Gueorgui Gospodinov remporte le Prix Jan Michalski

Gueorgui Gospodinov remporte le Prix Jan Michalski

«Selon The Economist, la Bulgarie est le pays le plus triste du monde». Emu et pince-sans-rire, Gueorgui Gospodinov a rappelé aujourd’hui, au public de la Fondation Michalski, cette enquête menée par le magazine américain il y a quelques années. Célèbre en Bulgarie où il compte parmi les écrivains les plus lus, traduit dans de nombreux pays, Gueorgui Gospodinov a reçu aujourd’hui le Prix Jan Michalski de littérature pour son roman Physique de la mélancolie (Intervalles). Deux autres livres étaient en final pour ce prix doté de 50’000 francs: Des Trost des Nachthimmels de Dzevad Karahasan, paru en Allemagne en 2016 et The way things were de Aatish Taseer paru à Londres en 2015. Le jury du prix Jan MIchalski a la particularité de sélectionner des livres dans toutes les langues et tous les genres (romans, poésie, essais, romans graphiques, etc.) Autre originalité: la sélection concerne les livres parus dans les cinq dernières années et non pas uniquement l’année en cours ou tout juste achevée.

Dans les corps

La physique de la mélancolie croise les souvenirs d’enfance du narrateur dans la Bulgarie des années 1970, ces heures passées tout seul à attendre le retour de ses parents, dans un entresol qui donnait sur la rue. Le petit garçon ressentait un vif sentiment d’abandon. Sentiment que l’auteur met en parallèle avec la figure du Minotaure, lui aussi abandonné par ses parents, Minos et Pasiphaë, dans le labyrinthe, en Crète. Roman labyrinthique, La physique de la mélancolie est une quête, mélancolique, à travers les âges et l’histoire de la Bulgarie où le narrateur se démultiplie, entre dans les histoires et les corps d’autres personnages, réels ou mythiques. A la recherche d’une empathie, d’un sens perdu. «Je sommes nous» écrit l’auteur.

Empathie pour les oubliés

Georgui Gospodinov, né en 1968, a rencontré le succès en 1999, avec Un roman naturel, traduit dans une vingtaine de pays. En plus de vingt ans de carrière, il a écrit plusieurs recueils de nouvelles, du théâtre, de la poésie. La physique de la mélancolie est clairement un point d’orgue, un livre qui porte à l’incandescence ses thèmes de prédilection, pointés par sa traductrice, Marie Vrinat-Nikolov, aujourd’hui, lors de la laudatio: «l’imbrication entre petite et grande histoire, peur de l’oubli, empathie pour les oubliés et les négligés, vision du sublime dans le trivial et l’infime.»

Tentative d’étouffer

Dans son discours de remerciement, l’écrivain a expliqué que mélancolie en bulgare se dit, tâga et qu’en prononçant ce mot lentement, on pouvait sentir sa pomme d’Adam bouger comme une tentative d’avaler, d’étouffer. Le sentiment de mélancolie (ou de tristesse) ressemble à cela quoiqu’il soit difficile de le traduire en mots. «Je viens d’un pays qui est champion du monde en mélancolie. Pendant que j’écrivais mon livre, me demandant d’où provenait cette mélancolie, elle avait envahi toute l’Europe, voire le monde en un certain sens. En tant qu’écrivain, je sais que la mélancolie accumulée est un sentiment dangereux prêt à exploser. Aussi faut-il la raconter, la libérer, l’apprivoiser par le récit. La danser, si vous préférez, pour l’empêcher d’exploser. Et c’est l’une des facultés de la littérature.»

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