La campagne sur le Brexit est endeuillée par le meurtre d’une députée

La campagne sur le Brexit est endeuillée par le meurtre d'une députée

La campagne du référendum britannique du 23 juin pour rester ou sortir de l’Union européenne a pris une tournure tragique jeudi avec l’assassinat de la députée Jo Cox. Les deux camps ont officiellement suspendu leur campagne, par respect pour l’élue travailliste, qui a été tuée par balles et coups de poignard.

Jo Cox tenait sa permanence hebdomadaire à Birstall, près de Leeds, quand elle a été attaquée un peu après midi. Selon Hithem Ben Abdallah, un témoin qui était assis à un café en face des lieux de l’attaque, la femme de 41 ans s’est retrouvée au centre d’une altercation entre deux hommes. L’un d’eux, qui portait une casquette de base-ball, a «soudain sorti une arme de son sac». «Il se battait avec elle et l’arme a retenti deux fois. Elle est tombée entre deux voitures, je suis venu voir et elle saignait.» D’autres témoignages ajoutent que la députée a aussi été poignardée à plusieurs reprises. Emportée par hélicoptère à l’hôpital le plus proche, elle a succombé à ses blessures quelques heures plus tard. Un homme de 52 ans a été arrêté.

«Partisan dévoué» d’un groupe néo-nazi

Ce qui aurait pu n’être qu’un fait divers sordide a ensuite pris une tournure politique. Selon Graeme Howard, qui vit dans une rue voisine et a vu l’incident, l’agresseur aurait crié «Britain First» au moment de l’attaque puis de nouveau quand la police l’a plaqué au sol.

Le tueur présumé serait un partisan d’un groupe néo-nazi basé aux Etats-Unis, a indiqué jeudi un groupe de défense des droits civiques. Selon le Southern Poverty Law Centre, le tireur identifié par les médias britanniques comme Thomas Mair était «un partisan dévoué de l’Alliance nationale, qui a été pendant des dizaines d’années l’organisation néo-nazie la plus importante des Etats-Unis.»

Selon le groupe de défense des droits civiques, l’homme aurait dépensé plus de 620 dollars (600 francs suisses) dans des ouvrages de l’Alliance nationale, groupe qui a appelé à la création d’une nation peuplée exclusivement de Blancs et à l’éradication du peuple juif.

Tension maximale

Si aucun des deux camps du référendum n’a cherché à ouvertement récupérer l’événement, l’attaque contre Jo Cox intervient dans une atmosphère politiquement très tendue. Alors que les sondages indiquent que le leave est désormais en tête (52% en moyenne, contre 48% au remain), beaucoup de voix se font entendre pour condamner l’utilisation d’une rhétorique incendiaire par les partisans d’une sortie de l’Union européenne. Ceux-ci ont fait de l’immigration leur cheval de bataille. Depuis des mois, ils martèlent leur message, répétant que le Royaume-Uni ne peut pas contrôler ses frontières tant qu’il reste dans l’Union.

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Pas d’Europe sans les Britanniques

Toute la matinée d’hier avait été dominée par une polémique sur la nouvelle affiche d’UKIP (United Kingdom Independence Party). Celui-ci montrait une colonne de réfugiés syriens, avec le slogan Breaking point. Sous-entendu, le Royaume-Uni serait «au point de rupture» face aux flots de migrants. «[L’UKIP] exploite la misère de la crise des réfugiés syriens de façon malhonnête et immorale, réplique Yvette Cooper, une députée travailliste. L’Europe n’a pas causé la crise des réfugiés et sortir de l’UE ne va pas arrêter les gens de fuir le conflit et la persécution de Daech [Etat islamique] et du régime d’Assad.»

Cette affiche n’est pas un dérapage isolé. Leave.eu, l’un des organismes qui fait campagne pour le Brexit, fait tourner sur les réseaux sociaux une vidéo interrogeant en lettres capitales, sur fond de musique inquiétante: «Etes-vous inquiets de la quantité de crimes commis par des criminels étrangers au Royaume-Uni’» Suivent des images de jeunes se battant. Puis, une autre question: «Etes-vous inquiets de la surpopulation du Royaume-Uni, qui pèse sur le NHS [National Health Service, le système de santé]’» Le clip se termine: «Vous avez le choix. Le moment n’est-il pas venu de reprendre le contrôle’»

L’immigration sans Schengen

Ce discours mélange allègrement différents problèmes. En tant que membre de l’UE, le Royaume-Uni doit accepter le principe de la libre circulation des Européens. Cela a effectivement provoqué un afflux de 2 millions d’immigrants européens depuis 2004. En revanche, le pays ne fait pas partie de l’espace Schengen, et n’a donc pas ouvert ses frontières aux non-Européens. Quant aux réfugiés, la «jungle» de Calais, en France, reflète le fait que Londres ne les laisse pas rentrer sur son territoire.

Pourtant, le message anti-immigration des partisans du Brexit, répété inlassablement depuis cinq ans par Nigel Farage, le leader du UKIP, porte ses fruits. Les langues se sont libérées, et partout à travers le Royaume-Uni, les Britanniques expriment ouvertement leur inquiétude. Du marché de Romford, en grande banlieue de Londres, au centre de Liverpool, du Yorkshire à Birmingham, le même refrain est repris: «Je ne suis pas raciste, mais ce pays est trop petit pour recevoir autant de monde.»

Si ce climat délétère ne peut évidemment pas être directement lié à l’assassinat de Jo Cox, il n’est pas sûr que le camp du leave ose reprendre le même ton lors de la dernière semaine de la campagne du référendum.

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