Le vote électronique fait des vagues à Fribourg

Le vote électronique fait des vagues à Fribourg

Le canton de Fribourg réussira-t-il le grand test’ Le 27 novembre, ses citoyens vivant l’étranger inaugureront son nouveau système de vote électronique, tant pour la votation fédérale que pour le second tour des élections cantonales. L’expérience sera observée de très près, car Fribourg a mandaté La Poste, au grand dam de Genève qui cherche à fédérer les cantons suisses autour de son propre projet de vote électronique.

Pourquoi le canton de Genève n’est-il pas parvenu à convaincre les autorités fribourgeoises’ «La Poste propose un système de 2e génération complète, alors que Genève est en train de le développer, répond d’emblée Danielle Gagnaux-Morel, chancelière de l’Etat de Fribourg. Mais nous avions également besoin de garanties. La Poste travaille avec Scytl, société espagnole spécialisée dans la sécurisation du vote électronique, qui est aussi le plus grand fournisseur mondial de ce type de produits. Ces deux partenaires ont les reins solides, sont très réactifs à toutes les évolutions informatiques et font preuve d’un grand professionnalisme dans l’accompagnement. De plus, ils travaillent déjà depuis plusieurs années avec Neuchâtel, qui se dit très satisfait».

«La privatisation du vote»

Le choix fribourgeois soulève cependant de nombreuses interrogations. Pierre Mauron, chef du groupe socialiste au Grand Conseil, critique l’opacité dont ont fait preuve le Conseil d’Etat et la Chancellerie dans ce dossier. Vice-président des Verts suisses, le Fribourgeois Gerhard Andrey, par ailleurs co-directeur d’une société active dans les solutions digitales, est aussi très critique: «Une démocratie aussi exemplaire que la Suisse ne devrait pas dépendre d’une entreprise étrangère comme Scytl, laquelle entretient de plus des liens très étroits avec les Etats-Unis. Elle doit garder la mainmise sur ses outils, faire travailler ses cerveaux. La Poste est peut-être une entreprise en mains publiques. Reste que comme Scytl, elle poursuit un objectif commercial», estime-t-il. Danielle Gagnaux-Morel annonce que la facture pour le canton de Fribourg s’élève à 195’000 francs cette année et sera de 110’000 francs les prochaines années.

L’apparition sur ce marché de partenaires poursuivant des buts lucratifs a également suscité plusieurs interventions parlementaires à Berne. Autant l’ancien président du PDC suisse Christophe Darbellay que le président du PS suisse Christian Levrat ont réagi à cette «privatisation» du vote électronique. Tous pointent du doigt la problématique de l’open source. Une société privée garde secret le code source. Les citoyens n’ont dès lors pas la possibilité de vérifier la sécurisation du vote ou de mettre en évidence d’éventuels points faibles. «Une société privée cultive par essence le secret commercial, avec les risques que cela implique», estime aussi Gerhard Andrey.

Deux philosophies

Genève joue la carte de la transparence en publiant son open source. Il brandit d’ailleurs cet argument pour attirer les cantons dans son giron. Durant la session parlementaire de septembre dernier, le conseiller d’Etat Pierre Maudet a même fait le déplacement pour vanter la solution genevoise. Le lobbying est intense car tous les cantons suisses devront progressivement introduire le vote électronique. Ils sont mis sous pression par les Suisses de l’étranger, mais aussi par la Chancellerie fédérale. Alors qui choisir’ La Poste ou Genève’

Le canton de Genève, pionnier en la matière pour avoir participé en 2000 déjà à un projet pilote de la Confédération, défend sa philosophie. «Un vote ne doit pas dépendre d’une société externe. Il s’agit d’une tâche de l’Etat. Il ne viendrait à l’idée de personne de confier le dépouillement d’un scrutin à une agence de sécurité», explique Anja Wyden Guelpa, chancelière d’Etat de la République et canton de Genève. Et elle ne cache pas qu’il ne s’agit pas uniquement de partager une philosophie, mais également le fardeau financier. Genève a déjà investi 6 millions de francs dans son système. Et le Grand Conseil vient de lui allouer 4,7 millions supplémentaires. Bâle-Ville, Berne, Lucerne et St-Gall ont déjà décidé de grimper dans son convoi. Vaud devrait prochainement faire un test.

De son côté, La Poste a convaincu Neuchâtel et Fribourg. Danielle Gagnaux-Morel se félicite de l’existence de deux systèmes en Suisse. «ça évite de mettre tous les ufs dans le même panier. Et si un canton n’est pas satisfait, il peut toujours changer de partenaire», estime-t-elle, convaincue du bien-fondé de la décision fribourgeoise. «Chaque canton a ses particularités, liées à son système politique, son calendrier et ses sensibilités. Entretenir des relations de clients à fournisseur est peut-être plus simple que de dépendre des décisions politiques d’un autre canton Genève».

Reste que Fribourg n’a pas choisi la facilité en proposant le vote électronique à près de 5000 Fribourgeois de l’étranger pour une votation fédérale associée au second tour des élections cantonales. Genève a commencé par une simple votation communale, en l’occurrence à Anières. Un incident le 27 novembre à Fribourg aurait pour conséquence de renforcer le camp des sceptiques. Et ils sont déjà fort nombreux en Suisse.

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