Des graines de startupers passent leur premier oral à Genève

Des graines de startupers passent leur premier oral à Genève

Cinq minutes pour convaincre un parterre d’experts. Soit 180 secondes d’argumentaire, suivies de deux minutes d’interrogatoire par des entrepreneurs, des émissaires de l’OMPI, de Procter & Gamble, des représentants d’incubateurs et autres «coaches». Ce jeudi soir à Uni Mail, à l’occasion de la Semaine mondiale de l’entrepreneuriat, ils étaient une trentaine de «startupers» en herbe à se lancer le défi du «pitch», étape fondamentale et récurrente pour monter sa propre société. «Les candidats, pour la plupart des étudiants, ont pu tester leur projet, évaluer son potentiel commercial et obtenir des conseils en temps réel», résume Matthias Kuhn, associé à Unitec (Bureau de transfert de technologie de l’Université de Genève) et cheville ouvrière de cette initiative.

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La compétition genevoise (6e édition), qui émarge de 55 ateliers et autres présentations gratuites ventilées sur 17 sites, est un exercice pratique d’entrée de gamme. L’enjeu n’est pas financier, il s’agit de s’entraîner à exprimer un embryon de modèle d’affaires. Le processus se déroule à huis clos. «L’intimité du procédé vise à mettre en confiance les participants qui, même s’ils se présentent pour la deuxième ou troisième fois, n’en sont qu’au début d’un long processus entrepreneurial», indique Matthias Kuhn. L’absence de confidentialité comporte aussi le risque de se faire voler son idée.

Yonas, 29 ans, ne craint pas l’espionnage. «Notre application s’appelle «Swapin». Elle permet de s’échanger des logements directement entre locataires, sans avoir à remettre au préalable son appartement à la régie», explique le titulaire d’un master en finance. Pourquoi ce concours’ «Par défi, pour gagner de l’expérience et affiner mon concept», souligne celui qui finira 7e, sur 10 lauréats.

Dans la loge du «Concours de la meilleure idée», antichambre aménagée pour se conditionner à entrer dans l’arène et se détendre une fois l’exercice accompli, les discussions vont bon train. Le stress aussi, malgré la combinaison de bières, de mojitos, de petits-fours, de musique douce et de fauteuils pour mieux relâcher la pression.

De l’étincelle d’idée à la flamme entrepreneuriale

Laetitia (26 ans) et Charlotte (28 ans) ne le savent pas encore, mais elles remporteront la 3e place au classement. «C’était bizarre, le jury n’a posé qu’une seule question», s’inquiète l’ex-étudiante en sociologie. Et son aînée, ancienne d’HEC Lausanne d’expliquer: «Nous avons présenté «Videco» et «Kiteco», une plateforme de sensibilisation au développement durable à travers des vidéos didactiques et un système de boîtes à repas écologiques, via un abonnement à tarif réduit, que l’on peut emporter dans un restaurant et déposer dans une autre du même réseau.»

Khalid, 28 ans et détenteur d’un master HES, se hisse au 2e rang. Avec «Sav’eat», une application permettant aux supermarchés ou aux boulangeries de solder leurs invendus en fin de journée. Sarah, étudiante en deuxième année de médecine, prend quant à elle la tête du palmarès. «J’ai développé un outil pas cher pour aider ceux qui ont plus de peine à préparer leurs examens», confie-t-elle timidement, après être sortie de son grand oral. Le système d’apprentissage novateur propose de compiler en ligne des notes de cours de tous les étudiants et d’en donner l’accès à ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir des cours d’appui.

Les prix à choix qu’ils ont remportés: un dîner avec des créateurs de start-up, un iPhone 7, des abonnements dans des espaces de travail partagé, des cours à distance de l’OMPI, un programme de coaching, etc. «Sur les 100 jeunes entrepreneurs qui sont passés par notre concours, environ 5% ont créé une structure. Parmi ceux qui on fait évoluer leur projet avec succès, il y a Goodwall [ndlr: réseau social pour étudiants], Apidae [ndlr: location de ruches en ville et produits cosmétiques à base de cire d’abeille], SwissDeCode [ndlr: contrôle sanitaire via l’ADN des aliments], Polymd [stéthoscope sans fil], Younideal [ndlr: site d’échange de l’Unige], eat&out, Let’sRun et j’en passe», relève Matthias Kuhn, avant de se féliciter de la variété des profils des candidats genevois (étudiants en droit, en lettres, etc.) et de la place accordée à l’entrepreneuriat social dans leur esprit.

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