L’Allemagne s’interroge après le suicide en prison d’un terroriste syrien

L'Allemagne s'interroge après le suicide en prison d'un terroriste syrien

Il y avait d’abord eu la traque et l’arrestation rocambolesque de Jaber Albakr, peu glorieuse pour les forces de l’ordre. Et maintenant son suicide en prison, deux jours seulement après son arrestation’ L’annonce de la mort de cet homme qui aurait pu fournir d’importantes informations aux enquêteurs sur ses liens supposés avec l’organisation de l’Etat islamique, provoque l’indignation dans le pays.

Jaber Albakr, un réfugié Syrien de 22 ans arrivé en Allemagne début 2015 et sans doute retourné à plusieurs reprises depuis en Turquie voire en Syrie, préparait un attentat imminent contre un aéroport de Berlin, selon les services de renseignements. Samedi tôt, il a pu échapper à la police saxonne venue l’arrêter à son domicile à Chemnitz, laissant derrière lui 1,5 kg de TATP, une substance hautement explosive utilisée par les terroristes de l’EI à Paris et Bruxelles. Pendant deux jours, l’homme finalement arrêté par trois compatriotes à qui il avait demandé de l’abriter, a tenu toutes les polices du pays en haleine.

Préparation d’un attentat-suicide

Les circonstances de son arrestation avaient jeté un premier doute sur la capacité des enquêteurs saxons (ex-RDA) à mener la lutte antiterroriste. Son suicide en prison il s’est pendu avec son t-shirt mercredi dans la soirée jette maintenant le doute sur les compétences des autorités judiciaires de la région. Le suspect avait été jugé «calme» par une psychologue «expérimentée» qui s’était entretenue avec lui, selon le directeur des autorités pénitentiaires Rolf Jakob, tout en ajoutant qu’il n’avait pas été fait appel à un interprète.

Les autorités pénitentiaires savaient pourtant que Jaber Albakr préparait un attentat suicide. De plus, il avait peu avant de se pendre cherché à manipuler les prises électriques de sa cellule, cherchant sans doute à s’électrocuter et aurait entamé une grève de la faim. «Le directeur de la prison m’avait affirmé qu’il était sous surveillance permanente», s’offusque l’avocat commis d’office du djihadiste, Alexander Hübner.

Série de pannes

Cette affaire «est un véritable cauchemar», s’emporte un responsable du parti chrétien démocrate, Wolfgang Bosbach. «Il s’agit d’une tragédie, compte tenu de la gravité des accusations, de l’explosif très dangereux retrouvé et de la menace que cet homme représentait pour le pays.» «Comment est-il possible que quelqu’un qui est sous surveillance permanente puisse être retrouvé pendu’», interroge le Vert Tobias Lindner.

Le cas Albakr révèle de fait une longue série de pannes et pose de nombreuses questions. Comment expliquer qu’un réfugié syrien, ayant obtenu le droit d’asile en juin 2015, ait pu se rendre ensuite à plusieurs reprises en Turquie et sans doute en Syrie, comme l’affirment les services de renseignements turcs’

Lenteur policière

La surveillance de la police saxonne est également mise en question. La présence de policiers devant l’immeuble habité par le Syrien à Chemnitz était si éclatante que même les voisins les ont remarqués. Pourtant, malgré cette surveillance soutenue, les enquêteurs ne savaient jusqu’à samedi pas dans quel appartement vivait le suspect. «Plusieurs locataires portant un nom arabe vivaient dans l’immeuble», s’est défendu lundi le chef de la police saxonne Jörg Michaelis.

Lorsqu’ils ont tenté d’interpeller le djihadiste décrit comme ayant un «pas lourd et traînant», samedi au moment où il quittait son immeuble, les spécialistes des forces d’intervention chargés de gilets pare-balles trop lourds, n’ont pu le rattraper, d’autant que l’immeuble n’était pas encerclé. Le ministre allemand de l’Intérieur Thomas de Maizière, CDU, a exigé des explications.

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