Automobile le désamour des Suisses

Automobile le désamour des Suisses

Les Suisses aiment de moins en moins les voitures. Les ventes ont baissé de 3,8% entre 2015 et 2016 et depuis 2010, le nombre total de véhicules n’augmente légèrement en Suisse romande que dans les cantons de Vaud, de Fribourg et du Valais, révèlent les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS) qui viennent d’être publiés.  

Le rapport à la voiture, une question culturelle

Il existe des différences importantes dans le rapport à la voiture d’un canton à l’autre, comme entre les communes d’un même canton. «Dans le petit canton de Genève, on observe que les communes de la campagne connaissent une augmentation du nombre de véhicules, analyse Vincent Kaufmann, professeur de sociologie urbaine et d’analyse de la mobilité à l’EPFL. Alors que les communes périurbaines comme Vernier, Carouge ou Lancy affichent une diminution légère. Et en ville de Genève, la diminution est très franche.» 

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«Cette situation se retrouve dans la plupart des grandes agglomérations de Suisse. Elle est moins nette dans les petites villes comme Neuchâtel, Fribourg ou La Chaux-de-Fonds». Bâle-Ville illustre parfaitement cette tendance, puisque dans ce canton urbain, les citadins n’ont que 0,34 voiture par personnes, contre 0,63 pour les Tessinois.

De nombreuses raisons à cette chute d’affection

Les raisons du désamour sont multiples, d’une modification de l’image de la voiture à un changement dans l’utilisation du temps de transport et de l’amélioration des alternatives à l’automobile. «On observe une baisse du nombre de permis de conduire chez les moins de 25 ans», souligne Vincent Kaufmann. «Ils sont 10% de moins qu’il y a dix ans à passer leur permis. En ville, on ne voit plus tellement à quoi sert une voiture et la première motorisation se fait souvent à l’arrivée des enfants.»

Dès lors, les marques automobiles s’inquiètent de ce déclin chez les jeunes. «Nous conduisons une étude européenne à ce sujet, pour Toyota, auprès des 14-17 ans. L’hypothèse que nous faisons est que l’automobile qui représentait la conquête de l’autonomie et de la liberté chez les jeunes a été supplantée par Internet, les réseaux sociaux, la communication à distance qui conquièrent les adolescents bien avant qu’ils ne soient en âge de passer leur permis», note le sociologue.

Le temps de trajet revalorisé dans les transports publics

A cette perte d’image de la voiture, s’ajoutent une amélioration des alternatives de transport et un changement profond dans la perception des temps de déplacement. «Autrefois, on essayait de faire le trajet le plus court possible. Mais depuis l’avènement d’Internet, il est plus facile d’être actif et de profiter du temps de trajet dans un transport public qu’en conduisant votre voiture».

Pour Vincent Kaufmann, cette évolution technique a eu plus d’impact sur la mobilité des Suisses que toutes les tentatives de politiques en faveur des transports publics. L’inflexion de la croissance du parc automobile se situe en effet autour des années 2000. «Depuis 20 ans, la voiture n’a jamais été aussi bon marché et le train aussi cher. Et pourtant la voiture est en recul», souligne-t-il. «Les responsables politiques peuvent augmenter la tendance en améliorant le confort dans les transports publics avec des prises électriques, des tables et des places assises, mais ils ne peuvent pas influencer les comportements du tout au tout.»

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Les soucis des urbains

Le manque de places de parc a probablement aussi un impact sur le choix des urbains de ne pas posséder de voiture ou de n’en posséder qu’une par foyer. «Par contre, la saturation des réseaux a relativement peu d’effet sur les automobilistes qui ont une capacité d’acceptation très forte de la situation», explique Vincent Kaufmann.

Alors que les automobiles traditionnelles sont en perte de vitesse, les véhicules électriques sont en forte progression, surtout à Zurich. Cette évolution doit probablement être mise en relation avec la marque Tesla, première sur le marché suisse. Elle a implanté un réseau de superchargeurs essentiellement en Suisse alémanique et a vendu 1500 modèles S en 2015, contre 500 l’année précédente.

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