quoi accélérer le travail d’assainissement. «Des villages et des vallées entières ont été anéantis» par les bombardements, a expliqué devant une audience d’un millier de personnes à Vientiane Barack Obama. «D’innombrables civils ont été tués. Ce conflit doit nous rappeler que, quelles qu’en soient les causes, quelles qu’en soient les intentions, la guerre a un coût désastreux, en particulier pour les hommes, les femmes et les enfants innocents.»

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