Ce que l’on attend des autorités religieuses et cas de violences terroristes commises au nom de la religion

Ce que l'on attend des autorités religieuses et cas de violences terroristes commises au nom de la religion

Dans l’Occident désenchanté, l’irruption d’un djihadiste bardé d’explosifs constitue une incongruité. Quoi! Il existe encore des gens, croyants à un paradis auquel on accède assurément en se suicidant pour entraîner dans la mort des infidèles. Qu’est-ce que cette religion prise au sérieux au point que le croyant soit prêt à donner sa vie’

Les religions monothéistes, des facteurs de discorde’

Les religions monothéistes n’ont plus bonne réputation. Non seulement elles souffrent d’une attrition rapide dans les pays développés, mais elles sont maintenant suspectées d’être des facteurs de discorde. La hantise de l’Occident est devenue la submersion par l’Islam, qui menacerait les traditionnelles valeurs «judéo-chrétiennes», fondement supposé de notre civilisation. La barbarie contre la civilisation. Quelle est l’origine de cette contradiction’

Des incitations à la paix, des incitations à la guerre

Les trois religions monothéistes partagent la spécificité de se référer à des textes sacrés, la Bible en son Ancien et Nouveau Testament, le Coran. Il s’agit d’écrits très anciens, datant de -600 à +650, présentés comme porteurs d’une révélation divine, aujourd’hui close. Rédigés dans un contexte historique différent du nôtre, transmis de façon précaire, ils sont souvent utilisés sous forme de brèves citations, transformées en impératifs.

Dans ces écrits on trouve des incitations à l’ouverture, à la paix, à l’accueil de l’étranger. Mais on y trouve aussi des citations en sens inverse. Dans le plus ancien, la Torah, un commandement prône explicitement le génocide: «Mais les villes de ces peuples-ci, que le Seigneur ton Dieu te donne comme patrimoine, sont les seules où tu ne laisseras subsister aucun être vivant» (Deutéronome 20,16). Ce commandement fut prétendument mis en pratique lors de la conquête de la Palestine: «Les Israéliens vouèrent à l’interdit tout ce qui se trouvait dans la ville (Jéricho), aussi bien l’homme que la femme, le jeune homme que le vieillard, le taureau, le mouton et l’âne, les passant tous au tranchant de l’épée. (Josué 6,21)». Le génocide est exalté comme un acte pieux, une purification nécessaire pour éviter la contamination d’Israël par des cultes païens. Non seulement «Dieu» ne réprouve pas le génocide, mais il l’ordonne. Aujourd’hui encore ce texte peut servir de prétexte au génocide lent du peuple palestinien par Israël. Ce n’est donc pas anodin.

Il en est de même dans le Coran où coexistent des citations contradictoires: «Pas de contrainte en matière de religion» (II, 256); «Exterminez les incrédules jusqu’au dernier» (VIII, 7). De même dans le Nouveau Testament on trouve deux versets antinomiques: «Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu» (Luc, XX, 25); «Il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu» (Paul, Rom., XIII, 11). On est tenté d’attribuer un caractère de révélation aux premières citations de ces deux paires d’extraits, car elles s’inscrivent à rebours de la pratique de l’époque: elles disent clairement que la foi est affaire de conviction personnelle, non d’asservissement à un ordre politique, et donc qu’il ne faut pas mélanger croire et pouvoir.

Le pouvoir politique et la religion d’Etat

En réalité, jusqu’au XVIIIe siècle, le pouvoir politique s’est toujours fondé sur une base sacrée, une religion d’Etat à laquelle tous les citoyens se devaient d’adhérer sous peine de bannissement ou même de mort, selon le précepte «cuius regio, ejus religio». Alors que le christianisme et l’Islam ont, au c’ur de leur message, la conviction que la religion d’un individu lui appartient en propre, qu’elle le relie à la transcendance et non à la Nation. Mais cette intuition a été largement trahie pendant des siècles en toute bonne conscience. Dès lors, aujourd’hui encore, un déséquilibré peut trouver dans les textes sacrés des citations, d’inspiration archaïque, qui fondent son aspiration au suicide militant.

Ces textes, qui comportent des thèses contradictoires, sont issus de la compilation de traditions diverses, d’origine humaine. Il serait indispensable que les autorités religieuses des trois confessions monothéistes cessent d’absolutiser la lettre de textes, qui peuvent se révéler mortifères. Cet aveu, d’ailleurs fondé sur les recherches exégétiques, déboucherait sur la reconnaissance qu’aucune religion ne possède le monopole d’une relation privilégiée avec la transcendance. Au contraire, le critère pour l’authenticité d’une confession deviendrait sa disposition à admettre que les autres sont tout aussi véridiques. Ce serait alors la reconnaissance qu’il n’y a qu’une seule religion, qui cherche toujours et partout à donner du sens à l’existence des humains et qui est déclinée en de multiples variantes d’origine culturelle. Le terroriste, qui se réclame d’une foi, pour massacrer ceux qui n’en sont point s’inscrirait alors en dehors de cette religion commune. Il avouerait une idéologie partisane qui s’efforce de simuler une obligation divine.

Le terrorisme n’est pas nécessairement lié à une religion

D’ailleurs le terrorisme n’a pas un lien obligé avec une religion. La terreur a de multiples faces: l’étatique comme celle du nazisme et du stalinisme; la révolutionnaire comme la Fraction armée rouge en Allemagne; l’anarchiste ainsi que Ravachol en France; l’ethnique avec les mouvements de libération des peuples privés d’indépendance comme le FLN; l’identitaire comme le Ku Klux Klan. Ce serait dans cette dernière catégorie qu’il faudrait ranger le djihadisme, à l’instar de l’ERA, l’ETA ou l’OAS. Selon cette analyse il n’y a pas de relation de cause à effet entre religion et violence, mais une tendance commune à justifier la barbarie par un supposé édit divin.

Ce que l’on attend des autorités spirituelles

La première barrière contre ce détournement serait une attitude claire et ferme des autorités spirituelles, en ne condamnant pas seulement la violence en général, mais explicitement celle exercée par leurs propres fidèles, exclus de la religion du fait de leur crime.

Ensuite, ces mêmes hiérarchies religieuses devraient reconnaître que la révélation du destin des hommes n’est pas close avec le dernier mot de la Bible ou du Coran. D’autres textes «sacrés» ont été rédigés depuis quinze siècles, comme la Déclaration universelle des droits de l’homme. Si l’on accepte cette définition des religions, Josué tout comme les djihadistes sont des criminels de guerre, sans aucune autre justification.

Jacques Neirynck, ancien conseiller national PDC, professeur honoraire à l’EPFL

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