Elena Isinbayeva naissance d’une ambition

Elena Isinbayeva naissance d'une ambition

Une double championne olympique du saut à la perche, ça n’a pas peur des obstacles. Que ceux qui ont tenté de barrer la route d’Elena Isinbayeva se le tiennent pour dit: on ne passe pas impunément outre-tsarine.

Interdite de Jeux olympiques comme la quasi-totalité de l’athlétisme russe, Isinbayeva a convoqué la presse internationale dans la grande salle d’interview du centre des médias. Son élection la veille à la Commission des athlètes du CIO peut justifier un tel privilège. A quelques heures de la finale du concours du saut à la perche féminine, le procédé n’est pas très élégant mais ça marche. Elle semble n’avoir de toute façon que peu de considération pour celle qui lui succédera au palmarès: «Elle sait qu’elle ne sera que deuxième.»

Pardonner avant de changer

La voici. Elle entre en souriant, un peu surprise même de voir autant de caméras.

Ses premiers mots sont apaisants. «J’ai dit il y a quelques jours que je ne pardonnerai jamais à ceux qui m’ont injustement privé des Jeux olympiques; j’ai changé d’avis. Je leur pardonne, Dieu seul peut les juger.» Ce qui a changé’ Elle. «J’ai décidé d’arrêter ma carrière. J’ai gagné tout ce que l’on peut gagner.» Même une élection, la veille, à la Commission des athlètes, qui devrait lui ouvrir rapidement les portes du CIO.

«Des athlètes olympiens m’ont élu. Mes pairs m’ont fait confiance et pour moi, c’est une victoire extraordinaire.» Elle remercie le président du CIO, Thomas Bach, d’avoir été «aussi objectif dans cette affaire». C’est visiblement à la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) qu’elle en veut. «Pas un seul membre de l’IAAF ne m’a félicité pour mon élection!»

Après le classique «je n’ai jamais été contrôlée positive», Elena Isinbayeva déroule une argumentation plus convaincante sur la manière très précipitée avec laquelle les athlètes russes ont été traités. «Ces derniers mois, j’ai subi quatre contrôles antidopage effectués par des spécialistes venus de l’étranger, mais ça n’a pas suffi. L’IAAF nous a subitement imposé deux mois avant les Jeux des critères impossibles à respecter. Pour participer, il fallait vivre en dehors de son pays.»

Demande de preuves

Les journalistes russes, qui applaudissent parfois, et lui offrent un bouquet, monopolisent le micro et posent des questions de complaisance. De toute façon, elle est sans surprise sur les sujets qui fâchent. Le rapport McLaren, qui a tout de même dévoilé des choses effrayantes sur le dopage en Russie’ «J’aimerais voir des preuves, des faits», ose Isinbayeva.

La toute jeune retraitée (34 ans) prouve qu’elle peut sans difficulté embrayer sur une carrière politique. Dans le camp de Vladimir Poutine, qui devrait prochainement la placer à la présidence de la Fédération russe d’athlétisme (ARAF). Le président, Dimitri Chliatkine, ne se représentera pas en novembre. «J’ai reçu une offre sérieuse, confirme-t-elle, mais c’est aussi un gros challenge. Nous allons en parler. Je dois y réfléchir mais je me sens capable de ramener ma fédération au sein de l’IAAF.» Aucun obstacle n’est trop haut pour une perchiste, même retraitée.

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