En NBA le récital de Clint Capela

En NBA le récital de Clint Capela

Clint Capela est un showman. Depuis une dizaine de jours, il fait rire la planète entière avec son interprétation du «I want you back» des Jackson Five, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux par son club, les Houston Rockets. Veste de costume et lunettes rouges, le basketteur suisse de 22 ans malmène le tube pendant que plusieurs de ses coéquipiers commentent, hilares ou un peu affligés. «C’est terrible», rigolent plusieurs d’entre eux. «A faire mal aux oreilles», renchérit un autre.

Mais peu importe sa qualité musicale, la séquence présentée comme le premier épisode d’une série lumineusement intitulée «Acapella with Capela» fait parler d’elle et donne du Genevois l’image d’un joueur sympathique et qui ne se prend pas au sérieux. C’est toujours bon à prendre, mais en ce début de saison, Clint Capela n’aurait même pas eu besoin de s’aventurer derrière un micro pour faire parler de lui: il réserve son véritable récital aux parquets de NBA.

Après 17 rencontres, Houston – qui l’a drafté en 25e position en 2014 pointe au cinquième rang (sur quinze) dans la conférence Ouest et son pivot suisse n’y est pas étranger: il aligne les performances de grande classe. Dans la nuit de dimanche à lundi, il a battu son record en inscrivant 21 points lors de la victoire des Houston Rockets contre les Portland Trail Blazers (130-114). Il affiche désormais un pourcentage de réussite au tir de 62,3% qui est tout simplement le meilleur de la NBA. Il est aussi le septième meilleur contreur de la ligue et figure parmi les vingt meilleurs joueurs au rebond.

La barre des 30 minutes

La presse américaine retourne les chiffres dans tous les sens et commence à se convaincre que l’avenir radieux promis au joueur est avancé. Sa progression est constante: lors de sa première saison, le «rookie» Capela inscrivait 2,7 points et réalisait trois rebonds en 7,5 minutes disputées par match en moyenne. En 2015-2016, le «sophomore» passait à 7 points et 6,4 rebonds en 19,1 minutes. Depuis le début de sa troisième saison, il affiche des moyennes 12,4 points, 8,7 rebonds et son temps de jeu a grimpé à 26,2 minutes.

Depuis que le pivot-star Dwight Howard a quitté les Houston Rockets pour les Atlanta Hawks, Clint Capela a su gagner la confiance des bonnes personnes: l’entraîneur Mike D’Antoni et la star James Harden. «Il progresse vraiment bien», relevait le premier à la mi-novembre, alors impatient de pouvoir aligner le Suisse trente minutes par match – il le fait désormais depuis cinq matches. «Il veut vraiment devenir meilleur, appuyait le second. Sur le terrain comme en salle de force, il fait tout pour s’améliorer.» Aujourd’hui, les deux hommes contribuent largement à la bonne saison de Clint Capela.

Le match-référence

Mike D’Antoni prône un basketball offensif et rapide qui convient bien au Genevois de 2m08. Et James Harden a développé avec lui une complicité qui fait des dégâts, comme l’illustre la géniale passe décisive qu’il lui a délivrée du milieu du terrain le 19 novembre contre Utah Jazz. Ce jour-là, Clint Capela a réalisé son match-référence, inscrivant alors vingt points pour la première fois. «Il a réussi une partie monstrueuse, soulignait son coach. Mais je ne pense pas qu’il ait fait quoi que ce soit qu’il ne puisse pas reproduire à chaque partie.»

Car le deuxième Suisse à se faire sa place en NBA (aprèrs Thabo Sefolosha) est sur la pente ascendante. «Je ne serais pas étonné qu’un de ces jours, il réussisse un match à trente points», lance, admiratif, le président de Swiss Basketball Giancarlo Sergi. Il pèse de plus en plus sur le jeu de son équipe, mais aussi sur la balance. Jugé un peu maigre à son arrivée outre-Atlantique, il affiche aujourd’hui 115 kilos, soit quatorze de plus qu’en 2014 le bénéfice d’un important travail de musculation. «Ma mentalité est de bosser dur quoiqu’il arrive, je suis arrivé avec cet état d’esprit et je n’ai pas changé», confiait-il l’an dernier au Temps. «Il travaille vraiment beaucoup, assurait James Harden dernièrement. Quand tu as un type comme lui qui travaille autant, de grandes choses peuvent lui arriver.»

Comme, par exemple, devenir l’athlète suisse le plus payé de l’histoire dans un sport collectif. Fin octobre, les Rockets ont levé l’option qui figurait sur le contrat de Clint Capela. Il jouera une quatrième saison à Houston et son salaire passera de 1,2 à 2,334 millions de dollars par année lors de l’exercice 2017-2018. Et il pourrait prétendre à nettement plus par la suite. Dopés par un nouvel accord sur les droits TV qui garantit 2,7 milliards de dollars par an jusqu’en 2025 à la NBA, les salaires des joueurs sont à la hausse et Clint Capela pourrait bien en profiter à l’heure de signer son prochain contrat. «Je l’imagine toucher environ 80 millions de dollars sur quatre ans, estime Benjamin Golliver, spécialiste du basketball pour Sports Illustrated, cité par Le Matin. Cela devient la norme pour les jeunes pivots talentueux.»

Et pour ça, même pas besoin de pousser la chansonnette.

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