Faut-il avoir peur de la dette des ménages américains’

Faut-il avoir peur de la dette des ménages américains'

L’économie américaine va-t-elle vraiment mieux’ Oui. Mais pas suffisamment pour justifier une nouvelle hausse des taux directeurs, estime la Réserve fédérale américaine (Fed). Dans le compte rendu (les «minutes») de sa réunion des 26 et 27 juillet, dévoilé mercredi 17 août, les membres de la banque centrale américaine apparaissent indécis sur le sujet. Si certains sont convaincus que l’activité va se raffermir, d’autres estiment qu’il «est prudent d’accumuler davantage de données afin d’évaluer le rythme d’évolution du marché du travail». Dit autrement: en dépit du bas taux de chômage (4,9%), les faiblesses observées sur l’emploi continuent de les inquiéter.

Mais depuis quelques semaines, certains économistes sont également préoccupés par d’autres chiffres. «La hausse de 18 milliards de dollars des dettes sur cartes de crédit alimente les peurs alors que l’économie ralentit», titrait ainsi le Financial Times du 1er août, soulignant que la progression n’avait pas été aussi élevée depuis 2007. «Les consommateurs empruntent plus et les banques se battent pour séduire les clients en multipliant les offres», constatait le quotidien financier sur un ton alarmiste.

Un «non-sens» de comparer avec 2008

Il est vrai qu’à première vue, les chiffres ont de quoi donner le tournis. Selon les statistiques publiées le 10 août par la Fed de New York, l’endettement des ménages américains a bondi de 35 milliards de dollars au premier trimestre, pour culminer à 12’290 milliards de dollars. C’est 10,2% de plus que le point bas atteint au second semestre 2013. La hausse est particulièrement marquée pour les crédits automobiles (+3%) et l’endettement par cartes de crédit (+2,4%), qui atteignent respectivement 1100 milliards et 729 milliards de dollars.

Difficile, dans ces conditions, de ne pas songer aux dérives qui avaient conduit à la crise de 2008. A l’époque, des milliers de ménages dits «subprimes», c’est-à-dire peu solvables, avaient soudain cessé de rembourser leurs prêts et quitté leur maison. Ils étaient incapables de faire face à la hausse de leurs mensualités.

Résultat: les prix de l’immobilier s’étaient effondrés. Et comme les crédits en question avaient été transformés en titres et revendus sur les marchés, la panique s’était répandue dans tout le système financier’ «Certains imaginent que ce scénario catastrophe va se reproduire, mais c’est un non-sens: la situation n’a plus rien à voir avec celle de 2008», balaie Paul Ashworth, économiste chez Capital Economics. «Je ne vois pas de risque d’une crise de la dette imminente aux Etats-Unis», confirme Florence Pisani, chez Candriam.

Des habitudes de consommation «plus prudentes»

De fait, contrairement à ce que l’on observe en Europe, les ménages américains se sont fortement désendettés après la crise. Si en volume, leur dette est repartie à la hausse depuis 2013, elle reste inférieure de 3,1% au pic de 2008. Mais surtout, sa part est passée de 132% du revenu disponible net à 110% aujourd’hui, selon l’OCDE, et elle continue de baisser. C’est plus qu’en Allemagne (94%), mais moins qu’au Royaume-Uni (154%) ou au Danemark (308%). «De plus, le service de la dette, à savoir les sommes que l’emprunteur rembourse chaque année, ne cesse de diminuer, grâce à la chute des taux d’intérêt», remarque Christophe Boucher, économiste à Paris-Ouest-Nanterre-La Défense. Il est ainsi passé de 13% à 10% du revenu disponible en cinq ans. Les Américains ont massivement renégocié leurs conditions de prêts afin de profiter de la baisse du loyer de l’argent.

En outre, la dette immobilière, qui représente l’essentiel de leur endettement (9 500 milliards sur 12’290 milliards d’euros), s’est stabilisée depuis 2013. «Les réglementations plus strictes ont mis fin aux dérives d’avant crise, explique Florence Pisani. Les banques n’accordent plus de prêts, dont la plupart sont à taux fixes, aux foyers peu solvables.» De même, le «Credit Card Act», adopté en 2009, a renforcé l’encadrement des pratiques bancaires, afin de protéger les clients. Grâce à cela, les ménages sont en meilleure santé financière, et il n’y a pas de bulle à l’horizon.

«Il ne faut pas oublier que les Américains ont été traumatisés par le choc de 2008, analyse Gregori Volokhine, du courtier Meeschaert, à New York. Leurs habitudes de consommation sont plus prudentes, et ils épargnent plus.»Le constat d’ensemble est donc rassurant. Il convient néanmoins d’y apporter quelques nuances. Notamment en matière de crédit automobile, où les défauts de paiement augmentent en partie car les ventes de véhicules ont fortement redémarré.

La dette publique se stabilise

Mais le plus inquiétant est l’envolée des prêts étudiants. Entre fin 2008 et 2016, ils ont grimpé de 660 milliards à 1260 milliards de dollars. Une situation dramatique pour les millions de jeunes peinant à s’acquitter de leurs mensualités. «C’est douloureux, mais une grande partie de ces prêts ont été accordés par l’Etat fédéral, qui aménage les remboursements afin d’aider les jeunes les plus en difficulté», pondère Florence Pisani. Selon elle, il n’y a donc pas de risque «systémique» de transmission à l’ensemble du secteur financier. En outre, les deux candidats à l’élection présidentielle, la démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump, ont promis de s’attaquer au problème’

Reste la question de la dette publique. Après avoir bondi de 63,9% du produit intérieur brut en 2006 à près de 105% en 2013, elle s’est stabilisée. En 2016, elle devrait s’établir à 108%, selon le Fonds monétaire international.

«Il n’y a pas de danger immédiat en la matière», assure Paolo Mauro, économiste au Peterson Institute, un think tank de Washington. Les investisseurs ont confiance dans le pays et les taux d’intérêt sont historiquement bas.»

A moyen terme, les Etats-Unis seront néanmoins confrontés aux mêmes défis que les autres pays industrialisés: le vieillissement de la population et le déclin de la productivité. «A l’avenir, la croissance sera moins forte que ce qu’imaginent les dirigeants politiques», prévient Paolo Mauro. Avant de conclure qu’en dépit de l’extrême prudence des banques centrales, les taux ne resteront pas aussi bas pour toujours’

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