De femmes à aimer en livres à dévorer

De femmes à aimer en livres à dévorer

Tout commence par une scène aperçue dans l’entrebâillement d’une porte. Libero (prénom signifiant «libre») découvre sa maman adorée fort occupée aux genoux d’Emmanuel, l’ami de la famille. Ainsi le petit Libero découvre-t-il que le corps existe et serait même le premier impliqué dans l’amour. Marco Missiroli, jeune auteur italien à succès, suit dès ce moment Libero au fil de son éducation sexuelle et sentimentale par «le filtre de la chair», entre Rome et Paris. De masturbations frénétiques en coïts répétés, ponctués de rares périodes d’abstinence, Libero vogue de femme en femme sur l’océan de l’amour.

Il les aime toutes ces femmes felliniennes au regard aguicheur et au c’ur généreux, à commencer bien sûr par sa mère. Il y a des bornes dans son parcours amoureux, Marie la belle intouchable et bientôt la proche confidente et conseillère, Lunette pour le déniaisement, Frida pour la conquête et la maîtrise et enfin, au terme d’une quête effrénée qu’il appelle «carnage», Anna la muse, la femme de sa vie, synthèse idéale de LA femme, qui lui donne envie d’être père.

C’est que ces gaillardes «impudeurs» avancent à pas de loup vers un happy end édifiant de grand amour heureux au bout du chemin. Ils se marièrent en effet, Anna et Libero, et eurent un enfant, et puis d’autres probablement. Les personnages masculins sont eux aussi généreux et sensibles, et si ce roman n’élude pas la souffrance sans laquelle le bonheur ne serait rien, il s’inscrit aux antipodes du cynisme et du désenchantement contemporains.

C’est peut-être ce qui explique son gros succès en Italie (60’000 exemplaires vendus): impudeur et romantisme font ici bon ménage. On ajoutera que ce parcours amoureux se double d’un voyage à travers la littérature et le cinéma. Au détour des pages, on croise Camus, Sartre, Buzzati, Calvino, Whitman, Fitzgerald, Scola, Fellini, etc., autant de compagnons de lecture dont les citations ou la présence fantomatique agrémentent le parcours initiatique de Libero de la plus convaincante des manières.

 Marco Missiroli «Mes impudeurs» Titre original Atti osceni in luogo privato , Feltrinelli, 2015, Rivages, 300 p.

Traduit de l’italien par Sophie Royère

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