Inquiétude, les pro-Brexit prennent le dessus

Inquiétude, les pro-Brexit prennent le dessus

L’échéance approche. A une semaine du référendum sur l’Union européenne, partisans et opposants d’un Brexit abattent ce jeudi leurs quasi dernières cartes: le chef du parti europhobe UKIP dévoile sa nouvelle affiche de campagne, tandis que le ministre des Finances, George Osborne, s’adresse aux responsables de la City. Mais en attendant, la possibilité d’une sortie de l’UE se précise, selon un sondage réalisé par l’Independent, 55% des Britanniques seraient prêts à dire non à l’Europe. On en tremble jusqu’au Japon:

Il y a peu, le Volkskrant d’Amsterdam écarquillait aussi les yeux en constatant que les politiques britanniques se mettaient «à invoquer les morts»: selon David Cameron, «Winston Churchill aurait été contre le Brexit» et il «aurait été sûr de son affaire». Mais «chercher appui» auprès des célèbres défunts «n’est jamais très futé». Il y a donc «des chances que son opposant, Boris Johnson, ressuscite bientôt Margaret Thatcher. Cela obligera David Cameron à trouver à son tour d’autres morts qui se seraient opposés.» Shakespeare’

Le Spiegel, de son côté, cité par Courrier international, affichait il y a quelques jours l’Union Jack à sa Une, barrée du message «S’il vous plaît, ne partez pas!», en anglais et en allemand. «Pourquoi l’Allemagne a besoin des Britanniques», détaillait en sous-titre l’hebdomadaire allemand, avec 23 pages dans la langue de Shakespeare et une interview alarmante du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble:

Le chroniqueur de l’Independent Jon Danzig dépeint, lui, un avenir noir: «Imaginez notre gouvernement actuel se muer en un nouveau cabinet uniquement composé d’eurosceptiques de droite, avec la mise à l’écart des conservateurs proeuropéens modérés suite à leur défaite au référendum. Un nouveau gouvernement conservateur qui ne serait plus soumis aux règles progressistes et aux garde-fous de l’UE notamment au plan des droits des travailleurs, de la liberté de circulation et de la protection de l’environnement. Si vous êtes l’un de ceux qui clament «Nous voulons récupérer notre pays!», réfléchissez une seconde au pays que vous récupéreriez si nous abandonnions l’UE, et à ceux qui le dirigeraient alors. Vous représenteraient-ils vraiment’»

Selon la une du Monde du jour, c’est donc la «panique chez les proeuropéens»: «Jusqu’à tout récemment, pas grand monde à Bruxelles ne croyait au scénario du Brexit. Ce sera serré, mais ça finira par passer, répétaient nombre de fonctionnaires et de diplomates, confiants dans la rationalité des citoyens britanniques. [‘] Mais les sondages, [‘] le ralliement du [‘] Sun, le thème de la migration, qui prend le pas sur les considérations économiques, ont eu raison de l’optimisme ambiant. Au Conseil européen, à la Commission, l’angoisse monte’ Et on prend ses dispositions. La dynamique n’est pas bonne et on approche du point de non-retour, glisse un diplomate.»

Une vidéo «pédagogique» du Guardian l’explique très bien. Elle résume les enjeux du référendum. «Ce pourrait être serré, le pays est coupé en deux», détaille-t-elle, listant «les principaux partisans d’une Grande-Bretagne membre de l’UE (les principaux dirigeants britanniques et européens) et ceux du Brexit («un casting plus, comment dire » excentrique») ainsi que leurs arguments». De quoi saisir les enjeux de «la décision la plus importante et la plus lourde de conséquences que les électeurs britanniques vont prendre depuis une génération»:

Oui, la tournure que prend le scénario inquiète vraiment les éditorialistes, selon le site Eurotopics, qui en a traduit plusieurs. Alors ils jettent leurs dernières forces dans la bataille. «Soyons honnêtes, l’Union nous a sauvés de la faillite»: le Times de Londres martèle que «l’UE n’a pas entravé le développement économique de la Grande-Bretagne», que celui-ci a été plus rapide qu’en Allemagne, en France et même aux Etats-Unis: «Depuis l’entrée en vigueur du marché unique en 1993, notre économie a enregistré une croissance de 62%, contre 35% pour l’Allemagne. On peut bien sûr avancer l’argument que cette croissance s’est faite malgré l’UE et non grâce à elle. Et que si nous réussissons, c’est parce que nous avons adopté un modèle économique différent de celui de nos partenaires. Mais cet argument a des implications: l’UE ne nous dicte pas nos lois et notre modèle économique. Nous avons eu toute latitude de diverger, et non de converger avec nos voisins.»

N’empêche. «C’est peut-être un v’u pieux, mais l’UE ne devrait pas snober cette rare occasion de démocratie directe et en profiter pour se pencher de plus près sur ses propres déficits», prévient la Neue Zürcher Zeitung. «Faute de quoi on pourrait assister à un effet boule de neige, et les Pays-Bas, le Danemark ou la Finlande pourraient eux aussi entamer des débats de sortie épuisants. Les deux camps seraient plus avancés s’ils s’engageaient de manière constructive pour un meilleur fonctionnement de l’Europe. Si Londres et Bruxelles étaient mariées, on leur conseillerait de suivre une thérapie de couple.» D’ailleurs, «moi, femme, je vote pour qu’on quitte cette union de machos!»: «La campagne pour que le Royaume-Uni reste dans l’UE mise sur la peur, tout comme le ferait un mari abusif», estime une journaliste du Spectator.

Mais le Brexit, pour un blogueur du quotidien polonais Polityka, c’est bien davantage qu’une crise conjugale, c’est «le retour de la ligne Oder-Neisse», «une nouvelle partition Est-Ouest». Il contraindrait «l’Allemagne, la France et les Etats du Benelux à former une mini-UE» et il est peu probable que les pays de l’Est, Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie, y aient leur place: «L’Ouest restera toujours l’Ouest, et nous serons toujours l’Est. [‘] En avançant le prétexte d’un risque terroriste ou de la nécessité de résoudre les problèmes migratoires, on refermera les frontières.» «Un tremblement de terre pour l’Europe, renchérit le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, cité par Radio France internationale: «Il faudrait s’assurer qu’un processus d’intégration en cours depuis plusieurs décennies ne débouche pas sur une désintégration», prévient-il. Qui serait aussi une mauvaise nouvelle pour’ les abeilles:

L’Union européenne a bien tenté «de faire face à la crise migratoire», écrit dans ce contexte ce jeudi matin Le Courrier de Genève. Mais «elle a échoué à faire face à la crise financière, se bornant à manier le knout à l’égard des démocraties périphériques. Quel fiasco! Si Brexit il y a dans une semaine, ce sera bien l’échec d’une idéologie néolibérale et des pays qui l’ont le plus incarnée avant d’être à leur tour victimes du processus qu’ils ont appelé de leurs v’ux. Et qui se montrent incapables de surmonter cette contradiction, préférant une fuite en avant.» Mais Bloomberg, à l’opposé, n’y croit pas:

Pour L’Expresso portugais, un Brexit serait aussi «du pain bénit pour les séparatismes», donc «le scrutin le plus dangereux de l’année»: «A long terme, on pourrait également assister au départ de l’Ecosse du Royaume-Uni et à court terme, à l’établissement d’une frontière classique entre l’Irlande et l’Irlande du Nord. L’anticipation de ces trois scénarios devrait donner la chair de poule à tous les Européens. Mais les secousses que ce séisme provoquerait de notre côté de la Manche font encore plus froid dans le dos. Car [‘] cela servirait de modèle à la Catalogne et à d’autres régions, qui aspirent à une pleine autonomie tout en voulant rester dans le giron de l’UE.»

Dans cet océan d’inquiétudes et de leçons politiques, un média, britannique, détonne. Il demande «moins d’hystérie» et «plus de faits». Sobrement baptisé i News, il fustige les dirigeants des campagnes «in» et «out»: le premier ministre David Cameron d’un côté, l’ancien maire conservateur de Londres, Boris Johnson, de l’autre. Et constate que «beaucoup de personnes en ont ras le bol de la façon dont la presse couvre les campagnes. L’hystérie des dirigeants politiques et de la presse les refroidit.» Car «l’avenir de la Grande-Bretagne ne sera pas décidé par les rédacteurs en chef, par les propriétaires des médias, par les grandes entreprises ou par les hommes politiques [‘]. Il sera décidé par vous», les citoyens. Et la messe sera alors dite, d’où l’agitation croissante.

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