Genève refuse de céder aux injonctions de la Turquie

Genève refuse de céder aux injonctions de la Turquie
Une photo exposée sur la Place des Nations mettant en cause l’actuel président turc Recep Tayyip Erdogan provoque la colère de la Turquie. Son consulat a demandé le retrait du cliché. La ville de Genève a rejeté mardi cette requête.

C’est le quotidien genevois Le Courrier qui a révélé l’affaire. L’une des 58 images du photographe genevois d’origine kurde et arménienne Demir Sönmez exposées jusqu’à dimanche sur la Place des Nations a provoqué l’ire de la Turquie. L’exposition illustre les manifestations d’opposants et de la société civile organisées sur la Place des Nation face au siège européen de l’ONU. Parmi elles, une photo montre une manifestation de mars 2014 avec, au premier plan, une banderole ornée du visage dessiné d’un adolescent et cette phrase: «Je m’appelle Berkin Elvan, la police m’a tué sur l’ordre du Premier ministre turc».

«Le 16 juin 2013, Berkin Elvan, 15 ans, parti acheter du pain, avait reçu une grenade lacrymogène tirée par un policier au plus fort du mouvement de protestation autour de la place Taksim. Cette année-là, une mobilisation pour la sauvegarde du parc Gezi s’était muée en un mouvement antigouvernemental notamment comparé au printemps arabe. Un mouvement durement réprimé. Recep Tayyip Erodgan, Premier ministre turc à l’époque et aujourd’hui président, avait déclaré que l’adolescent était membre d’une organisation terroriste», rappelle Le Courrier.

La RTS a recueilli les réactions outrées de parlementaires fédéraux.

Ce mardi, l’exécutif de la ville de Genève a annoncé son refus de retirer la photographie.

Selon la Tribune de Genève, la municipalité a reçu le soutien du ministère suisse des Affaires étrangères (DFAE). «La Suisse a adopté le principe de la liberté d’expression, également pour les artistes», a déclaré au quotidien le responsable de l’information du DFAE Jean-Marc Crevoisier.

L’année dernière, la Suisse avait pourtant renoncé à présenter une exposition du photographe Jean Mohr intitulée «Avec les victimes de la guerre» au siège de l’UNESCO à Paris.

Plusieurs pays avaient réagi négativement, trouvant certaines images «problématiques», déclarait à l’époque Jean-Frédéric Jauslin, chef de la délégation suisse auprès de l’Unesco. Le quotidien fribourgeois «La Liberté» avait pointé la Turquie. Les photographies relativement nombreuses des camps de réfugiés grecs à Chypre, envahie par la Turquie en 1974, auraient déplu à l’ambassadeur turc auprès de l’UNESCO.

Toujours en 2015, le DFAE s’était opposé au projet d’un monument aux abords du Palais des Nations, le siège européen des Nations unies, suite aux pressions d’Ankara. L »uvre d’art devait rendre hommage aux victimes du génocide arménien et à la solidarité exprimée par les Genevois et les Suisses à leur égard depuis plus d’un siècle.

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