Avec Donald Trump les Républicains craignent une déconfiture au Congrès

Avec Donald Trump les Républicains craignent une déconfiture au Congrès

Il finit par les embarrasser et les désespérer. Les dérapages à répétition de Donald Trump poussent toujours plus de ténors du Parti républicain à s’en distancier. Dans ce contexte, la décision de Paul Ryan, le chef républicain de la Chambre des représentants, n’a rien d’anodin. Il l’a dit à des élus: il ne défendra plus le candidat à la Maison-Blanche. Sa priorité: se concentrer sur le Congrès (535 membres). Car une bataille sérieuse s’y joue: les Républicains, qui le dominent jusqu’ici, craignent de perdre leur position confortable.

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Signe d’une certaine nervosité, Donald Trump s’est offusqué mardi de l’attitude de Paul Ryan sur son fil Twitter: «Malgré le fait d’avoir gagné le dernier débat (avec Hillary Clinton, ndlr), c’est difficile de faire bien quand Paul Ryan et d’autres vous accordent zéro soutien!». Un peu plus tôt, il lui conseillait de consacrer davantage de son temps au budget, à l’emploi et à l’immigration plutôt que «de se battre contre le candidat républicain». La guerre entre les deux personnages est ouverte et le ton monte. Donald Trump, qui n’en est plus à un tweet près, l’a encore traité de «très faible leader», d’«inefficient» et de «déloyal».

Remonter le moral des troupes

Paul Ryan avait déjà condamné les propos vulgaires et sexistes du candidat tenus dans une vidéo de 2005 à propos des femmes, qui vient d’apparaître en pleine campagne. «Éc’uré», il a décidé de ne pas honorer une invitation de Donald Trump dans le Wisconsin, l’État qu’il représente au Congrès. Il ne le défendra pas, ne fera plus campagne pour lui, mais, contrairement au sénateur John McCain, Paul Ryan ne va pas pour autant jusqu’à officiellement lui retirer son soutien. Las et agacé par l’atmosphère haineuse de la campagne, il préfère dans un premier temps s’éloigner de Donald Trump et de ses déclarations à l’emporte-pièce, et agir pour que le Congrès ne soit pas à l’avenir contrôlé par les démocrates. En gros: il cherche à remonter le moral des troupes.

C’est le 8 novembre, jour de la présidentielle, qu’auront également lieu les élections législatives. Les Américains choisiront les élus de la Chambre des représentants pour deux ans et le tiers des sénateurs pour six ans. A la Chambre des représentants, qu’ils dominent depuis 2010, les Républicains occupent pour l’instant 233 sièges, les Démocrates 199. Ils sont respectivement 54 et 44 au Sénat.

Donald Trump préfère attaquer

Le programme de Paul Ryan est déjà bien chargé: rien que ce mois, il fera campagne dans 17 Etats et 42 villes. Donald Trump, malgré ses récentes excuses, ne semble pas vraiment prêt à se remettre en question pour éviter de nuire aux républicains et de les entraîner dans sa chute, alors que des grandes figures, stratèges et donateurs du parti le lâchent, l’enjoignant même à renoncer à la Maison-Blanche. Il préfère attaquer et menacer de révéler de nouvelles affaires sur le couple Clinton.

Plusieurs ténors républicains ont déjà été publiquement jusqu’à soutenir Hillary Clinton et le clan Bush commence lui aussi à sortir du bois. Lauren Bush, nièce et petite fille de deux présidents, a appelé à voter pour Hillary Clinton, qui prend de l’avance. Un sondage NBC/Wall Street Journal publié lundi crédite la démocrate d’une avance de 11 points. Ce même sondage laisse entendre que les Républicains pourraient perdre le Sénat et voir leur majorité à la Chambre des représentants sérieusement réduite.

«Comment se fait-il que le Grand Old Party (GOP, nom originel du parti républicain, ndlr), fondé en 1854 par des militants abolitionnistes, en soit arrivé là’», s’interroge le site américain Christian Science Monitor. Dans ses rangs, tout espoir de recadrer Donald Trump ou d’espérer qu’il agisse avec plus de dignité semble perdu, même si l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, avait pensé à le faire. Au contraire, les divisions se creusent. C’est donc bien l’impact des dérapages et frasques de Donald Trump qui va déterminer si le parti, déjà blessé, va en souffrir. Et perdre des plumes au Congrès.

Mais Daniel Warner, politologue américano-suisse vivant à Genève, de parents démocrates, ne croit pas trop en une défaite majeure pour les Républicains: «Les Démocrates pourraient reprendre le Sénat. Mais ce sera beaucoup plus difficile pour la Chambre des Représentants». Il ajoute: «J’ai de la peine à croire que le parti des Républicains pourrait éclater en vol. Son aile droite Tea Party a pris le contrôle, mais la vraie base des Républicains est de centre droit et je pense que cela restera ainsi après Trump».

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