La consommation de compléments alimentaires comporte des risques

La consommation de compléments alimentaires comporte des risques

Lutter contre la fatigue, retrouver sa ligne, améliorer sa mémoire’ Les promesses que laissent miroiter certains compléments alimentaires sont pour le moins alléchantes. A tel point que depuis quelques années, on constate une augmentation importante de leur consommation dans la population suisse. Selon l’étude CoLaus, réalisée depuis 2003 au CHUV, nous serions ainsi près de 26% à consommer régulièrement ces petites pilules miracles. En tête: les vitamines et autres minéraux, suivie par les acides gras, puis les extraits de plantes et autres thés spéciaux.

Mais ces compléments sont-ils vraiment utiles’ Leur consommation régulière sans avis médical est-elle sans risque’ Rien n’est moins sûr. Le point avec Daniel Teta, médecin chef du Service de néphrologie à l’Hôpital du Valais et professeur titulaire de néphrologie à la Faculté de biologie & médecine de l’Université de Lausanne. Ce dernier tiendra une conférence sur cette thématique au salon Planète Santé qui ouvrira ses portes jeudi à l’EPFL.

Le Temps: La plupart des personnes consommant des compléments alimentaires pensent que cette pratique est dénuée de risque, est-ce vraiment le cas’

Daniel Teta: Bien que certains compléments alimentaires aient des effets majoritairement positifs dans des populations ciblées, comme l’acide folique pour les femmes enceintes, leur consommation peut comporter des risques. En effet, dans certaines circonstances, ceux-ci engendrent des complications toxiques graves au niveau des reins, du foie ou de la peau. D’où l’importance d’en parler avec son médecin. Autre facteur de risque: le marché des compléments alimentaires n’est pas régulé et ces produits sont souvent dénués de contrôle de qualité, surtout pour ceux en vente libre sur Internet. Il est par exemple arrivé que des lots soient contaminés par des substances pouvant engendrer des effets secondaires, ou qu’une plante soit substituée par une autre dans une préparation sans que cela ne soit mentionné sur l’emballage, entraînant ensuite un effet toxique grave.

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Aux Etats-Unis, où les rayons des supermarchés pullulent de pilules en tout genre, les compléments alimentaires seraient responsables de dizaine de milliers d’admissions annuelles dans les hôpitaux. Quelles sont les complications que vous avez rencontrées dans votre pratique’

‘ Prenons l’exemple des suppléments protéiques et de la créatine, deux produits vendus dans les fitness et utilisés par les sportifs cherchant à développer leur musculature. Dans la population générale, ces compléments n’ont que rarement des effets néfastes. Par contre, ils peuvent devenir dangereux chez des personnes atteintes d’une maladie des reins non diagnostiquée. Chaque année, nous voyons des cas de patients souffrant d’insuffisance rénale, favorisée par la prise chronique de ces produits. Quant à la créatine, et plus spécialement lorsqu’elle est impure, elle peut entraîner des complications graves comme la rhabdomyolyse, une maladie détruisant les cellules musculaires.

Vous évoquez aussi la question des levures de riz rouge, une substance utilisée comme un anticholestérol naturel en remplacement des statines’

‘ L’usage des statines est tellement décrié dans les médias que de nombreuses personnes viennent en consultation en souhaitant arrêter la prise de ces médicaments. Certains patients se tournent alors vers la levure de riz rouge dont les propriétés permettent de baisser le taux de cholestérol d’un petit pourcentage. Il faut toutefois savoir que le riz rouge contient de la monacoline K, une substance active que l’on retrouve dans la lovastatine (l’une des six statines vendues en Suisse, ndlr). Bénin la plupart du temps, ce produit peut aussi entraîner, chez les personnes sensibles à ce composé, des atteintes musculaires et hépatiques.

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Les compléments alimentaires sont également à l’origine d’interactions médicamenteuses’

‘ Tout à fait. Et ces interactions peuvent se révéler extrêmement problématiques lorsque la marge thérapeutique d’un traitement est étroite. Dans ce cas, un médicament peut rapidement devenir inefficace ou au contraire toxique.

Par exemple’

‘ Certains compléments contenant de la vitamine K peuvent favoriser la coagulation sanguine. Ceci est particulièrement dangereux pour des patients devant suivre des traitements anticoagulants, comme le sintrom. Dans ce cas, l’efficacité de ces médicaments peut être réduite, entraînant des risques de thromboses. Autre exemple, le jus de pamplemousse provoque des interactions avec certains médicaments favorisant ainsi leurs effets indésirables. Les médicaments concernés sont certains immunosuppresseurs, anticancéreux, antibiotiques et les statines. Il vaut donc mieux éviter de consommer du jus de pamplemousse si l’on est sous traitement médicamenteux.

L’utilité même des compléments alimentaires a été remise en question par différentes études scientifiques. Au fond, une alimentation équilibrée ne suffit-elle pas à répondre à nos besoins en micro et macronutriments’

‘ Tout à fait. Il a par ailleurs été démontré que les personnes prenant des compléments alimentaires sont souvent plus actives quant à la prise en main de leur santé. Elles mangent mieux, fument moins et font plus de sport. Dès lors, la question principale est: en ont-elles vraiment besoin’ Vraisemblablement pas. Un supplément spécifique peut cependant être indiqué à un moment ou un autre de l’existence, notamment lors d’une pratique sportive très intensive ou au sortir d’une maladie ayant laissé des carences en vitamines ou en oligo-éléments.

La conférence du Pr. Daniel Teta, «Je prends des compléments alimentaires pour ma santé: que du bénéfice’», aura lieu le samedi 26 novembre à 11h. Tout le programme du salon Planète Santé sur www.planetesante.ch

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