Gitana 140 ans entre esthétisme et performance

Gitana 140 ans entre esthétisme et performance

Tout commence le 21 septembre 1876. Ce jour-là, Julie de Rothschild, inaugure son bateau à vapeur, la Gitana, et pulvérise le record de vitesse sur le Léman avec une pointe à 20 n’uds. Celle qui devient la «yachting lady» initie alors une saga maritime unique qui perdure encore. Gitana, le nom évoque aussi le port du même nom à Bellevue, entre Genève et Versoix, baptisé en hommage à toute une série de bateaux qui, depuis plus d’un siècle, disent toute la passion de la famille de Rothschild pour le monde de la voile.

140 ans jour pour jour, ce mercredi, que la légende Gitana s’écrit, de génération en génération au travers de chapitres très différents les uns des autres. Au Port noir, à Genève, une exposition interactive retrace cette saga unique. Une plongée dans la genèse de cette épopée vélique avec des documents d’archives, mais aussi un regard vers l’avenir et la possibilité pour les visiteurs de ressentir les émotions vécues à bord de ces Formules 1 des mers grâce un espace de réalité virtuelle.

Virage à 90 degrés

Pour Le Temps, Ariane de Rothschild, épouse de Benjamin de Rothschild et présidente du comité exécutif du Groupe Edmond de Rothschild, a accepté d’évoquer les motivations de sa famille depuis 140 ans avec, comme dénominateur commun, la passion et la précision. Elle nous reçoit dans son bureau, rue de Hollande, à Genève et raconte: «Avec Gitana, les projets ne sont pas suspendus dans le temps. Il y a une continuité avec des types d’expressions et des étapes très différentes selon les périodes.» Et de rappeler que Julie de Rothschild était animée par l’amour de la technologie et de la vitesse. «Mon beau-père, Edmond, avait une approche plus esthétique, poursuit-elle. Pour lui, ce qui comptait c’était l’élégance. Ses bateaux avaient des lignes magnifiques.» Mais il s’agissait de voiliers destinés plutôt à la course croisière.

Son fils Benjamin a marqué un virage à 90 degrés dans l’histoire des Gitana, renouant avec la quête de performance de la pionnière Julie de Rothschild. «Benjamin avait grandi avec l’esthétisme poussé à l’extrême. Tout l’équipage portait une tenue impeccable. C’était chicissime. Mon mari s’ennuyait sur ces bateaux qui n’allaient pas assez vite à son goût. Il a voulu couper avec ça. Son penchant pour les multicoques mettait son père dans de sacrés états. Car Edmond ne trouvait pas les multicoques esthétiques; ils n’étaient pas dans la tradition. Mais Benjamin, passionné par cette technologie, ressentait le besoin d’exister dans cette évolution en y mettant sa propre personnalité, ses envies.»

En 2000, Benjamin de Rothschild et son épouse Ariane créent le Team Gitana. Une équipe de vingt personnes dédiée à la performance de voiliers très pointus. Leurs derniers projets en date: une participation au prochain Vendée Globe (tour du monde en solitaire sans escale ni assistance) avec un monocoque à foils des ailettes permettant au bateau d’être poussé au-dessus de l’eau pour moins de traînée et un gain de vitesse dans la mouvance des multicoques volants, et la construction d’un maxi-trimaran, à foils lui aussi, destiné à une nouvelle course autour du monde, le pendant du Vendée Globe, mais en multicoques. «Ces voiliers high-tech, c’est ce que nous vivons nous aujourd’hui. Peut-être que nos filles ne poursuivront pas dans cette voie. Ce qui est certain, c’est qu’il y a depuis toujours une volonté permanente de lancer de nouveaux projets et de faire perdurer cette histoire, chacun à sa manière.»

Esprit d’équipe et de compétition

La baronne insiste sur les valeurs véhiculées par le Team Gitana, qui leur tiennent à c’ur. Tout d’abord, l’esprit d’équipe. «Pour être performante, une équipe doit être unie, centrée et tendre vers un projet commun. Chez nous, le relationnel entre l’équipe et l’armateur est vraiment basé sur l’affect. Ce n’est pas que de la voile ou du business. C’est une passion partagée émotionnellement.» Elle qui est à la tête d’un important groupe financier souligne aussi la notion d’audace. «Il faut oser casser les codes. Comme l’a fait mon mari en passant de la voile que faisait mon beau-père aux trimarans high-tech pour aller dans une autre dimension. Dans la banque aussi, il faut savoir prendre des risques parce qu’on a une vision claire et précise d’où on veut aller.» Et puis il y a l’esprit de compétition. «Il y a une volonté de faire partie des meilleurs à tous les niveaux avec ces bateaux. Le but ultime est de passer la ligne d’arrivée, mais le chemin pour y parvenir est essentiel. Nous aimons suivre le processus de A à Z.»

Ariane de Rothschild est déjà très émue à l’idée du départ du Vendée Globe, le 6 novembre prochain, mais elle est aussi très excitée à l’idée du futur grand trimaran. «Pour moi c’est wahou! Je suis impressionnée par la jeunesse des équipes de recherche, leur niveau ce sont tous des ingénieurs aéronautiques et le mélange de tout ce qui a été mis autour de la table, hydrodynamique, aéronautique’» Ce projet audacieux devrait voir un bateau voler autour du monde. Quel chemin parcouru depuis ce 21 septembre 1876.

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