Critiqué en Allemagne Mario Draghi s’exprime devant le Bundestag

Critiqué en Allemagne Mario Draghi s'exprime devant le Bundestag

Mario Draghi a défendu mercredi sa politique de taux d’intérêt restrictive devant le Bundestag. «La politique monétaire de la BCE garantit la stabilité des prix et a contré le danger d’une nouvelle Grande dépression», s’est justifié le président de la Banque centrale européenne.

L’Italien, qui doit rencontrer ce jeudi la chancelière Angela Merkel, s’était certainement préparé au pire. Depuis des jours, les députés conservateurs du Bundestag multipliaient les déclarations hostiles envers sa politique de taux faibles, qu’il est venu défendre en personne, face à la commission finances de la Chambre basse. Selon le quotidien populaire Bild Zeitung, le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble qui critique régulièrement la politique de la BCE , aurait même incité les membres de cette commission à mettre le président de la BCE en difficulté sur la politique monétaire. «J’attends de M. Draghi qu’il nous présente un scénario réaliste de retour à une phase de taux normaux», précisait en amont de la rencontre Antje Tillmann, porte-parole finances du groupe parlementaire chrétien démocrate au Bundestag.

La relation entre Mario Draghi et les conservateurs allemands est de longue date difficile. Au printemps dernier, l’aile bavaroise de la CDU, la CSU, avait même lancé une polémique en exigeant que le successeur de Mario Draghi soit un Allemand, à même de revenir à une politique monétaire orthodoxe.

Epargnants et retraités inquiets

«La situation est difficile, car nous les Allemands avons toujours prisé l’indépendance de la BCE, rappelle le député CDU Klaus-Peter Willsch. Mais bien sûr, ça n’a jamais été pour que la BCE se lance dans une politique économique débridée. La BCE doit se concentrer de nouveau sur son c’ur de compétence, la politique monétaire.»

La politique des taux bas, initiée par Mario Draghi, est critiquée à plusieurs égards en Allemagne. Elle est accusée de pénaliser les banques dont les marges sont au plus bas. «L’Europe doit se demander à quel point la politique monétaire agressive, non conventionnelle et totalement inadaptée de la BCE [qui va jusqu’à des taux négatifs], aggrave les difficultés européennes», a attaqué mardi le chef économiste de la Deutsche Bank David Folkerts-Landau. Surtout, cette politique menacerait les épargnants et les retraités allemands.

Le point est particulièrement sensible, dans un pays à la démographie en berne où l’épargne est l’un des piliers des retraites. «Notre politique marche. Elle a contribué au redressement de l’économie et à créer des emplois, s’est défendu Mario Draghi mercredi. Elle contribue à une croissance, qui bénéficie aussi aux épargnants et aux retraités, en Allemagne et au sein de toute l’Europe.» La politique des taux bas menacerait enfin le marché de l’immobilier allemand, dont les cours se sont envolés et qui serait au bord de la bulle immobilière selon certains experts.

La BCE de son côté s’en prend régulièrement à l’excédent commercial allemand, qui pourrait atteindre 278 milliards d’euros cette année et dépasserait ainsi celui de la Chine pour devenir le plus important du monde, selon l’institut Ifo. Ce déséquilibre est régulièrement pointé du doigt par la BCE et d’autres institutions.

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