L’amour à distance loin des yeux près du c’ur

L'amour à distance loin des yeux près du c'ur

Difficile de ne pas succomber à leur charme. Elodie et Samir sont élancés, bruns, racés. Heureux et souriants, ce qui ne gâte rien au cliché. Alors, pourquoi, dans notre série sur les couples atypiques, dresser ce portrait-robot du bonheur amoureux’ Car, depuis six ans qu’ils se sont rencontrés, Elodie et Samir vivent séparés. Pas dans deux appartements distincts, non. Séparés par des centaines de kilomètres par nécessité professionnelle.

Elle est journaliste à Lausanne où elle a fait sa place et développé son réseau, lui est mathématicien dans différentes villes d’Europe, Oxford, Edimbourg, Vienne et Rotterdam. Du coup, depuis leur rencontre en décembre 2009, leur record de cohabitation s’élève à deux mois, le temps des vacances d’été, et leur amour tient néanmoins. A moins que leur amour tienne justement parce que les charmants trentenaires ne vivent pas le quotidien’

L’amour est-il une étreinte, le soir quand on rentre épuisé, le matin quand on entame la journée’ Ou n’importe quand, lorsque l’élan le veut furieusement’ Si oui, Samir et Elodie sont amputés. Un manque que la jeune femme ressent parfois. «Le dimanche, en particulier où, face à la solitude, j’ai l’impression d’être célibataire.» Son compagnon souffre moins, lui, de cette intermittence physique. «Quand on se voit, on est très tactiles, on se tient la main, on est très proches. Mais lorsque je suis de retour à mon travail, je ne ressens pas de frustration.» Elodie et Samir ont une règle, cependant. Ils ne restent jamais plus de quatre ou cinq semaines éloignés. «Au début de notre histoire, on attendait plus longtemps et lorsqu’on se retrouvait, il y avait comme une étrangeté, une difficulté à se reconnaître.»

«L’amour libre, pas pour nous!»

On les regarde se raconter et la complicité est évidente. Tiens, ils portent une bague à l’annulaire gauche. Fiançailles’ «Oui, mais informelles. Un témoignage pour nous, pas pour la galerie! On n’est pas très convaincus par le mariage.» Tout de même, Elodie est spectaculairement jolie. Et doit crouler sous les sollicitations des galants, vu que, faute de chéri dans la place, elle sort seule la plupart du temps. La bague pourrait faire office d’obstacle anti-assaut’ «Oui, je suis parfois approchée, reconnaît la jeune femme. Mais je ne flirte absolument pas et du coup, je n’encourage pas la drague.» A propos, est-ce qu’avec la distance, les amoureux ont parfois imaginé s’offrir des libertés, type rencontres d’un soir et/ou expériences extraconjugales’ Grimace de part et d’autre. «Ah non, l’amour libre, c’est pas pour nous!»

«On s’appelle une fois par jour, souvent deux»

Comment font-ils pour être ensemble à distance’ «On s’appelle au moins une fois par jour, souvent deux. On s’écrit de longs mails. On s’envoie des liens sur des articles qui nous intéressent, sur la politique étrangère, un sujet qui nous passionne. On s’envoie aussi des photos, des gags, des vidéos absurdes. On regarde les mêmes séries au même moment et on en parle. Bref, on est en lien, toujours, tout le temps.» Vu comme ça, l’éloignement devient subitement moins oppressant’ «Notre avantage, poursuit Samir, c’est qu’on n’a jamais vécu ensemble. Dès qu’on s’est rencontrés, j’ai tout de suite été embauché à Oxford», explique ce diplômé de l’EPFL. «Du coup, on ne souffre pas d’être privé d’un quotidien qu’on n’a jamais partagé.»

Par ailleurs, les deux trentenaires adorent voyager, ce qu’ils font pour des raisons professionnelles et privées. Dès lors, leurs retrouvailles se déroulent souvent dans un nouveau lieu. «La dernière année, par exemple, on s’est rejoints à Stockholm, à Paris, à Cuba et à Toulouse. Disons qu’on associe les joies de la découverte à celles de l’amour et qu’on évite ainsi la routine.» Enfin, dernier point, Samir n’a jamais postulé dans une université américaine, «pour que l’éloignement ne devienne pas handicapant».

La téléportation pour l’enfant

Ça roule pour eux. Aujourd’hui. Mais un sujet jette parfois une ombre sur la douce harmonie. Agés de 32 et 37 ans, Elodie et Samir souhaitent a priori fonder une famille et savent qu’ils devront se réunir pour un tel projet. Ils ne craignent pas ce quotidien collés-serrés, même si, dans le foyer, Samir est aussi maniaque qu’Elodie est olé-olé. Mais le mathématicien est formel. Dans la recherche, il n’y a pas de postes pour lui en Suisse. S’il rentre au pays, il devra abandonner cette part excitante du métier. «Je pourrais être professeur au gymnase, j’aime bien transmettre, mais c’est un deuil à faire.» Du côté d’Elodie, même dilemme. Diplômée en sciences politiques et HEI, la jeune femme n’a pas envie d’abandonner une place de journaliste qu’elle a mis des années à façonner. «En plus, ça me dérange philosophiquement d’être la femme qui suit son mari. J’aurais l’impression de me trahir.»

Un ange passe. On aimerait inventer la téléportation pour les aider, mais c’est plutôt le job de Samir’ «Comme j’enseigne à l’Université de Delft, tente le jeune homme, je pourrais déménager de Rotterdam à Amsterdam, une ville géniale dans laquelle Elodie, qui parle couramment anglais, pourrait redémarrer.» La proposition est alléchante, mais l’intéressée fait la moue. Elle se voit mère à Lausanne, parmi tous ses amis qui se sont déjà lancés. «On s’est donné trois ans, temporise Samir qui, en bon scientifique, ne se projette pas trop dans l’avenir.» L’enfant est une possibilité, pas une fatalité. D’ici là, le couple s’aime à sa sauce, hors des sentiers balisés. Et ça lui réussit.

A lire

Les «Lettres à Madame Hanska» d’Honoré de Balzac (1833)

«Vous me demandez comment je puis trouver le temps de vous écrire! Eh bien, ma chère Eve, je voudrais vous consacrer toute ma vie, ne penser qu’à vous, n’écrire que pour vous. Avec quelle joie, si j’étais libre de tout souci, je jetterais toutes les palmes, toutes les gloires et les plus beaux ouvrages, comme des graines d’encens sur l’autel de l’amour. Aimer, Eve, c’est ma vie’»

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