Le Tribunal fédéral enraye les projets de Téléverbier

Le Tribunal fédéral enraye les projets de Téléverbier

Entre le président Jean Fonjallaz et le juge Peter Karlen, le débat est plus vif que d’ordinaire. Ce mercredi, après presque trois heures de délibérations, les magistrats de la Haute Cour ont partiellement admis le recours des multimillionnaires genevois Yves et Elka Gouzer. A quatre contre un, les juges ont décidé de renvoyer au Tribunal cantonal valaisan une modification du plan de zones de la commune de Bagnes. Elle aurait dû permettre la construction d’une nouvelle liaison entre les domaines skiables de Verbier et la petite station voisine de La Tzoumaz.

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Riches propriétaires fonciers de Genève, Yves et Elka Gouzer s’opposent depuis 2011 aux deux tronçons de remontées mécaniques prévus entre Les Esserts et Savoleyres. En 2013, le couple a participé à la fondation de l’association ProVerbier, qui vise, entre autres, à «respecter et sauver ce qu’il reste de l’espace naturel de Savoleyres». Téléverbier souhaite développer ce secteur «sous-exploité». Elle a mis à l’enquête publique un projet d’enneigement mécanique et elle espère y bâtir la gare de départ de sa nouvelle installation, à 140 mètres du chalet cossu de la famille Gouzer.

Les bagnards ne respectent ni la montagne, ni les hôtes de la station

Le conflit dure depuis cinq ans. Yves Gouzer souhaite protéger «le dernier lieu de Verbier qui n’a pas encore été industrialisé». La nouvelle installation doit assurer le passage de 1300 skieurs chaque heure contre 800 aujourd’hui. La commune de Bagnes estime que 850 à 900 véhicules emprunteront quotidiennement la route d’accès au quartier des Esserts, contre 500 aujourd’hui. Le couple a produit sa propre étude pour montrer que ces pronostics ne sont pas crédibles. Pour l’avocate Elka Gouzer, «les bagnards ne respectent ni la montagne, ni les hôtes de la station».

Les juges exigent une étude d’impact

Selon les juges du Tribunal fédéral, le dossier préparé par la commune de Bagnes est lacunaire. Il ne documente pas suffisamment le trafic routier occasionné indirectement par la nouvelle installation, ni les nuisances sonores qui en découlent. Pour le juge rapporteur, «la justification du projet est succincte» et «la question de l’accès à l’infrastructure n’a pas été traitée». Le président de la Cour relève que «l’installation à câbles projetée est soumise à l’obligation d’une étude d’impact», et qu’elle doit être établie «le plus tôt possible», en examinant toutes les conséquences environnementales.

Les clients de Verbier sont pris en otage

Pour Eric Balet, président du groupe Téléverbier, «c’est une surprise», et «un coup dur». Il était convaincu que les deux époux n’avaient pas la qualité pour recourir dans ce dossier, et que l’étude d’impact devait être réalisée plus tard, dans le cadre de la procédure d’approbation des plans. Il déplore une perte de temps coûteuse pour la société et un mauvais signal adressé aux sociétés de remontées mécaniques dans un contexte difficile : «les clients de Verbier sont pris en otage».

Après une prolongation de cinq ans, la concession de la télécabine obsolète qui assure aujourd’hui le raccordement des deux stations échoira en 2019. Le nouveau projet semble d’autant plus nécessaire à la bonne marche des affaires que la société investit dans la petite station de La Tzoumaz. Début mars, le groupe a pris une «part significative» dans un projet immobilier estimé à 35 millions de francs. Les travaux ont débuté il y a un peu plus d’une année.

Toutes les parties conviennent que «rien n’est définitivement joué sur le fond». La commune de Bagnes devra désormais justifier le projet, et produire une étude d’impact sur le trafic routier qui découlera de cette installation. Le président Eloi Rossier promet que ses services feront le nécessaire «pour compléter un dossier qui propose une solution intelligente au problème de la mobilité dans la station». Une procédure de médiation est toujours en cours entre les époux Gouzer, la commune et Téléverbier.

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