Camilla Nylund grande straussienne

Camilla Nylund grande straussienne

La soprano finlandaise a fait valoir son beau timbre généreux lors d’un récital mercredi soir à l’Opéra des Nations de Genève

Quand elle entre sur scène, elle en impose. Vêtue d’une grande robe orangée aux motifs floraux, Camilla Nylund chantait un bouquet de lieder de Sibelius, Mahler et Strauss, mercredi soir à l’Opéra des Nations de Genève. Le pianiste Helmut Deustch l’accompagnait de son toucher moelleux et lumineux.

Habituée à endosser des grands rôles, comme Rusalka de Dvorák il y a quelques années au Grand Théâtre de Genève, Salomé de Strauss ou Leonore de Fidelio qu’elle chante ces jours-ci au Staatsoper de Berlin, la soprano finlandaise doit ajuster ses moyens au cadre plus intimiste du récital. Tout au long de la soirée, elle s’appuie sur une technique très solide; les aigus sont magnifiquement projetés sans devoir forcer la voix. Ce timbre généreux tranche avec le piano tout en caresses et irisations de Helmut Deutsch.

Si la musicalité est au rendez-vous, Camilla Nylund prend quelques minutes à chauffer son instrument. Après quelques hésitations et raideurs, elle s’assouplit peu à peu et fait valoir la beauté de son timbre. Elle chante avec naturel et simplicité. Sur des arpèges liquides au piano, la voix oscille entre couleurs cristallines et textures plus voluptueuses dans les mélodies de Sibelius. L’Arioso op.3 respire une tendre mélancolie. On aime l’esprit qu’elle insuffle aux lieder de Mahler, entre espièglerie et ironie. Sur un accompagnement très subtil de Helmut Deutsch, elle passe de l’ardeur à des accents plus intérieurs (l’Urlicht chanté avec sobriété, d’une voix étonnamment claire). Elle va jusqu’à mimer un soupir d’agacement dans Verlor’ne Müh’ (Peine perdue) pour faire vivre le texte. Parfois, on aimerait qu’elle creuse davantage les nuances, mais cette voix très homogène sur l’étendue de la tessiture force l’admiration.

Les lieder de Strauss lui vont comme un gant; là, elle peut laisser libre cours à sa veine opératique. A nouveau, la voix impressionne par ses éclats radieux. Les Vier letzte Lieder sont magnifiquement interprétés, entre lumière et nostalgie. La soprano adopte un ton relativement décidé dans «Frühling» (avec des aigus lumineux, un rien perçants). Son chant se fait plus voluptueux et intérieur dans September et Beim Schlafengehen où, après le célèbre motif énoncé au violon (ici joué au piano), la voix s’ouvre avec générosité. L’ultime «Im Abendrot» s’éteint sur le mot «Tod», comme s’envolant vers des espaces infinis, sur l’accompagnement très souple et poétique de Helmut Deutsch. Cette belle soirée s’achève sur un lied tout en délicatesse de Wolf.

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