Le Dakota c’est beau mais c’est loin

Le Dakota c'est beau mais c'est loin

La boîte aux lettres d’un journaliste est un antidote à la solitude. Chaque jour, une ou deux bonnes centaines de personnes physiques et morales (ou pas) ont quantité de choses très importantes à nous raconter. Des choses que nous serions bien aimables de relayer dans les plus brefs délais, merci.

Mercredi, par exemple, Migros nous a fait savoir que le «spécialiste impertinent du bagel» s’installait à Balexert, la police genevoise nous a informés de l’arrestation d’un sans-papier qui sortait d’un buisson du parc Beaulieu et Birdlife a tenu à nous dire que le Conseil d’Etat fribourgeois souhaitait autoriser des tirs de sangliers hors de la période de chasse. Stoppez les rotatives.

Et puis, parfois, un communiqué sort du lot. Comme celui de Solidarités, mercredi toujours. Le mouvement d’extrême gauche genevois annonçait la tenue, pour le lendemain, d’un rassemblement contre «l’atteinte aux droits fondamentaux des Sioux du Dakota et au climat, par l’administration Trump et son complice le Crédit Suisse.» Objectif: faire rempart au Dakota Access Pipeline, dont le tracé menace les terres sacrées des Sioux Lakotas et les eaux du Missouri. Un projet gelé par l’administration Obama et ressuscité par son absurde successeur, avec le soutien financier supposé de la grande banque suisse.

Dissipons ici tout malentendu: le combat que les Sioux mènent dans la dignité force respect et admiration. Il mérite amplement tous les soutiens de l’univers, ne serait-ce que pour sa portée symbolique dans un monde qui a fâcheusement tendance à se moquer du monde.

Ce n’est pas le combat des Sioux qui interpelle mon très mauvais esprit, mais celui de Solidarités. Notre capacité d’indignation n’étant malheureusement pas extensible à l’envi, l’efficacité du combat politique passe je le crains par la cruelle nécessité de la priorité. Demandez au célèbre citoyen lambda de descendre dans la rue du lundi au vendredi, contre Donald Trump, le nucléaire, RIE III, la faim dans le monde, l’huile de palme, l’excision, l’UDC, les pétroliers, le grand capital et l’homophobie: il finira par préférer, étourdi et déboussolé, le cocon rassurant de son canapé.

Des profondeurs élimées de son vieux Chesterfield, l’ami lambda laissera alors les coudées franches et le champ libre aux pétroliers, au nucléaire, à l’huile de palme et au grand capital. Qui auront l’amabilité, s’ils sont un peu éduqués, d’adresser un petit mot de remerciement à Solidarités.

Laisser un commentaire