La mélancolie des conteneurs

La mélancolie des conteneurs

Le mouvement incessant des gros porteurs sur les océans, les conteneurs échappés qui flottent au gré des flots: de cette circulation de marchandises émane une forme de poésie absurde que le Québécois Nicolas Dickner exploite habilement. «Six degrés de liberté» (une notion de mécanique) commence pourtant au c’ur du Québec. Lisa, 15 ans, rénove des maisons avec son père, un artisan doué mais pas en affaires et, le week-end, accompagne sa mère bipolaire à IKEA.

Son seul ami est un adolescent agoraphobe, Eric, qui suit bientôt sa mère au Danemark. Leur amitié se continue sur Skype. Lisa s’enfuit de son milieu étouffant, étudie l’informatique et vit de boulots minables. Eric, jeune génie, développe des sociétés de transports depuis sa maison danoise.

A travers les océans

Dans un univers parallèle, il y a Jay. Elle purge une peine en travaillant dans les services de détection des fraudes où ses qualités d’ex-hacker font merveille. Son passé semble compliqué, elle a des liens avec l’Amérique latine, mais pour le moment elle se tient à carreau. Les trajectoires de ces trois solitaires vont se croiser autour d’un conteneur, Papa Zoulou, qui se balade à travers les océans sans qu’on arrive à repérer ses déplacements.

Ce qui se passe ensuite est trop étrange et compliqué pour être raconté ici. Disons que Lisa qui veut s’éloigner d’un père de plus en plus amnésique et d’une mère folle va concevoir un projet bizarre (mais qui a eu des exemples), qu’Eric financera, vivant l’aventure à travers elle. Que Jay débusquera leurs manigances sans les trahir.

Héritiers des personnages de Salinger

Nicolas Dickner a le sens de la formule, il tend à en abuser, mais c’est plaisant. Ses trois perdus sont attachants, les personnages secondaires aussi. Son histoire semble bien documentée et donne de la mondialisation du commerce maritime une image intéressante. Ce roman canadien (plusieurs québécismes, sans abuser) est très américain, ses héros sont les héritiers de ceux de Salinger, quelques générations plus tard. Les enjeux de l’odyssée de Lisa ne sont pas toujours très clairs, mais ce n’est pas grave: Six degrés de liberté est un agréable récit de formation, un éloge de l’artisanat et du savoir-faire individuel dans un monde globalisé.

Nicolas Dickner, «Six degrés de liberté», Seuil, 318 p.

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