La tournée du grand-duc

La tournée du grand-duc

Hibou ressemble à une histoire de fou; c’en est une, car elle est issue du cerveau de Ramzy Bedia, la moitié la plus gogole (appellation officielle) d’Eric & Ramzy, un tandem réputé pour son rapport conflictuel avec le réel. En passant derrière la caméra, Ramzy creuse le sillon de l’extravagance lunatique.

Il s’est attribué le rôle de Rocky, un modeste employé de bureau. A l’orée de l’invisibilité, il est celui qu’on n’écoute pas, qu’on placardise, celui qui n’arrive pas à se faire servir au bistrot. Sa vie change de tonalité quand un grand-duc surgi de nulle part se pose un beau matin sur l’appui de son canapé. Se découvrant un signe particulier auprès de ce rapace inopiné, il le promeut totem: c’est engoncé dans un costume de hibou qu’il arpente désormais les rues et ose s’affirmer sans réussir à attirer l’attention de ses concitoyens.

Il rencontre une jeune femme déguisée comme tout en chacun en panda (Elodie Bouchez, apprend-on au dernier plan). Comme «Owl You Need is Love» (c’est le titre anglais du film), un lien unit ces deux solitaires qui se protègent sous des défroques animales et leur permet de s’assumer enfin.

Queue-de-pie

Ramzy crée un personnage intéressant, quelque descendant de Monsieur Hulot, trop grand dans un pantalon trop court, comme encombré de lui même. Il doit soulever le bureau pour y glisser ses jambes, il ne sait pas comment se tenir dans le bus. Autour de cet hurluberlu gravite une sympathique petite cour des miracles, dont Monsieur Banane (Philippe Catherine), le voisin du dessous. Quant à son père (Guy Marchand), il se morfond en EMS depuis qu’on a égaré son queue-de-pie, mais ceci est une autre histoire’

En-deça de l’ultra débilité fracassante de La Tour 2 contrôle infernale, dépourvu de la rigueur nonsensique des films de Quentin Dupieux dans lesquels sévit Eric Judor, cet essai de surréalisme oligophrène qu’est Hibou perd parfois le tempo, et la partie sentimentale s’avère forcément plus faible que le portrait d’un doux esseulé. Mais les déambulations emplumées de Rocky et de son «gros-duc» séduisent par leur gentillesse et leur bizarrerie.

Hibou, de et avec Ramzy Bedia (France, 2016), avec Elodie Bouchez, Guy Marchand, 1h26.

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La tournée du grand-duc

La tournée du grand-duc

Hibou ressemble à une histoire de fou; c’en est une, car elle est issue du cerveau de Ramzy Bedia, la moitié la plus gogole (appellation officielle) d’Eric & Ramzy, un tandem réputé pour son rapport conflictuel avec le réel. En passant derrière la caméra, Ramzy creuse le sillon de l’extravagance lunatique.

Il s’est attribué le rôle de Rocky, un modeste employé de bureau. A l’orée de l’invisibilité, il est celui qu’on n’écoute pas, qu’on placardise, celui qui n’arrive pas à se faire servir au bistrot. Sa vie change de tonalité quand un grand-duc surgi de nulle part se pose un beau matin sur l’appui de son canapé. Se découvrant un signe particulier auprès de ce rapace inopiné, il le promeut totem: c’est engoncé dans un costume de hibou qu’il arpente désormais les rues et ose s’affirmer sans réussir à attirer l’attention de ses concitoyens.

Il rencontre une jeune femme déguisée comme tout en chacun en panda (Elodie Bouchez, apprend-on au dernier plan). Comme «Owl You Need is Love» (c’est le titre anglais du film), un lien unit ces deux solitaires qui se protègent sous des défroques animales et leur permet de s’assumer enfin.

Queue-de-pie

Ramzy crée un personnage intéressant, quelque descendant de Monsieur Hulot, trop grand dans un pantalon trop court, comme encombré de lui même. Il doit soulever le bureau pour y glisser ses jambes, il ne sait pas comment se tenir dans le bus. Autour de cet hurluberlu gravite une sympathique petite cour des miracles, dont Monsieur Banane (Philippe Catherine), le voisin du dessous. Quant à son père (Guy Marchand), il se morfond en EMS depuis qu’on a égaré son queue-de-pie, mais ceci est une autre histoire’

En-deça de l’ultra débilité fracassante de La Tour 2 contrôle infernale, dépourvu de la rigueur nonsensique des films de Quentin Dupieux dans lesquels sévit Eric Judor, cet essai de surréalisme oligophrène qu’est Hibou perd parfois le tempo, et la partie sentimentale s’avère forcément plus faible que le portrait d’un doux esseulé. Mais les déambulations emplumées de Rocky et de son «gros-duc» séduisent par leur gentillesse et leur bizarrerie.

Hibou, de et avec Ramzy Bedia (France, 2016), avec Elodie Bouchez, Guy Marchand, 1h26.

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