Et maintenant la Silicon Valley se penche sur notre cerveau

Et maintenant la Silicon Valley se penche sur notre cerveau

La semaine écoulée a été riche en annonces fracassantes en matière de neurosciences appliquées. D’un côté, Facebook veut nous faire taper des textes sans clavier, simplement avec la pensée. De l’autre Elon Musk ambitionne carrément de mettre en réseau tous les esprits humains et de nous faire communiquer par la pensée.

Avec deux milliards d’utilisateurs mensuels, Facebook pourrait se contenter de son rôle de réseau social. Il n’en est rien, comme la firme l’a démontré cette semaine à la conférence F8 à San José en Californie. Parmi les annonces, l’une d’elles a fait sensation: la possibilité de taper directement des textes depuis le cerveau.

Regina Dugan, une responsable du groupe, a présenté un projet visant à «lire» des pensées directement dans la partie du cerveau qui héberge le centre du langage et à les transformer en message écrit, sans avoir à parler ou utiliser un clavier.

Facebook a constitué pour cela une équipe de plus de 60 scientifiques et ingénieurs, spécialisés dans les technologies d’intelligence artificielle permettant de comprendre le langage, les systèmes d’imagerie cérébrale et les prothèses neurologiques.

L’objectif est d’arriver dans les deux prochaines années à créer un système capable de décoder des mots qu’une personne veut prononcer et à les transcrire simultanément sur un ordinateur à la vitesse de 100 mots par minute. Ce serait cinq fois plus rapide que le temps nécessaire aujourd’hui pour les taper sur un écran tactile de smartphone.

En soi, cela n’a rien de révolutionnaire, les premiers travaux visant à développer des interfaces cerveau-machine remontant aux années 1970. Mais le fait que la compagnie s’y intéresse montre qu’elle compte bien innover et pas seulement copier, comme elle l’a un peu piteusement fait avec Snapchat récemment. 

Reste à voir si, premièrement, l’entreprise y parviendra, et surtout si, deuxièmement, le public sera prêt à accepter que Facebook s’immisce dans le cerveau de ses utilisateurs, car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Un super cerveau pour rivaliser avec les machines

Autre annonce fracassante, celle d’Elon Musk, le patron de Space X et Tesla. Après avoir envoyé des fusées dans l’espace et construit les voitures électriques les plus performantes qui soient, le milliardaire semble désormais s’intéresser non pas à ce que les humains feront, mais à ce qu’ils seront. 

Lire aussi: Doper le cerveau à la Elon Musk: une idée pas si folle’

Il y a quelques semaines, un article publié par le «Wall Street Journal» indiquait qu’Elon Musk souhaite mettre au point une sorte de «dentelle nerveuse» (ou «neural lace» en anglais, un terme inventé par le romancier Iain M. Banks), soit une couche d’intelligence artificielle directement tissée dans le cerveau. Cette approche aurait pour objectif, dans un premier temps, de soigner des maladies nerveuses pour lesquelles il n’existe pas de traitement, et à plus long terme d’accroître nos capacités cognitives. Neuralink aurait déjà recruté plusieurs experts reconnus du domaine.

Il apparaît aujourd’hui que le plan de Neuralink va encore plus loin. Un rapport publié sur le site WaitButWhy révèle que les implants développés par Neuralink ont pour objectif de transmettre des paquets de données «non compressées» entre les individus équipés. Autrement dit, au lieu de traduire les pensées en langage (c’est par là qu’il faut comprendre le terme de compression), les implants pourraient télécharger directement les pensées d’un cerveau à l’autre (!). Conséquence, ceci multiplierait les vitesses de communication actuelles de manière spectaculaire, et autoriserait de mettre en réseau les esprits humains. Bienvenue dans l’internet de la pensée.

On comprend dès lors mieux ce qu’Elon Musk avait sous-entendu en disant récemment vouloir créer un «super cerveau humain» capable de rivaliser avec les machines. Car pour le fascinant entrepreneur, la survie de l’homme ne sera possible qu’en surpassant les machines. Prenez une intelligence artificielle, mélangez-là à de l’intelligence réelle et vous obtenez ainsi une intelligence d’un type nouveau capable de tenir la dragée haute, peut-être, aux machines.

Evidemment, tout cela prendrait, au bas mot, des dizaines d’années. Il n’empêche. Ou nous sommes au tournant d’une nouvelle ère dans le développement des interfaces entre l’homme et les machines. Ou le cannabis californien est vraiment très fort ces jours-ci. Dans tous les cas, le futur promet d’être passionnant. 

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