De Léon Blum à Christian Levrat

De Léon Blum à Christian Levrat

La moustache en moins, il y a chez Christian Levrat, président du Parti socialiste suisse, quelque chose qui n’est pas sans rappeler Léon Blum. Celui, dépité, de 1931, cinq ans avant l’avènement du gouvernement de Front populaire. «Toutes les conditions sont réunies pour montrer la force et la pertinence de notre doctrine…malgré tout, nous n’y arrivons pas».

Crise ou stagnation économique, montée des nationalismes européens, renforcement de la «démocratie bourgeoise», tout est réuni pour, comme dans les années 30, engager le parti dans «une politique d’opposition musclée et efficace», selon la promesse de Christian Levrat. Car comme le Front populaire, qui malgré des avancées sociales réelles ne dura qu’un an, le PS suisse est confronté à ses échecs. Il ne parvient pas à infléchir le cours de la politique sociale et économique du pays. «Après six mois, le bilan n’est pas bon. La droite passe en force. C’est d’une brutalité peu commune», avoue le chef de file socialiste.

Il est significatif que le patron du PS, entouré de toute sa direction, ne propose pas un projet de rénovation du pays, comme le souhaiterait François Cherix au terme de son livre «Qui sauvera la Suisse du populisme », mais bien «une bagarre pour empêcher la droite de mener à bien son programme de démantèlement». Un esprit un tant soit peu critique ne peut voir dans ce repli dans l’opposition que l’absence d’idées et d’horizon. Pour le PS, proposer un projet suppose en effet être apte à surmonter des contradictions fondamentales et à tenir un discours convaincant sur les grands problèmes de l’heure, l’Europe, l’immigration, l’égalité dans un contexte financier et démographique difficile pour les assurances sociales. Inventer un nouveau «story telling » comme disent les jargonneux de la communication, une histoire.

Première contradiction, la participation au pouvoir dans un gouvernement dominé par la droite. En Allemagne ou en France, le socialisme n’est devenu une force qui compte qu’en se transformant en parti de gouvernement. Mais, en Suisse, comme en 1983, après l’échec de Lilian Uchtenhagen au Conseil fédéral, la question reste toujours, comme le disait au congrès historique le Fribourgeois Félicien Morel: «Voulez-vous peser sur les événements ou rester purs et durs mais petits en dehors du pouvoir ».

Autre contradiction, l’Europe. Même à navrer François Cherix, l’UE libérale, hélas, n’est plus une référence pour les socialistes et surtout leurs électeurs. Elle n’est plus porteuse d’espérance sociale, alors que la nation reste le lieu de l’exercice du pouvoir et de la démocratie.

Enfin, sur l’immigration, faut-il rappeler que les classes populaires sont celles qui ont le plus voté le 13 février 2014 en faveur de l’initiative «contre l’immigration de masse » D’ailleurs en 1931, le parti de Léon Blum lui-même fut à l’origine d’un projet de loi destinée à protéger la main d’oeuvre française du chômage en limitant l’emploi des étrangers en dessous de 10% des salariés d’une entreprise.

Il reste une voie sur laquelle la gauche, traditionnellement est attendue: la justice sociale. Or on attend toujours le discours qui permettrait de concilier la conception de l’égalité avec l’individualisme triomphant et la multiplicité des modes de vie. Ce qui suppose de renoncer à la redistribution assurée par l’Etat et au nivellement des revenus par l’impôt, pour passer à la possibilité donnée à chacun de maîtriser son existence.

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