Boris Johnson en piste pour Downing Street

Boris Johnson en piste pour Downing Street

Et maintenant, Downing Street’ Boris Johnson est apparu Ă©trangement bien coiffĂ© et habillĂ© vendredi pour sa première allocution après la victoire du Brexit. L’ancien maire de Londres, le grand architecte de la victoire du «leave», a tout fait pour apparaĂ®tre sĂ©rieux et modĂ©rĂ©. Finies les comparaisons Ă  l’emporte-pièce entre l’Union europĂ©enne et Hitler, ou les remarques flirtant avec la ligne rouge du racisme sur Barack Obama, un prĂ©sident «partiellement kĂ©nyan». L’heure est Ă  l’ouverture.

«Cela ne veut pas dire que ce pays sera moins uni, ni moins europĂ©en. Je veux parler aux millions de personnes qui n’ont pas votĂ© pour ce rĂ©sultat, en particulier aux jeunes. Cela ne veut pas dire que nous levons le pont-levis, ou choisissons l’isolationnisme. C’est mĂŞme le contraire. Nos enfants et nos petits-enfants vont conserver un merveilleux avenir en tant qu’EuropĂ©ens, comprenant les langues et la culture qui font notre civilisation europĂ©enne commune. [‘] La Grande-Bretagne continuera d’ĂŞtre une grande puissance, menant les nĂ©gociations sur la politique Ă©trangère, la dĂ©fense et le partage d’informations, et tout le travail qui rend notre monde plus sĂ»r.»

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Tout d’abord, stabiliser le bateau

Ce discours «premier ministrable» faisait suite Ă  la dĂ©mission de David Cameron. L’actuel rĂ©sident de Downing Street a rapidement tirĂ© les conclusions du vote. Sanglots Ă©touffĂ©s dans la voix, il a reconnu son Ă©chec. «Ce pays a besoin d’un nouveau meneur.» Mais pas tout de suite: le premier ministre entend d’abord «stabiliser le bateau», le temps d’organiser sa succession et de calmer les marchĂ©s financiers. L’objectif est d’avoir un nouveau leader du Parti conservateur pour le congrès annuel prĂ©vu dĂ©but octobre.

Pour David Cameron, qui s’est battu pour conserver le Royaume-Uni dans l’UE, c’est l’Ă©chec d’un pari de trop. VoilĂ  plus d’une dĂ©cennie qu’il gagne du temps en offrant des gages Ă  son aile eurosceptique: retrait des conservateurs du Parti populaire europĂ©en au sein du parlement europĂ©en, promesse d’offrir un rĂ©fĂ©rendum en cas de nouveau traitĂ©, promesse d’imposer son «veto» Ă  Bruxelles. Et puis, ce rĂ©fĂ©rendum’ L’histoire retiendra qu’il est l’homme qui a menĂ© au Brexit, par le jeu de la tactique politique de court terme.

Face Ă  lui, Boris Johnson, qui est passĂ© par la mĂŞme Ă©cole Eton et la mĂŞme universitĂ© Oxford , dont le père a travaillĂ© Ă  la Commission europĂ©enne et qui parle plusieurs langues Ă©trangères, a choisi Ă©galement le calcul de court terme. Ses amis tĂ©moignent qu’il ne croyait pas au Brexit il y a quatre mois. Mais c’est dĂ©sormais lui qui tient la corde.

Son accession au trĂ´ne est pourtant loin d’ĂŞtre assurĂ©e. CĂ´tĂ© positif, l’Ă©lection du leader du Parti conservateur est faite essentiellement par les militants, soit environ 150’000 personnes. Cette base a ardemment militĂ© pour sortir de l’UE, et adore Boris Johnson, personnage flamboyant et drĂ´le. Mais l’homme irrite Ă©galement beaucoup. Parmi les dĂ©putĂ©s, il ne compte guère de vrais soutiens. Beaucoup ne parviennent pas Ă  le prendre au sĂ©rieux.

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Un candidat de compromis

Face Ă  lui, les prĂ©tendants ne manquent pas. Le chancelier de l’Echiquier, George Osborne, très proche de David Cameron, en fait partie. Mais lui aussi est affaibli par l’Ă©chec du rĂ©fĂ©rendum. Theresa May, l’actuelle ministre de l’IntĂ©rieur, très discrète pendant la campagne, pourrait aussi se profiler. A moins qu’un candidat de compromis ne s’impose, comme John Major l’a fait au moment de succĂ©der Ă  Margaret Thatcher.

Les conservateurs ne sont pas les seuls Ă  s’Ă©charper. Les travaillistes sont aussi très divisĂ©s. Le leader actuel, Jeremy Corbyn, homme beaucoup plus Ă  gauche que l’appareil de son parti, Ă©tait dĂ©jĂ  violemment critiquĂ©. Sa quasi-absence pendant la campagne a beaucoup contribuĂ© Ă  la victoire du Brexit. Les classes populaires n’ont pas entendu cette voix de gauche convaincante pour rester dans l’UE. Deux dĂ©putĂ©s travaillistes ont dĂ©posĂ© une motion de dĂ©fiance contre lui vendredi. Au-delĂ  des immenses rĂ©percussions gĂ©opolitiques et Ă©conomiques du rĂ©sultat du vote, la politique britannique est chamboulĂ©e.

Selon l’article’50 du TraitĂ© de Lisbonne de 2009, qui rĂ©git le dĂ©part d’un pays membre, la procĂ©dure de divorce est actionnĂ©e unilatĂ©ralement par notification de ce pays Ă  la prĂ©sidence de l’UE. Un accord de retrait sera conclu par le Conseil et ratifiĂ© par le Parlement.

Le traitĂ© prĂ©voit une pĂ©riode de deux ans pour aboutir au divorce. Entre-temps, le candidat au dĂ©part reste liĂ© par les droits et les obligations comme tout membre de l’UE.

Ironie de l’histoire dans le cas prĂ©sent, le Royaume-Uni sera appelĂ© Ă  assumer, comme prĂ©vu, la prĂ©sidence de l’UE au deuxième semestre 2017.

Le commissaire britannique (Jonathan Hill, services financiers) pourra rester Ă  son poste jusqu’Ă  la ratification. Les fonctionnaires europĂ©ens possĂ©dant un passeport britannique ne seront pas renvoyĂ©s non plus. La nĂ©gociation portera aussi sur l’avenir des institutions europĂ©ennes basĂ©es au Royaume-Uni.

C’est dans un deuxième temps que Londres pourra ouvrir des nĂ©gociations pour dĂ©finir ses futures relations (accès au MarchĂ© unique, libre circulation des personnes) avec l’UE.

(Par Ram Etwareea)

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