La situation des banques italiennes révèle un grave échec de politique publique

La situation des banques italiennes révèle un grave échec de politique publique

Dans le sillage du Brexit, les regards se sont tournés vers l’Italie, où les banques ploient sous les emprunts douteux et manquent de fonds propres. Pour Nicolas Véron, spécialiste des banques et chercheur au think tank bruxellois Bruegel et au Peterson Institute de Washington, ce problème était connu depuis plusieurs mois. Le risque de contagion est limité, si des mesures sont prises rapidement. Mais, dans tous les cas, les épargnants italiens risquent de ne pas en sortir indemnes.

Le Temps: La crise des banques italiennes sera-t-elle la crise de l’été 2016′

Nicolas Véron: La crise de l’été 2016, c’est le Brexit, il n’y a pas de doute là-dessus. En Italie, la situation est compliquée, surtout au plan politique, mais elle n’a pas de quoi mettre en danger la stabilité financière. Cela dit, tout dépendra de la compétence avec laquelle les problèmes seront traités. Je ne pense pas qu’on soit dans un scénario de retour à la crise de la zone euro avec un cercle vicieux emportant la dette des banques et des Etats.

Je pense qu’il n’y a pas de risque majeur de contagion, ni dans la zone euro, ni à l’intérieur de l’Italie. Certains problèmes sont spécifiques: d’abord, on sait que l’Italie a été le pays le plus à la traîne pour traiter les difficultés des banques. Ensuite, les ménages détiennent une grande partie des emprunts obligataires des banques. Mais si l’on prend l’un des établissements les plus cités, Monte dei Paschi di Siena (MPS), on se pose des questions sur la solidité de son bilan, mais elle ne semble pas considérée comme insolvable. Si elle était mise en faillite, certes, cela pourrait créer une onde de choc dans le système financier.

Reste à trouver un accord entre le gouvernement, qui semble chercher à exempter tous les créanciers privés du fardeau de la recapitalisation, et l’Union européenne, qui considère que les créanciers subordonnés doivent payer leur part. Mais je pense qu’un accord sera trouvé au cours des prochaines semaines.

‘ Les problèmes des banques italiennes ne datent pas d’hier, quel a été le déclencheur de toutes les inquiétudes’

‘ Il n’y a effectivement rien de nouveau. Le problème était déjà très visible au début de l’année. Le Brexit a accentué la crise, avec les turbulences boursières qui ont suivi le vote, mais il l’a aussi éclipsé pendant la durée de la campagne référendaire qui a précédé. Les réactions boursières ont un impact, car elles rendent plus difficile une recapitalisation éventuelle de certaines banques, et plus douloureuse pour les actionnaires qui verraient leur part diluée.

Le vrai déclencheur date de novembre dernier, lorsque la BCE a notifié les 15 plus grandes banques italiennes celles qu’elle supervise des exigences de capital, ce qui a déjà précipité plusieurs fusions et acquisitions et sous-tend les discussions en cours, comme celle concernant Monte dei Paschi di Siena.

‘ Que risquent les créanciers privés en Italie, sachant que de nombreux ménages sont à la fois déposants et détenteurs d’obligations des banques’

‘ La situation est malsaine pour les déposants italiens. Ils ont été victimes d’informations trompeuses de leurs banques, ou au moins incomplètes, sur les risques qu’ils encouraient. Beaucoup ont acheté sur le conseil de leur banque des emprunts de leur propre banque. J’y vois un grave échec de politique publique, car les épargnants n’ont pas été protégés correctement. Il est surprenant que personne, ni le gouvernement ni aucune autre autorité publique, n’ait endossé la responsabilité de ce désastre.

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‘ Vous attendez-vous à ce que les tests de résistance des banques, dont la publication est attendue fin juillet, révèlent des besoins de recapitalisation des banques italiennes’

‘ Les tests vont donner de la transparence sur l’état du système bancaire, mais comme la BCE et l’Autorité bancaire européenne (EBA) n’ont pas mis de seuil, il n’y aura pas de conséquences mécaniques en termes d’exigences de capital, contrairement à la revue des bilans en 2014. Mais si une banque a une très mauvaise performance dans un scénario de stress, cette transparence accrue peut aussi avoir des conséquences en termes de perceptions des marchés.

‘ En quoi la nouvelle supervision européenne des banques à la BCE aide-t-elle ce début de crise en Italie’

‘ Nous n’aurons la réponse définitive que lorsque le système bancaire italien sera revenu à la normale. La BCE a montré un certain retard à l’allumage. Après avoir correctement diagnostiqué en 2014 que certaines banques avaient des problèmes de capitalisation, il y a eu un long délai jusqu’à ce que des mesures soient prises fin 2015 et plus récemment. Vu la tâche à accomplir avec tout le nouveau le système de supervision à mettre en place, ce retard à l’allumage n’est pas dramatique, mais il expose néanmoins la BCE à la critique.

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