Djihad, les cantons invités à s’intéresser aux imams

Djihad, les cantons invités à s'intéresser aux imams

Comment détecter de manière précoce un potentiel futur djihadiste prêt à rejoindre une organisation terroriste, et l’empêcher de franchir ce pas’ C’est à cette question qu’a dû répondre André Duvillard, le Délégué pour le Réseau national de sécurité. ll vient de publier un rapport intitulé «Mesures de prévention de la radicalisation», en collaboration avec différentes conférences cantonales. Son mandat: sortir de la pure approche sécuritaire. Et se concentrer sur les domaines de l’éducation, du social, de la religion et de l’exécution des peines, relevant tous de la compétence des cantons. Car ce sont bien les acteurs de ces secteurs qui sont à même d’identifier à temps les individus susceptibles de se radicaliser.

Le rapport liste en fait surtout les mesures déjà en vigueur, sans traiter de la problématique de la déradicalisation. Pour permettre aux différents acteurs de la prévention d’avoir une approche globale et leur offrir des pistes de travail. Parmi les recommandations formulées figurent, on s’y attendait, la nécessité d’une stratégie pour faire collaborer ces différents intervenants à l’échelon régional et local portée par les autorités politiques, ou celle de mieux sensibiliser jeunes, parents et enseignants à l’utilisation d’internet et des réseaux sociaux.

Mais André Duvillard et son équipe enjoignent aussi les cantons à identifier et connaître, ce n’est pas anodin, les noms de tous les individus qui exercent une activité d’imams. Le rapport suggère par ailleurs de créer une voie de formation reconnue pour l’assistance spirituelle musulmane ou d’utiliser dans ce but des programmes existants de formation continue. Autre recommandation: la Confédération «devrait examiner l’opportunité d’une surveillance des canaux de financement des fondations religieuses». Plusieurs mosquées sont dans le viseur des autorités.

Dans le rapport, des cantons et villes sont montrés en exemple. Le canton de Genève est le premier à avoir mis en place «une stratégie de prévention de la radicalisation», qui repose sur un groupe de pilotage politique et un groupe de coordination opérationnelle, dans lequel sont représentés tous les acteurs publics concernés, ainsi qu’un groupe de partenaires publics et associatifs chargés de la mise en uvre des mesures.

Autre exemple, le canton de Fribourg, où la prévention, dans le domaine non sécuritaire, repose essentiellement sur les agents de la police de proximité. La ville de Zurich, elle, dispose d’un organe de collaboration interdisciplinaire et de coordination chargé de déceler de manière précoce les risques de violence, qui a préparé un document «djihad» spécifique pour les écoles. Un logiciel, chargé de déceler les tendances à la radicalisation, a par ailleurs été créé et donne déjà de bons résultats.

Lire aussi:Détecteurs de radicalisation et Un logiciel pour reconnaître les signes de l’extrémisme

La suite’ Ce rapport devrait permettre aux directeurs cantonaux de justice et police et aux représentants des villes de définir une approche commune de prévention de la radicalisation. Une réunion aura prochainement lieu.

Selon les chiffres du mois de juin du Service de Renseignement de la Confédération (SRC), 62 résidents suisses sont partis en Syrie ou en Irak combattre dans les rangs de l’Etat islamique, de Jabhat al-Nosra ou d’une organisation affiliée. La Suisse ne cesse de revoir sa stratégie de lutte contre le terrorisme. Elle vient de décider de renforcer ses mesures, en permettant notamment de retirer les passeports de potentiels candidats au djihad. Jusqu’ici, il n’existait aucune mesure policière préventive permettant d’empêcher des individus radicalisés de partir en Syrie ou en Irak. Le Conseil fédéral propose désormais de permettre aux autorités compétentes d’obliger quelqu’un de suspect à se présenter régulièrement à un poste de police pour l’empêcher de partir, et, si la mesure s’avère insuffisante, de lui confisquer ses papiers d’identité. Mais c’est bien en amont que les autorités espèrent pouvoir se montrer plus efficaces. En dehors des domaines de compétences des autorités de justice et de poursuite pénale.

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