Légendes et réalités des origines de la Confédération suisse

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La Confédération suisse au Moyen Age

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Légendes et réalités des origines de la Confédération suisse

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Légendes et réalités des origines de la Confédération suisse

20 pages A4, 16 documents

[..] = indications hors textes

Table des matières

Texte 1 – Fête nationale
Texte – La fête nationale suisse du 1er Août, un parfait mésusage de l’histoire
Texte 3 – Le pacte fédéral vu par l’UDC
Texte 4 – Sciences : L’histoire suisse officielle repose en grande partie sur des faux documents
Texte 5 – Politique et économie des montagnards
Texte 6 – Une Suisse pas si éternelle que ça…
Texte 7 – L’archer Toko : un précurseur danois de notre Guillaume Tell ?
Texte 8 – La légende des trois Suisses
Texte 9 – La légende de Tell et celle de Toko
Texte 10 – Le Gothard ouvert à l’âge de bronze?
Texte 11 – Les origines de la Suisse
Texte 12 – Récit de la bataille de Morgarten
Texte 13 – Récit de la bataille de Sempach, 1386
Texte 14 – Les Suisses aiment leur liberté et les baillis sont méchants

Texte 1
Fête nationale
La fête nationale du Premier août se réfère au Pacte de 1291 (Pactes fédéraux ), mais elle n’est célébrée que depuis 1891, ce qui s’explique par deux raisons principales. D’une part, on plaça jusqu’au XIXe s. la fondation de la Confédération au 8 novembre 1307, date du serment du Grütli selon Aegidius Tschudi. Le document de 1291 ne fut redécouvert qu’au XVIIIe s. Johann Heinrich Gleser publia sa version latine originale en 1760, mais sans lui donner la valeur d’une « charte de fondation ». D’autre part, le besoin de marquer les centenaires, tout évident qu’il paraisse aujourd’hui, est récent. Dans les fêtes annuelles du souvenir (Commémoration de batailles ), la conscience du temps passé et de la profondeur historique jouait peu de rôle. Fils de l’optimisme modernisateur et compagnon du progrès scientifique, l’historisme du XIXe s., qui voulait mieux connaître le passé pour mieux s’en distancer, créa le désir de commémorations historiques. On songea d’abord à des batailles ou à l’adhésion des cantons à la Confédération. Prévu pour 1891, les sept cents ans de la ville de Berne inspirèrent, peu avant cette date, l’idée de fêter le six centième anniversaire du Pacte de 1291, choisi comme acte de naissance plutôt que le serment de 1307. Pour la bourgeoisie de l’époque, un document fondateur juridiquement achevé était préférable à une conspiration révolutionnaire. La fête nationale de 1891 fut considérée comme un événement exceptionnel. On ne pensa à la célébrer annuellement qu’à partir de 1899, lorsque le Conseil fédéral invita les cantons à organiser des sonneries de cloches le soir du 1er août, sous la pression des Suisses de l’étranger qui voulaient avoir une sorte de Quatorze-Juillet ou d' »anniversaire du Kaiser » (le 27 janvier, jour de naissance de Guillaume II). Un feu de joie, une allocution devinrent les points forts de la fête, à quoi s’ajoutèrent un cortège aux lampions et, de plus en plus fréquemment, un feu d’artifice. La fête nationale suisse resta longtemps un jour ouvrable: travailler normalement à une telle occasion passait pour un trait du caractère helvétique. Puis certains cantons considérèrent l’après-midi ou la journée entière comme fête légale. Une initiative populaire lancée par le parti des Démocrates suisses à l’occasion de la manifestation de 1991, acceptée le 26 septembre 1993 par 83,8% des votants, fit du Premier août un jour férié dans toute la Suisse. Bibliographie -Atlas folk., commentaire, 1re partie, 841-866 -G. Kreis, Der Mythos von 1291, 1991 -C. Santschi, La mémoire des Suisses, 1991 -A. Saurma, Das Bild der Schweiz in den Bundesfeierbetrachtungen seit 1945, 1991 -C. Merki, Und wieder lodern die Höhenfeuer, 1995 Auteur: Georg Kreis / PM Source : DHS

Texte 2
La fête nationale suisse du 1er Août, un parfait mésusage de l’histoire
31 juillet 2008 Par Charles Heimberg « Depuis la fin du XIXe siècle, la Suisse célèbre sa fête nationale chaque 1er août parce qu’un pacte d’alliance défensive entre trois vallées alpines de Suisse centrale, daté des premiers jours du mois d’août 1291, a été tardivement considéré comme l’acte fondateur du pays. À l’époque de ce choix, il fallait gommer le souvenir d’une brève guerre civile, la guerre du Sonderbund de 1847, qui était à l’origine de la fondation, en 1848, de l’État fédéral moderne. Les anciens adversaires de 1847, radicaux et conservateurs, désormais réconciliés et unis face à l’affirmation du mouvement ouvrier, ont préféré « inventer » la tradition mythique d’une fondation médiévale de la Suisse. La célébration du 1er Août est devenue depuis lors une tradition forte, avec ses feux, ses lampions et ses discours patriotiques dans chaque commune suisse. Axée sur des mythes fondateurs qui évitent toute posture critique à l’égard du présent, cette fête est profondément conservatrice, à l’image d’un pays culturellement refermé sur lui-même au coeur de l’Europe (mais bien plus ouvert sur le plan économique…). En outre, depuis quelques années, la plaine mythique du Grutli, lieu désigné par la légende comme celui de la promulgation du fameux pacte, attire des manifestations d’extrême-droite particulièrement nauséabondes. Qu’elle qu’en soit la pertinence historique, cette fête patriotique a un grand défaut : à l’instar du pacte qu’elle célèbre, elle ne promeut pas la démocratie, et en tout cas pas la démocratie moderne dans une société de masse au caractère multiculturel prononcé ; elle ne promeut guère que l’indépendance contre l’extérieur et contre l’étranger. C’est la raison pour laquelle, à l’heure de la montée, en Suisse et ailleurs, du national-populisme xénophobe, cette célébration ne va guère dans le sens de l’affirmation des droits démocratiques de tous. Le 1er Août marque aussi l’écart grandissant entre la recherche historique et les usages publics du passé. À la fin du XIXe siècle, on avait choisi le pacte de 1291 plutôt que la légende de Guillaume Tell, parce que cela correspondait mieux, en disposant de la matérialité d’un document, à l’approche positiviste de l’histoire qui marquait cette époque. Aujourd’hui, les historiens ne remettent pas seulement en cause l’interprétation du pacte comme acte fondateur de la Suisse, mais ils ont aussi de grands doutes, à l’instar de l’historien médiéviste Roger Sablonier (voir son livre Gründungszeit ohne Eidgenossen, Baden, Verlag hier + jetzt, 2008), quant à l’authenticité matérielle et à la datation de ce pacte. Ce qui n’empêche ceux qui s’attellent à la vulgarisation de l’histoire pour le grand public de valoriser ces mythes et ces légendes envers et contre tout en nous les présentant aujourd’hui encore comme « vraisemblables » (comme le fait Georges Andrey dans L’histoire de la Suisse pour les nuls, Paris, First, 2007). En Suisse, comme ailleurs, s’observent dans l’espace public des usages et des mésusages de l’histoire. Le gouvernement suisse avait eu le courage, il y a quelques années, sous l’effet d’une grave crise internationale, de mandater une Commission internationale d’experts pour qu’ils examinent l’attitude des autorités et des élites helvétiques face au national-socialisme. Une fois publiés les résultats -affligeants à bien des égards, mais nuancés- de ces travaux, le monde politique n’a en revanche pas eu le courage d’en débattre pour l’avenir. Aussi la persistance de la diversion des mythes et du folklore chaque 1er Août constitue-t-elle un parfait, et regrettable, mésusage de l’histoire. » http://www.mediapart.fr/club/blog/charles-heimberg/310708/la-fete-nationale-suisse-du-1er-aout-un-parfait-mesusage-de-l-hist

Texte 3
Le pacte fédéral vu par l’UDC
La signification du Pacte fédéral de 1291, par Peter Föhn, conseiller national, Muothatal (SZ) « Ecrit sur du parchemin et déposé aux archives de Schwyz, le Pacte fédéral de 1291 est le document le plus ancien attestant la fondation de la Confédération. Par ce traité, les gens d’Uri, de Schwyz et d’Unterwald se sont promis assistance et soutien contre d’éventuels agresseurs extérieurs. A l’intérieur, le droit et l’ordre public ont été réglés par l’institution de juges indépendants ainsi que par un droit pénal valable pour tous. Le Pacte fédéral de 1291 est la pièce-maîtresse de l’exposition de documents et de drapeaux des archives de Schwyz. La maison qui l’abrite à Schwyz a été construite tout spécialement à cet effet entre 1934 et 1936. Elle est aujourd’hui un monument patriotique important de la Suisse. Or, à la demande du Département fédéral des affaires étrangères, le Pacte fédéral quittera pour la première fois non seulement les archives de Schwyz, mais aussi la Suisse. Dépréciation Ces dernières années, on a souvent tenté de minimiser l’importance du Pacte fédéral. Ce n’est rien de spécial, ce n’est qu’un contrat parmi beaucoup d’autres, a-t-on dit, certains allant même jusqu’à affirmer qu’il s’agissait d’un faux. Or, ce Pacte fédéral de 1291 est un document authentique témoignant de la volonté d’indépendance et de liberté des anciens Confédérés, un document qui inaugure un très long, mais finalement efficace combat pour la liberté. Trois vallées se sont unies pour s’opposer à l’arbitraire de seigneurs étrangers. Leurs habitants n’acceptaient plus de se laisser exploiter, mais voulaient être libres comme leurs ancêtres. L’Etat des Habsbourg, qui passait pour être moderne à l’époque, a depuis longtemps disparu, alors que la Confédération, tellement arriérée au yeux de certains, est toujours bien en vie. Les politiques de ce pays feraient bien de se rappeler le Pacte fédéral quand ils ont tendance à faire passer les intérêts de l’Etat avant ceux des citoyens. Un document de la liberté Le Pacte fédéral de 1291 est exactement le contraire de l’énorme machinerie législative UE: une seule page, quelques phrases suffisent pour dire l’essentiel. Sur une seule page, des gens tout simples de Suisse centrale ont écrit ce qu’ils jugeaient nécessaire pour résister à « la malice du temps ». Cette unique page a donné naissance à la Confédération à laquelle se sont ralliées au fil des siècles d’autres villes et campagnes. Ce Pacte a conservé toute sa valeur et toute sa vérité pendant plus de sept siècles. Pourquoi? Parce que ses pères spirituels avaient les deux pieds dans la vie, parce qu’ils sentaient bien ce qui était nécessaire, ce qui pouvait durer. Le Pacte fédéral ne règle que l’essentiel: pas de puissances étrangères dans le pays, des juges élus par le peuple, l’aide mutuelle. Chacun est redevable de cette solidarité; personne ne peut simplement l’exiger de l’autre. Pour le reste, c’est la liberté. Le message du Pacte fédéral aux élus politiques d’aujourd’hui est le suivant: la liberté, c’est la confiance dans chaque citoyen. Fais ce qui tu estimes juste. Conçois ta vie toi-même. L’Etat n’a pas à se comporter en maître d’école qui traite les citoyens comme des personnes immatures, qui leur dit constamment ce qu’ils doivent faire et ce qu’ils ne doivent pas faire. L’Etat n’a pas à contrôler les opinions des citoyens, à les traîner devant les tribunaux à cause de leurs convictions, à politiser la conception d’enfants, à contraindre les voyageurs à prendre le train, à déléguer les droits populaires aux administrations et aux tribunaux, à se mêler de conflits étrangers sans qu’on le lui demande. Bref, l’Etat n’a pas à imposer un mode de vie à chacun. Il n’est pas nécessaire de céder l’original Le Pacte fédéral devrait donc quitter Schwyz et même  la Suisse. Je ne m’oppose absolument pas à ce que des Suisses de l’étranger et des Américains prennent connaissance du contenu de ce traité. Bien au contraire: ce très vieux message de liberté mérite d’être connu par toutes et par tous. Par contre, j’aimerais bien que les responsables politiques de ce pays témoignent un peu plus de respect pour ce document. Que ce projet de prêt du Pacte fédéral les incite à s’interroger sur la portée de ce Pacte et sur le courage et la clairvoyance de ceux qui l’ont conclu. Il ne serait pas difficile de faire une copie conforme de ce document et de l’envoyer à l’étranger. Le million proposé par une fondation privée serait largement suffisant à cet effet – et permettrait même au canton de Schwyz de s’offrir encore quelques avantages culturels. L’ancien lutteur et gymnaste national que je suis sait bien qu’après quelques mauvaises expériences faites avec des objets historiques, des copies conformes ont été réalisées, par exemple de la pierre d’Unspunnen ou de la pierre de Muota. Et pour les athlètes, il est tout aussi difficile de lancer ces pierres que s’il s’agissait des originaux. Mais non pas au-delà des frontières nationales ! » http://www.udc.ch/index.html?page_id=2247&l=3

Texte 4
Sciences : L’histoire suisse officielle repose en grande partie sur des faux documents
 
« Professeur d’histoire à l’université de Zurich de 1979 à 2006, Roger Sablonier fait vaciller plusieurs piliers de l’historiographie suisse officielle : « On sait depuis longtemps que Guillaume Tell et le serment du Grütli [d’après l’histoire officielle, la Suisse a été fondée par un serment entre les représentants des peuples de trois vallées réunis sur la prairie du Grütli située dans l’actuel canton d’Uri, le 1er août 1291] sont des inventions. Mais on ne peut pas se contenter de dire ce qui n’a pas existé. Maintenant que l’on a une autre manière d’aborder les sources écrites, que l’on accepte qu’elles ont avant tout un caractère symbolique, car rédigées après coup pour justifier des rapports de pouvoir, c’était le moment de présenter une synthèse sur cette époque. Je n’ai rien inventé. Pour les spécialistes, contrairement aux autorités politiques et au grand public, il est clair depuis longtemps que l’on ne peut pas faire remonter au Moyen Age la fondation d’un Etat suisse. Par conséquent, et c’est là l’innovation, j’ai analysé l’histoire de la Suisse centrale comme celle d’une société rurale alpine et non pas comme celle d’un noyau imaginaire de la Suisse. »
La fondation de la Confédération n’a pas été cet acte conscient d’irréductibles Waldstätten unis pour délivrer leur pays de la servitude des Habsbourg. La tradition d’un peuple épris de liberté qui s’étend comme un fil rouge jusqu’à la création du jeune Etat fédéral, en 1848, voire même au Rapport du Grütli [réunion des officiers supérieurs de l’armée suisse], en 1940, en prend un coup. L’alliance entre Uri, Schwyz et Unterwald, immortalisée dans le Pacte fédéral, était plutôt un accord comme il y en a eu des centaines entre membres de la noblesse locale pour faire régner l’ordre et s’assurer le pouvoir. Il se peut même qu’il y ait eu confusion à propos d’Unterwald, qui pourrait être en fait la vallée uranaise d’Urseren. Quant au Pacte fédéral lui-même, il pourrait avoir été rédigé plus tard que 1291, au début du 14e siècle. Roger Sablonier s’appuie pour l’affirmer sur une analyse au carbone 14 d’un minuscule fragment réalisée par l’Institut de physique des particules de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Le pacte fédéral suisse censé dater de 1291 L’authenticité d’autres documents vacille également. La Charte de Brunnen, qui renouvelait l’alliance des Confédérés, après la bataille de Morgarten, en 1315, et dont on n’a jamais douté de la date originale jusqu’à maintenant, est écrite sur un parchemin datant au minimum de la fin du 19e siècle. Comme certains privilèges impériaux, conservés précieusement aux côtés du Pacte fédéral dans le musée de Schwyz, ces textes ont été généralement écrits ou recopiés et arrangés après coup, par ceux qui détenaient le pouvoir, pour justifier de leurs prétentions. Faut-il alors fermer le Musée des chartes fédérales, à Schwyz ? « Pas du tout, répond Roger Sablonier. Le musée n’est pas seulement là pour abriter des textes. C’est en lui-même un monument. Il a une valeur historique. Sa construction et son inauguration, en 1936, sont les témoins d’une époque. Il est en revanche important que les visiteurs puissent avoir ce recul historique, qu’ils ne prennent pas les documents exposés au pied de la lettre. Cela me gêne bien plus, en revanche, que la Confédération place le texte du pacte de 1291 sur son site internet, sans explication aucune. » De même, l’historien ne voit aucune raison de renoncer au Premier Août. « Il faut continuer à célébrer la Fête nationale, inventée en 1891. Un Etat ne peut pas se résumer à ses lois et à sa police ; à part des institutions il lui faut des représentations communes. Je n’ai rien contre les mythes. Ils ne sont pas mauvais en soi. Ils ne doivent toutefois pas servir de justification à des attitudes xénophobes ou racistes. Tout le monde sait que Guillaume Tell est une légende. Comme symbole du courage civil et de la dignité de l’individu et son aspiration à la liberté, il a tout à fait sa place dans notre histoire. » Le propos de Roger Sablonier est plus large. Il veut montrer qu’il n’y avait pas que les « Anciens Confédérés » se serrant tous les coudes face aux Habsbourg. D’autres forces politiques étaient à l’oeuvre, en Suisse centrale, au tournant du 14e siècle, brouillant les pistes. Les villes, Zurich et Berne, et les grands monastères, détenaient un grand pouvoir. Ces vallées ne sont par ailleurs pas repliées sur elles-mêmes, mais fortement soumises aux influences de l’étranger, au sud et au nord. Selon Roger Sablonier, les contours de l’ancienne Confédération ne se solidifient que vers 1500. Sous l’oeil bienveillant des puissances étrangères qui veillent à protéger leur réservoir de mercenaires. Ces conclusions risquent de changer l’image que la Suisse se fait d’elle-même, l’historien en retraite active en est persuadé : « La Suisse est une part intégrale de l’Europe. Elle ne s’est pas constituée toute seule, au fil des siècles. Elle était dépendante des pays voisins, car les Alpes n’étaient pas une barrière, mais un lien. La Suisse n’est pas non plus une unité homogène, mais la somme de diverses minorités. Il n’y a pas une suissitude d’origine. C’est un processus. » Les politiciens n’ont pas encore vraiment réagi à cette petite bombe. « Le Pacte fédéral de 1291 est un document authentique témoignant de la volonté d’indépendance et de liberté des anciens Confédérés, un combat qui inaugure un très long, mais finalement efficace combat pour la liberté », écrivait, en 2007, le conseiller national [parlementaire] schwyzois UDC, Peter Föhn, pour protester contre le prêt de la Charte suisse aux Etats-Unis pour une exposition. Roger Sablonier ne s’émeut pas : « Les politiciens ont de tout temps instrumentalisé l’histoire ; je ne m’en indigne pas, c’est leur métier. La seule chose inacceptable est qu’ils imposent aux historiens leur interprétation des faits. » Si la Confédération de 1291 n’existait pas encore, à partir de quand peut-on alors vraiment parler de la Suisse ? Pour Roger Sablonier, la réponse est claire : « La République Helvétique (de 1798 à 1803) est la période de rupture décisive avec l’organisation politique et sociale de l’Ancienne Confédération. J’ai toujours dit que l’on aurait pu faire de Napoléon un héros national… » L’instrumentalisation de l’histoire Le Pacte fédéral est le document le plus connu de l’histoire suisse du Moyen Age. Il entre dans l’inconscient collectif à partir de 1891, passant pour le document qui scelle le serment des Trois Suisses sur la prairie du Grütli. Son importance dans les temps modernes contraste avec celle qu’il avait au moment de sa réalisation. Nommé une première fois vers 1530, on ne retrouve sa trace qu’en 1724. Le texte pourrait avoir été rédigé en 1309, recopiant et adaptant une version de 1291. Il ne parle ni de liberté, ni de résistance. La bataille de Morgarten, dans les projections qui en sont faites, est la démonstration de l’esprit de résistance de cette jeune pousse qu’est la Confédération. Le duc Léopold de Habsbourg, accompagné de 3000 à 5000 hommes, veut remettre au pas ces insurgés. Dans un défilé entre Zoug et Schwyz, la troupe autrichienne se fait décimer par une poignée de Confédérés. Elle n’est toutefois pas la bataille capitale décrite par la légende, et n’a eu que peu d’écho dans le reste de l’Europe. Selon Roger Sablonier, la venue de Léopold est due plutôt à des problèmes avec le couvent d’Einsiedeln. Les mercenaires schwyzois, rompus aux techniques du guet-apens, se sont mobilisés en prévision du butin. La Charte de Brunnen, censée renouveler le Pacte de 1291, a été rédigée beaucoup plus tard. Elle prévoit avant tout un soutien mutuel en cas de représailles. La bataille de Sempach, et la mort de Léopold 3 de Habsbourg ont été perçues comme un événement dans toute l’Europe. Selon Jean-Daniel Morerod, la Suisse commence à exister à partir de ce moment-là. Son déroulement est décrit par plusieurs sources. Dans l’imagerie suisse, elle est restée célèbre à cause de l’acte héroïque du Nidwaldien Arnold Winkelried qui a ouvert la voie en rassemblant toutes les lances sur son corps. Son nom n’apparaît toutefois que bien plus tard dans les chroniques. » Catherine COSSY, Le Temps, 31 juillet 2008 *Roger Sablonier, « Gründungszeit ohne Eidgenossen », Verlag hier+jetzt. (Une nouvelle édition de l’ouvrage sera disponible à partir du 18 août 2008).
http://www.interet-general.info/article.php3?id_article=11243

Texte 5
Politique et économie des montagnards
« Il se produisit dans l’Europe de la fin du XII e et du XIII e s. un mouvement démocratique, ou plus exactement communautaire, rural et spécifiquement alpestre : dans le nord de l’Italie, le Tyrol, le Dauphiné notamment. Sur le versant nord du massif du Saint-Gothard, ce mouvement fut plus tardif qu’ailleurs ; son originalité est qu’il triompha au moment où les autres régressaient. En dépit du système féodal, le vieux droit alaman avait laissé des traces dans les Alpes centrales. La distinction entre serfs et hommes libres était plus faible qu’ailleurs ; les populations de montagne avaient une liberté de mouvement inconnue dans les plaines. En outre, une économie pastorale de montagne suppose une organisation communautaire. Il est nécessaire que les exploitants se réunissent – au printemps, comme c’est encore le cas dans les cantons qui ont conservé cette coutume – pour régler les questions relatives aux réparations des chalets, à l’entretien des chemins, à la désignation des bergers, à la fixation de la date de la montée à l’alpage, à la répartition des produits de l’année précédente. Cette assemblée de la communauté ou corporation, appelée Landsgemeinde, constituait une des rares occasions pour les habitants de se réunir, de parler des préoccupations du moment ; d’économique, elle pouvait devenir politique. Les habitants des vallées situées entre le Gothard et Lucerne, les Waldstätten ou pays forestiers, formaient quatre corporations : Uri, Schwyz et les deux Unterwald, au-dessus et au-dessous (Ob – et Nidwald) de la forêt qui les sépare. Uri Pendant longtemps, la vallée d’Uri avait été un cul-de-sac. La construction d’un chemin au Saint-Gothard lui donna tout à coup de l’importance. Politiquement, elle avait été donnée en 853 par Louis le Germanique au couvent du Fraumunster de Zurich. Mais il est clair que pour l’abbesse cette possession se réduisait à une source de revenus et qu’elle ne pouvait exercer elle-même le commandement militaire et l’exercice de la justice ; ceux-ci étaient confiés à un avoué. Le droit d’avouerie appartenait à l’empereur, qui le remettait à un seigneur local : jusqu’en 1218 ce fut un Zähringen, ensuite un Habsbourg. Or, en 1231, le roi Henri qui gouvernait l’empire au nom de son père Frédéric II accorda à la corporation d’Uri une charte lui conférant l’immédiateté : les comtes de Habsbourg étaient donc dépossédés de leur droit d’avouerie. Il est possible que les Uranais, enrichis par le trafic naissant du col, les aient indemnisés ; en tout cas, ils ne contestèrent jamais la charte qui fut le fondement juridique des libertés des Waldstätten. Schwyz Le fondement politique, c’est à Schwyz qu’on le trouve. Ce territoire appartenait à une branche de la famille des Habsbourg. Ces princes avaient adopté une pratique de gouvernement que les Etats « modernes » tendaient à généraliser : au lieu de remettre l’administration de leurs domaines à des vassaux fieffés qui risquaient d’agir avec trop d’indépendance, ils la confiaient à des fonctionnaires nommés par eux et révocables, appelés ministériaux. Souvent pris dans la domesticité du prince, donc d’origine servile, ils recevaient les attributs de la noblesse, droit de porter les armes et droit de juger. Ceci était considéré comme une violation du droit coutumier, selon lequel chacun avait le droit d’être jugé par ses pairs. En 1240, il y eut une rupture entre les Habsbourg et l’empereur. Or l’intérêt économique des Schwyzois était de se trouver dans le même camp que les Uranais ; aussi obtinrent-ils de Frédéric II, à Faenza en Italie, une charte qui les plaçait « sous la protection tant de l’Empire que de lui-même » ; la formule, assez vague, ne conférait pas expressément l’immédiateté ; les Habsbourg, non mentionnés, n’étaient pas dépossédés, mais ils contestèrent le document pendant plus d’un siècle. Unterwald Unterwald enfin, sur la rive sud du lac, à l’écart du chemin du Gothard, présentait moins d’intérêt ; les deux vallées tentèrent sans succès vers 1240 d’obtenir le même avantage que Schwyz. Pendant l’interrègne, l’anarchie domine ; Uri jouit d’une autonomie complète, mais est privé de protecteur. En tout cas, Rodolphe de Habsbourg renforce son influence : en 1258, il arbitre un conflit entre deux familles uranaises ; en 1273, il rachète à ses cousins leurs droits sur Schwyz et Unterwald ; la même année, il est élu empereur. Rodolphe I On aurait pu croire que cette élévation conférerait indirectement l’immédiateté à Schwyz ; il n’en fut rien, ce fut plutôt Uri qui la perdit, car Rodolphe I se comporta non en empereur romain, mais en chef de sa maison. Il confirme la charte de 1231, mais pas celle de Faenza ; il garantit toutefois en 1282 aux Schwyzois qu’ils ne comparaîtront en justice que devant lui-même ou ses fils, ou encore un juge de leur choix ; quelques semaines avant sa mort, il leur promet à tout le moins qu’ils ne devront pas répondre de leurs actes devant un juge non libre, c’est-à-dire un ministérial. Mais par ailleurs il s’empare de la vallée d’Urseren en 1283 ; en 1291, il achète Lucerne. La tenaille se referme. La mort de Rodolphe, survenue le 15 juillet 1291 à Spire, eut donc lieu dans un climat de tension : on ne savait pas qui lui succéderait sur le trône impérial et quelle attitude ses fils adopteraient. Aussi, au début d’août – le document dut sans doute circuler pendant quelques jours entre les communautés -, un pacte fut conclu entre les représentants des trois vallées. Il fut considéré comme l’acte fondateur de la Confédération et le jour du 1er août adopté, à la fin du XIX e s., comme fête nationale. Le pacte de 1291 : conservateur ou révolutionnaire ? A l’époque de la Révolution française, Guillaume Tell et les Trois Suisses furent considérés comme des héros contestataires qui avaient libéré leur pays de l’étendard sanglant de la tyrannie ; à l’inverse Schiller fait dire à ses personnages : « Nous voulons être libres, comme nos pères l’étaient » ; et la population de la Suisse centrale passe pour être plutôt conservatrice. Assistance mutuelle Il faut se replacer dans les circonstances de l’époque : les auteurs du texte – des notables, puisqu’il était écrit en latin – n’avaient nullement conscience de fonder un Etat ; le Pacte n’est pas une «déclaration d’indépendance ». Ils voulaient beaucoup plus simplement conclure un traité d’assistance mutuelle, dans la conjoncture incertaine que la mort de Rodolphe Ier ouvrait. La « malice des temps » rend une promesse de « secours, appui et assistance » nécessaire. Mais on exprime la réserve que « chacun, selon sa condition personnelle », d’homme libre ou de serf, « reste soumis, comme il convient, à son seigneur, et lui rende les prestations auxquelles il est tenu ». Il n’y a pas de rébellion, la chancellerie des Habsbourg n’aurait rien pu trouver à redire dans une pareille déclaration. Clauses pénales La seconde moitié du document est presque entièrement consacrée à des stipulations d’ordre judiciaire, plus exactement pénal : il s’agit de mettre de l’ordre, d’éviter qu’un criminel échappe au châtiment en s’enfuyant sur les terres de la communauté voisine ; c’est un début d’ «unification» judiciaire, mais elle ne met pas en question la situation existante : chacun est tenu d’obéir à son juge et doit, au besoin, indiquer de quel juge il relève. Défense des droits acquis La clause revendicatrice, c’est celle qui refuse de reconnaître « un juge qui aurait payé sa charge (.) ou qui ne serait pas de chez nous ». Mais c’est un retour au passé, à la liberté dont « les pères » jouissaient, que l’on réclame ; les Waldstätten entendent lutter contre les fâcheuses innovations de la politique des Habsbourg, en particulier contre l’institution des ministériaux ; ils s’opposent au modernisme de l’administration autrichienne, leur « révolte » est une défense des acquis. Arbitrage Enfin, ce qui est fondateur et porteur d’avenir, ce n’est pas tant la perpétuité – trop de documents « perpétuels » n’ont duré que l’espace d’un matin – que la procédure d’arbitrage : « Si un conflit surgit entre quelques-uns, les plus sages des Confédérés doivent intervenir en médiateurs pour apaiser le différend ». Cette attitude est devenue un des traits dominants du système et de l’ « esprit » suisses ; on la retrouve jusque dans la convention de la Paix du travail en 1937. Voilà le passage qui a gardé toute sa valeur aujourd’hui. Documents et traditions Le document affirme qu’il renouvelle « le texte de l’ancien pacte corroboré par un serment » ; il ne serait donc que le plus ancien pacte conservé, ou plus exactement retrouvé, puisqu’il fut égaré pendant des siècles et redécouvert en 1758 à Schwyz. C’est pourquoi, pendant longtemps, la tradition a pris pour acte de fondation le serment du Rütli et pour date celle, totalement arbitraire, de 1307. » http://www.memo.fr/article.asp?ID=PAY_SUI_MOY_007

Texte 6
Une Suisse pas si éternelle que ça…
«Quelle date symbolise pour vous la Suisse, 1291 ou 1848?» Réponse de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf: «Très clairement 1848. Cette date marque l’adoption de la première Constitution fédérale. [..] En tant que juriste, cet événement a beaucoup d’importance pour moi. D’autant plus que la date de 1291 n’est probablement pas avérée historiquement. Dans les archives d’une commune de Suisse centrale, j’ai même vu un registre qui se référait à une autre date pour la création de la Suisse» (L’Hebdo, 10.1.2008). Où allons-nous, si même au Conseil fédéral, le mythe de la «Suisse éternelle, de 1291 à nos jours» s’effrite? Mais l’élève Widmer-Schlumpf peut encore améliorer ses connaissances. Le premier document juridique qui régit les rapports entre les Suisses et établit leurs droits et devoirs n’est pas la Constitution fédérale de 1848. La primeur revient à la Constitution de la République helvétique une et indivisible, promulguée le 12 avril 1798. Certes, l’histoire conservatrice officielle apprécie fort peu notre première révolution démocratique – dont l’échec a, de nos jours encore, de fâcheuses conséquences. Sur la conception de la citoyenneté, par exemple… » Hans-Peter Renk http://www.solidarites.ch/index.php?action=2&id=3472&num=132&db_version=2

Texte 7
L’archer Toko : un précurseur danois de notre Guillaume Tell ?
« Ce qui suit ne doit pas être laissé sous silence. Un nommé Toko était depuis quelque temps à la solde du roi. Par les services qu’il rendait, il portait ombrage au zèle de ses compagnons d’armes et il s’était fait plusieurs ennemis de ses vertus. Par hasard, dans l’ivresse d’un banquet, il se vanta d’une si grande pratique du tir à l’arc, qu’il pouvait à distance, du premier coup, atteindre une pomme placée sur un bâton, si minuscule fût-elle.
Ces propos, tombés d’abord dans l’oreille de gens malintentionnés, parvinrent ensuite au roi. Mais bientôt, la perversité du prince transforma l’orgueil du père en danger mortel pour son fils : il ordonna que l’enjeu chéri de sa vie remplaçât le bâton; et que si l’auteur du pari n’atteignait pas la pomme du premier coup, il payât sa vaine jactance de sa propre tête.
A cause des pièges de la jalousie d’autrui, tirant parti d’une vanterie un peu éméchée, l’ordre du roi obligeait le soldat à faire plus qu’il ne s’y était engagé. A la suite de ses propos, il était tenu de réaliser même ce qu’il n’avait pas dit. Il advint qu’il concentra ses efforts vers ce qu’il n’envisageait pas du tout et que, ce dont il ne s’était nullement déclaré capable, il le réalisa pleinement grâce à son savoir-faire. En effet, son caractère inébranlable, bien que pris au piège des diffamations, ne put se départir de sa légitime assurance. Plus encore : il accepta l’épreuve avec une confiance d’autant plus grande qu’elle était plus difficile.
C’est pourquoi Toko fit avancer le jeune homme et lui recommanda instamment de garder les oreilles à hauteur égale, la tête bien droite, et d’endurer avec le plus grand calme le sifflement du projectile, pour éviter que, par un infime mouvement du corps, il fît échouer l’expérience d’un art infaillible. En outre, prenant le parti de dissiper sa crainte, il lui détourna le visage afin qu’il ne fût pas effrayé en voyant le trait. Ensuite, il sortit trois flèches de son carquois, et de la première qu’il ajusta sur la corde, il atteignit la cible.
Si le destin lui avait fait toucher la tête du jeune homme, il n’est pas douteux que le malheur du fils eût rejailli sur le père, et que l’erreur du tir eût associé la mort du tireur à celle de sa victime. Aussi, je ne sais si je dois admirer davantage la valeur du père ou la force de caractère de son fils. L’un évita le meurtre par la sagesse de son art ; l’autre, grâce à son endurance physique et morale, fut l’artisan de son propre salut et sauva son père du parricide. En effet, il conforta son jeune corps d’une fermeté digne d’un homme mûr, manifestant pendant l’attente de la flèche autant de courage que son père montra d’adresse à la lancer. C’est ainsi que grâce à sa constance, il obtint ce résultat que la vie ne lui fut point ôtée, et que son père fut sauvé.
Mais le roi interrogea Toko. Pourquoi avait-il retiré plusieurs flèches du carquois, alors que son arc n’avait droit qu’à une seule tentative pour atteindre le but ? « C’était », dit-il, « pour venger sur toi, par la pointe des autres flèches, l’égarement de la première, et pour éviter que mon innocence ne fît l’épreuve du châtiment alors que ta violence faisait celle de l’impunité ». Par une parole aussi franche, il enseigna à la fois qu’on lui devait un titre de courage et que l’ordre du roi méritait un châtiment. »
Saxo Grammaticus, Geste des Danois, 10.7.1-10.7.3 http://www.latinistes.ch/Textes-recreations/guillaume-tell3.htm#trad

Texte 8

La légende des trois Suisses
« D’après la légende, les Habsbourg, devenus empereurs du Saint-Empire romain germanique, envoyaient des baillis arrogants chez les Waldstätten. Ainsi Hermann Gessler était devenu bailli d’Uri et Schwytz; il s’établit au château de Küssnacht et fit construire une forteresse surnommée Zwing-Uri (ce qui signifie Dompte-Uri) où il n’hésitait pas à emprisonner les récalcitrants. Un second bailli, Landenberg s’installa à Sarnen, alors qu’un sous-bailli, Woelfenschiess gouvernait depuis Stans.
Les vexations contre les habitants de la part des gouverneurs autrichiens ne manquaient pas, provoquant des actes de révolte de la part des paysans. Ainsi, on cite la femme de Conrad Baumgartner, originaire d’Altzellen dans le futur canton d’Unterwald, qui se vit ordonner par Woelfenshiess de passage dans le village de lui préparer un bain. Terrorisée, elle s’exécuta mais avertit son mari qui, ramassant du bois en forêt, revint à son domicile et tua le sous-bailli dans son bain.
Au Melchtal, le bailli Landenberg désira châtier Henri an der Helde qui, très respecté par les paysans, les encourageait à la désobéissance. Il le condamna, à titre de représailles contre ses activités, à avoir ses boeufs saisis, ruinant assurément le paysan, afin de payer la lourde amende infligée à son fils Arnold pour un délit véniel. Un sbire du bailli tenta de s’emparer des animaux alors qu’Henri et Arnold labouraient. Il se serait écrié : « S’ils veulent manger du pain, que les paysans tirent eux-même la charrue ! ». Arnold frappa de son bâton la main du valet qui s’était emparé des rênes et lui brisa deux doigts. Le jeune garçon, par peur du bailli, s’enfuit dans la région d’Uri et s’y cacha. Landenberg confisqua les biens d’Henri et lui creva les yeux.
La région de Schwytz n’était pas épargnée par la tyrannie des baillis. Ainsi Gessler, passant à Steinen, vit la maison de pierre nouvellement construite d’un riche paysan, Werner Stauffacher. L’interrogeant sur le propriétaire, ce dernier aurait répondu : « Elle appartient à monseigneur le roi; c’est votre fief et le mien. Je représente le roi, aurait répondu le bailli, et je ne veux pas que les paysans bâtissent sans ma permission des maisons et vivent en seigneurs. » Inquiète, la femme de Stauffacher convainquit son mari de se rendre à Uri afin de fédérer les bonnes volontés contre les baillis. Werner Stauffacher se rendit donc à Uri. Là, avec Walter Fürst et Arnold de Melchtal, ils décidèrent de se réunir secrètement sur la prairie du Grütli (ou Rütli) avec dix hommes chacun. À la nuit tombée, les 33 conjurés y prêtèrent le serment de libérer les trois vallées et de vivre ou mourir en hommes libres.
Ces épisodes sont légendaires et sont confondus et mélangés dans l’imaginaire populaire avec la signature du pacte fédéral d’août 1291. »
http://familleegger.blogspot.com/2008/09/le-serment-du-grtli-rtli-en-allemand.html

Texte 9

La légende de Tell et celle de Toko
« A la fin du XIIIe siècle, alors que la Suisse dépendait du Saint Empire romain germanique, il y a avait dans un bourg du canton d’Uri un représentant de l’empereur, le bailli Hermann Gessler, qui terrorisait la population. Un jour, il exigeât que tous les habitants saluent son chapeau hissé sur la place publique d’Altdorf. Toute la population obéit sauf un homme, un montagnard. Un matin, il passa devant le chapeau, son arbalète à la main, accompagné de son fils de 10 ans, sans se découvrir.
Il fut aussitôt arrêté et conduit devant Gessler.
« Tu as la réputation d’être le plus habile arbalétrier du canton. Tu vas pouvoir le prouver. Que ton fils se place sous cet arbre. Compte cent pas et attends mes ordres. »
Gessler demande alors à un garde d’aller chercher une petite pomme et de la placer sur la tête de l’enfant.
« Si tu ne veux pas finir ta vie en prison, transperce cette pomme avec une flèche ! »
Guillaume Tell prit deux flèches dont l’une qu’il cacha dans ses vêtements. Devant la foule amassée, il visa longuement et tira. La flèche siffla et traversa la pomme sans la faire tomber.
Gessler demanda : « Pourquoi as-tu placé une deuxième flèche dans tes vêtements ? »
« Elle était pour toi au cas où j’aurais blessé mon fils ! »
Le bailli, fou de colère, ordonna que Guillaume Tell et son fils soient jetés dans une barque pour être menés à la forteresse de Kussnach. Mais, alors que le bailli et ses deux prisonniers se trouvaient sur le lac de Lucerne, un terrible orage éclata.
Gessler proposa à Guillaume Tell de prendre le gouvernail. « Mènes nous à bon port et tu seras libre. »
C’est ce que notre héros fit. Mais, en arrivant au pied de la forteresse, il sauta à terre en prenant son fils et repoussa l’embarcation. Il pointa son arbalète sur le bailli et le tua d’une flèche en plein coeur.
La mort du bailli déclencha un soulèvement des cantons contre l’Autriche. Une ligue se forma qui fut à l’origine de la Confédération helvétique.
Voilà comment Guillaume Tell devint un héros national et le fondateur officiel de la Suisse.
La légende que je vous ai contée a connu de nombreuses variantes pour la rendre crédible. Jusqu’en 1901, les écoliers suisses apprenaient l’histoire de Guillaume Tell puisque officiellement les historiens avaient validé cette version de la création du pays.
Quand la légende ne fait pas l’histoire
La légende de Guillaume Tell est très belle. Elle valorise le courage et la résistance d’un peuple face à l’oppression des occupants.
Malheureusement, elle est entièrement fausse. Guillaume Tell n’a en fait jamais existé. En Suisse, un tilleul a longtemps marqué l’endroit où, selon la tradition, le fils de Guillaume Tell se tint une pomme sur la tête.
Cette légende a été magnifiée par Friedrich von Schiller, dans son drame romantique daté de 1804, Guillaume Tell, un des classiques du théâtre allemand.
L’authenticité de la légende a été mise en doute dès le XVIe siècle.
Au milieu du XIXe siècle, l’historien Joseph Kopp, après avoir étudié les archives des cantons forestiers, conclut que Guillaume Tell n’a jamais existé.
La première référence écrite à Guillaume Tell apparaît dans quatre strophes d’une ballade datée de 1477, la Chanson de l’origine de la Confédération.
On y trouve mention d’une arbalète et de flèches mais aucune allusion à un bailli du nom de Gessler.
D’autres documents, le Livre blanc de Sarnen par exemple, font référence à un bailli impérial nommé Gessler et à un archer appelé Thall. Cette chronique a été publiée entre 1467 et 1474.
Les racines du mythe
Les renseignements que nous possédons ont été puisés dans une chronique écrite au XIIe siècle, intitulée Gesta Danorum, par un moine au curieux nom de Saxo Grammaticus.
Cette chronique nous parle d’une histoire qui se déroule à la fin du Xe siècle, soit trois siècles avant la légende de Guillaume Tell.
Elle nous conte l’histoire d’un archer nommé Toke, qui s’est vanté de pouvoir traverser d’une flèche une pomme, posée sur un piquet éloigné de cent pas.
Le roi, agacé par cette vantardise, ordonna que l’on remplace le piquet par le fils de Toke. L’archer dut s’exécuter et sortit trois flèches de son carquois. Il releva le défi avec succès. Le roi demanda alors pourquoi il avait sorti trois flèches.
« Les deux autres t’étaient destinées si j’avais raté mon coup ! »
Il existe une autre version, assez semblable, et plus ancienne qui date des premiers siècles de l’histoire de la Norvège.
Guillaume Tell est donc né de l’imagination des conteurs scandinaves.
Comment cette histoire est-elle arrivée jusqu’en Suisse pour devenir un véritable mythe national?
Les historiens pensent que des populations vikings de l’île de Gotland s’installèrent dans un nouveau pays qui deviendrait la Suisse. Chassées par la famine, ces populations amenèrent avec elles leurs traditions et leurs légendes qui se mêlèrent aux traditions locales. »
Références bibliographiques
Les plus beaux mensonges de l’histoire, Guy Breton . Yerta Méléra, Guillaume Tell a-t-il existé ?, Miroir de l’histoire n°32
http://www.dinosoria.com/guillaume_tell.htm
Le récit traditionnel
« Cependant le bailli Herman Guessler n’était point tranquille ; sa conscience ne lui laissait aucun repos. Il lui semblait que le peuple commençait à relever la tête et à montrer plus de fierté. Pour l’éprouver et pour l’humilier, il fit placer un chapeau au haut d’une perche, dans le pays d’Uri, et ordonna que tous les passants s’inclinassent respectueusement devant ce symbole de l’autorité autrichienne. Il reconnaîtrait par là, disait-il, les ennemis de l’Autriche.
Guillaume Tell, de Burglen , habile arbalétrier, l’un des hommes du Grutli , passa devant le chapeau, mais ne s’inclina point. Aussitôt on le saisit pour le conduire devant le bailli. Celui-ci l’apostropha, plein de colère : « Arbalétrier téméraire, je veux que ton art te serve de supplice ; mets une pomme sur la tête de ton jeune fils, vises-y et garde-toi de la manquer. » On lie l’enfant, on met une pomme sur sa tête et l’on conduit le père à une distance considérable. Il vise, le trait part, la pomme est percée, le peuple pousse des cris de joie. Mais Guessler dit à Tell : « Pourquoi portes-tu sur toi une seconde flèche ? »Tell répondit : « Si l’une avait manqué la pomme, l’autre n’aurait pas manqué ton coeur. »
Le tyran effrayé ordonna de charger de fers cet homme courageux, de le garrotter au fond d’une barque, pour le conduire sous ses yeux à Kussnacht ; il ne jugea pas prudent de l’enfermer dans une prison du pays d’Uri, à cause des dispositions du peuple ; d’un autre côté les droits de la nation s’opposaient à ce qu’il l’envoyât hors du pays, dans une prison étrangère. Craignant le concours de la multitude, le bailli donna en hâte le signal du départ, malgré un vent contraire qui soufflait avec impétuosité. Tantôt la barque semblait descendre dans un abîme, tantôt des vagues écumantes la remplissaient d’eau ; les bateliers désespéraient de se sauver. Plus on avançait, plus le danger augmentait au milieu des immenses rochers à pic qui forment les bords du lac et s’élèvent vers le ciel comme des murailles. Au comble du désespoir, Guessler fit ôter les fers à Tell, afin qu’il sauvât la barque par son habileté. Celui-ci la dirigea vers le flanc nu de l’Axemberg où un roc en forme de plateau s’avance dans le lac. Il s’élance, repousse la barque, Tell est à l’abri du danger ; Guessler, à la merci des flots.
Echappé au péril, il gravit la montagne et se sauve à travers le pays de Schwyz. Triste et pensif, il se disait à lui-même: « Où fuir la colère du tyran ? Si je lui échappe, ma femme et mon enfant lui serviront d’otages. Que ne se permettra-t-il pas contre les miens, si , pour deux doigts cassés à un valet, Landenberg a fait crever les yeux au vieux Melchthal ? Devant quel tribunal puis-je citer Guessler ? le roi lui-même n’écoute plus les cris du peuple. Eh bien ! puisque les lois n’ont plus d’autorité, puisqu’il n’y a plus de juge entre l’oppresseur et l’opprimé, Guessler, nous sommes tous les deux hors la loi ; notre seule loi, c’est la nécessité de se défendre. S’il faut que ma femme, mon fils et ma patrie périssent innocents, ou que tu tombes chargé de forfaits ; meurs, tyran, et que la liberté revive ! »
Tout plein de ces pensées, Tell, armé de son arbalète et d’une flèche, vole vers Kussnacht, se cache dans un chemin creux. Le gouverneur vient à passer ; la corde siffle ; la flèche d’un homme libre atteint le coeur d’un oppresseur.
A cette nouvelle, se répandirent subitement parmi le peuple l’effroi et la joie. L’action de Tell inspira plus de courage. »
H. Zschokke, Histoire de la nation suisse, trad. C. Monnard ,Paris, Libraires associés, 1836, ch. XII, p. 59-60
ouvrage numérisé sur books.google.com

 

 
Texte 10
 
Le Gothard ouvert à l’âge de bronze?

L’importance du Gothard comme voie de franchissement des Alpes ne date pas du Moyen Age. Il y a 3 500 ans, des marchandises y transitaient déjà, comme le démontre la découverte dans la Léventine de vestiges datant de cette époque.

P A R M A N U E L A  Z I E G L E R
Il y a quelques années, on pensait encore que la route du col du Gothard était devenue une artère commerciale au Moyen Age, avec la construction du pont du Diable au-dessus des gorges. Des fouilles menées dans le cadre d’un projet soutenu par le Fonds national suisse proposent aujourd’hui une nouvelle vue des choses. « Les vestiges de Mött Chiaslasc à Airolo-Madrano, au sud du Gothard, et de Flueli à Amsteg, au nord du col, donnent à penser que le tracé moyenâgeux de la route du Gothard existait déjà à l’âge du bronze », explique Philippe Della Casa, professeur de préhistoire à l’Université de Zurich. Ce dernier effectue, dans le cadre d’un projet interdisciplinaire, des recherches sur la Léventine au cours des deux millénaires avant J.-C.
Habitations de l’âge du bronze
Cette nouvelle datation de la route du Gothard s’appuie sur le fait suivant : les habitations préhistoriques de Mött Chiaslasc ont été bâties à proximité de l’ancienne route du col, sur le même site que le fort moyenâgeux de Chiaslasc. Or d’anciens travaux de recherche avaient déjà mis au jour un cas de figure analogue à Flueli : là aussi, des restes d’habitations datant de l’âge du bronze avaient été découverts non loin du fort moyenâgeux et de la route du col. Les datations au radiocarbone réalisées à l’« Alpe di Rodont » confirment également l’existence d’une voie préhistorique passant par le Gothard. Ce campement situé à proximité du sommet du col a été utilisé à plusieurs reprises, une première fois au huitième millénaire avant J.-C., mais aussi plus tard à l’âge du bronze, à la même période que celle des habitations
préhistoriques d’Airolo-Madrano. C’est ce qu’a montré la datation du charbon de bois retrouvé dans les foyers du campement. On ne sait toutefois pas avec certitude où la route de l’âge du bronze passait exactement.
Les premiers agriculteurs
Les habitations de Mött Chiaslasc et de Flueli étaient bâties sur des collines en terrasses. Ces sites exposés offraient un contrôle idéal du passage du col, un avantage non négligeable pour le commerce des marchandises. « Cette région alpine est plutôt inhospitalière. On n’y trouve pas de gisement de cuivre. C’est donc le commerce qui a dû pousser les habitants à se
sédentariser », souligne Philippe Della Casa. Les habitations de Mött Chiaslasc ont par ailleurs abrité les premiers agriculteurs sédentarisés de la région. « Les restes de céréales carbonisés mis au jour lors des fouilles montrent que ces habitants pratiquaient l’agriculture en défrichant par le feu », note Christiane Jacquat, archéo-botaniste, qui participe aussi au projet interdisciplinaire. Autre élément qui étaye la thèse de l’agriculture : la découverte de restes de plantes « compagnes » qui poussent à côté des céréales. Les fondations des habitations et les débris de céramique, de métal et d’os découverts permettent de se faire une idée de ce mode de vie préhistorique qui présente des similitudes avec celui des habitants d’autres régions alpines comme l’Engadine et le Haut-Valais. Les fouilles sur le site de Mött Chiaslasc ont mis au jour des objets qui prouvent l’existence d’un commerce nord-sud via le Gothard : un pendentif circulaire en bronze, typique de la culture des tumulus du nord des Alpes et qui, à l’âge du bronze, était répandue jusqu’au nord de l’Allemagne. Ou encore des perles de verre ornées de motifs bleus et blancs, semblables à celles découvertes dans des nécropoles tessinoises et italiennes. De l’ambre a également été découvert, ce qui élargit encore le rayon de ce commerce en direction de l’Europe de l’Est. L’arc alpin était donc à cette époque un « espace économique en plein boom », affirme Thomas Reitmaier, collaborateur scientifique du projet. L’exploitation du minerai, l’essor de la production de métal et le commerce de marchandises de diverses provenances faisaient de l’arc alpin une région économique prospère. Combinés aux résultats des fouilles du San Bernardino et de la région du Simplon, ces éléments mettent en évidence un réseau commercial qui passait par les cols alpins et se ramifiait dans toute l’Europe.
Parents des lacustres
On ignore encore d’où venaient les habitants de la Léventine. Philippe Della Casa pense qu’il s’agissait d’anciens lacustres arrivant du sud et du nord des Alpes et qui avaient dû quitter leur région d’origine suite à de grosses vagues de froid. Mais cet exode était peut-être aussi dû à une pression démographique trop importante sur le plateau suisse et dans le nord de la plaine du Pô, ainsi qu’à la diminution des ressources qui en a résulté. Ces schémas d’exode et de réinstallation étaient fréquents dans la préhistoire. « Dans le cas d’Airolo-Madrano, nous partons de l’idée que, comme aujourd’hui, ces hommes choisissaient, pour s’établir, des régions présentant des conditions économiques favorables », analyse Philippe.
http://www.snf.ch/SiteCollectionDocuments/horizonte/77/77_16_17_f.pdf

 
Texte 11
 
Les origines de la Suisse
« Bonjour,
Cela fait quelques temps déjà que j’envisage de faire mieux connaître la Suisse aux européens qui l’entourent. Pourquoi? Parce que ce pays, qui est le mien mérite mieux que les clichés éculés qu’il véhicule, parce qu’il mérite mieux aussi que le mépris dont il fait souvent l’objet. Et puis, quand un français de Lyon me dit « vous parlez vraiment bien le français » ou qu’un Normand me demande « s’il y a des refuges alpins en Suisse » ou encore qu’un londonien se demande si la langue de Lausanne est l’allemand, je me dis que ce blog sera utile à certains, à plus d’un titre.
Commençons par un peu d’histoire. Rien de mieux que le passé pour comprendre le présent et construire l’avenir. Par rapport à d’autres nations européennes, la Suisse n’est pas un pays très vieux, puisque sa naissance est située en 1291. Qu’elle est la situation régionale les années qui ont précédé le pacte de 1291?
Comme on peut le voir sur cette carte, tout le centre de l’Europe occidentale est occupée par le Saint-Empire Romain Germanique, entouré de rouge. Ce pays, ou plus ce patchwork de principautés (plus de 600) comprend les pays modernes suivants:  l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, une grande partie de l’Italie, une bonne partie de la France, les Pays-Bas, la Belgique, une grande partie de la Pologne.
A la fin du 13ème siècle, les habitants des régions montagneuses étaient plus indépendants que les habitants des plaines. Cela était dû, entre autres, à leur isolement, les voies de communications étant presque totalement absentes dans les Alpes, sauf quelques cols connus des romains déjà.
C’est à cette période que des hommes avisés se rendirent compte que les quelques chemins qui traversaient les Alpes prenaient de l’importance en raison du trafic commercial qui commençait à y circuler de plus en plus. Quelques uns d’entre eux décidèrent de s’unir pour mettre en commun leurs forces, économiques d’abord, puis politiques et militaires. Ceci afin de déjouer les dessins des seigneurs de Habsbourg, décidés à reprendre la main sur ces territoires. En effet, quelques décennies plus tôt, l’empereur avait accordé aux habitants de ces vallées, l’immédiateté impériale, une sorte d’autonomie administrative, dans le cadre de l’Empire. Le chemin et le col du Saint-Gothard prenait de plus en plus d’importance et ces nobles virent bien les profits qu’ils pourraient en tirer. C’est alors que trois hommes conclurent, au nom des communautés qu’ils représentaient, le pacte de 1201, acte fondateur de la Confédération helvétique.
Le serment du Grütli (1er août 1291)
L’histoire et la légende nous présente donc cette alliance d’une manière très romantique. Il y avait certainement une part de ‘patriotisme’ dans cet acte. Mais la défense des intérêts financiers de ces hommes compta certainement aussi pour beaucoup.
En ce début d’histoire de la Suisse, ce sont donc trois vallées et leurs possessions qui formèrent la première alliance: Uri (prononcer: Ouri), Schwyz et Unterwald (prononcer Ounterwald).
Les trois premiers cantons de la Suisse.
Ces trois petits territoires formèrent donc la première alliance helvétique, en quelque sorte les ‘Etats-Unis d’Europe’. Pour la première fois, des citoyens ‘libres’ entrevirent une communauté de destin et unirent leurs forces pour vivre ce destin ensembles.
http://suisse.over-blog.com/

 

tous les textes ci-dessus sont repris de http://docs.google.com/Doc?id=ddv54zsn_47zsf3wdg accès à la méthodologie de la séquence sur http://content.friportail.ch/course/view.php?id=5 avec d’autres activités.
Concepteurs Sandro Cesa, CO de Pérolles Bernard Gasser, CO de Jolimont DICS Fribourg avril 2009
droit d’auteur http://content.friportail.ch/file.php/5/Image_4.jpg

Texte 12
 
Récit de la bataille de Morgarten
« Heureusement un seigneur de leurs amis, parent de Reding de Schwytz, Henri de Hunnenberg, veillait pour eux et lance tout à coup dans leurs rangs une flèche avec ces mots : « Sur vos gardes au Morgarten, la veille de St-Othmar. » Les confédérés se postent aussitôt sur le penchant du Sattel. Ils étaient au nombre de 1300, dont 400 d’Uri et 300 d’unterwald. Cinquante bannis, auxquels sourit l’espoir de se réhabiliter par le courage, demandent et obtiennent la faveur de combattre pour la patrie.Le samedi après la St-Martin (15 novembre 1315), aux premiers rayons du jour, l’armée autrichienne gravissait péniblement les sentiers glissants de la montagne ; les chevaliers les premiers avec leurs cuirasses étincelantes au soleil, l’infanterie suivait. Tout à coup, vers le plateau de la Haselmatt, les confédérés fondent sur eux avec d’horribles clameurs ; au même instant, les bannis font pleuvoir des quartiers de rochers et des troncs d’arbres sur la cavalerie ennemie ; puis tous, leurs hallebardes et leurs massues à la main, se précipitant sur les Autrichiens en désordre, ils les culbutent dans les ravins et dans les eaux du lac d’Aegeri. Les Zuricois soutinrent vaillamment le choc des confédérés et mordirent tous la poussière. Les nobles tombèrent en foule ; parmi eux, Gessler, des Hallwyl, des Landenberg, un Habsbourg-Rapperschwyl. Léopold lui-même n’échappa qu’à grand’peine au triste sort des siens, et arriva le même soir à Winterthour, pâle, défait et la mort dans l’âme, dit Jean de Winterthur, témoin oculaire et alors âgé de neuf ans.Le même jour, le comte de Strassberg, qui avait fait invasion dans l’Underwald, apprenant le désastre de l’armée ducale, se retira précipitamment dans l’Oberland.L’abbaye d’Interlaken, peuplée de gentilshommes comme celle d’Einsidlen, fut dévastée et pillée par les vainqueurs.L’armée autrichienne avait perdu au Morgarten 1500 hommes, la fleur de la noblesse. Les confédérés n’eurent à regretter, dit-on, que 16 braves, parmi eux Henri d’Ospenthal, Rodolphe Fürst et Conrad de Beroldingen. »
In A. Daguet, Histoire de la Confédération suisse, Corbaz, Lausanne, 1865, p. 133sur books.google.com

Texte 13
 
Récit de la bataille de Sempach, 1386
« Et parce que le Duc d’Autriche faisait son amas de gens, principalement à Brug et à Bade, auprès de Zurich, l’on estima qu’il irait encore assiéger cette ville-là. Qui fut cause que les quatre vieux Cantons envoyèrent seize cents hommes au secours de ceux de Zurich.Le Duc Leopold ayant entendu que cette garnison restait à Zurich, fit soudain marcher son armée vers les Cantons, qui semblaient dénués de la plupart de leurs troupes. Mais ils découvrirent cette entreprise par leurs espions et pourtant ils laissent Zurich en garde aux citoyens, et font retourner leurs seize cents hommes, qui marchèrent sous leurs enseignes jour et nuit, en telle diligence, qu’ils arrivèrent à Sempach à l’instant que le Duc avec ses troupes y vint loger. Ce jour était le neuvième de juillet. Bataille fut donnée en ce même jour, en laquelle Leopold fils d’Albert le sage, et neveu ou petit-fils de l’Empereur Albert, fut tué sur-le-champ, avec six cent septante six gentilshommes, dont (…) trois cent cinquante remarquables entre les autres, à cause de leurs armets [casque de cavalerie] ou bourguignottes [casque d’infanterie] garnies de couronnes et braves panaches. Les Cantons après une tant belle victoire, commencèrent à mener les mains par toute la Suisse, et châtier ceux qui avaient fourragé leurs pays [utilisé les ressources en fourrage de leur pays ?], pillé les citoyens, et fait la guerre sans être occasionnés [offensés, attaqués] : beaucoup de châteaux furent ruinés, et plusieurs villes prises. »In I.G. Simler, La république des Suisses, Anvers, Iacques Henryx, 1580, p. 73-4sur books.google.com
 
Un récit traditionnel des causes de cette guerre
« La paix entre l’Autriche et la Suisse pouvait difficilement être de longue durée. Il se présentait sans cesse des circonstances qui irritaient, les uns contre les autres, les Autrichiens et les Confédérés. Le duc d’Autriche possédait plusieurs châteaux et seigneuries considérables en Suisse, et il envoyait, pour y demeurer, des gouverneurs autrichiens qui, le plus souvent, se faisaient haïr des Suisses par leur arrogance et leur cupidité. On rapporte que le duc Léopold, prince prudent et politique, leur dit plusieurs fois, en soupirant, qu’ils causeraient la ruine de leur maître.
Un autre sujet de plainte des Confédérés contre le duc, c’étaient les péages qu’il avait établis dans la partie de la Suisse encore soumise à sa domination. Ces péages, qui imposaient des droits très-forts sur les marchandises qu’on transportait d’un lieu à un autre, entravaient beaucoup le commerce, et diminuaient, par conséquent, l’aisance du pays.
Mais ce qui indisposa le plus fortement les Confédérés, ce fut un manque de bonne foi dont il est probable, d’après ce que l’histoire nous apprend du caractère de Léopold, que ses employés furent plus coupables que lui-même.
Les habitants de Schwytz s’étaient adressés au duc pour lui demander d’ôter le péage de la ville de Rapperschwyl, qui faisait beaucoup de tort au commerce de ce Canton, parce qu’il se trouvait placé sur le chemin qui conduit d’Allemagne en Italie à travers les Waldstetten et le Saint-Gothard. Léopold leur accorda leur demande, et profita de la satisfaction que sa réponse favorable avait fait naître, pour chercher à conclure une paix perpétuelle avec les Confédérés.
Les Suisses exigèrent, pour condition de la paix, la suppression de tous les nouveaux péages établis dans la partie de la Suisse soumise à l’Autriche. Tandis que l’on débattait cette proposition, le duc réussit à dissoudre une ligue qui s’était formée entre un grand nombre de villes de l’Allemagne et la Confédération helvétique. Enorgueilli de cet avantage, il montra moins d’empressement pour la paix ; ses employés témoignèrent aux Confédérés le même mépris, la même hauteur qu’auparavant, et ceux-ci, voyant à quel point le succès changeait les sentiments du duc à leur égard conçurent beaucoup de défiance.
Il ne manquait plus qu’un prétexte, et la guerre était allumée ; il ne tarda pas à s’en présenter un. […]
Sept jours après, une troupe de Lucernois s’empara du château de Rothenburg, où, contrairement à ce qu’il avait promis, le duc avait laissé subsister un péage. Le gouverneur, chassé du château, envoya des messagers et des lettres au duc d’Autriche, pour lui annoncer ce qui avait eu lieu, et lui demander vengeance et secours. Les Lucernois, de leur côté, comprenant bien qu’en agissant de la sorte ils s’étaient attiré le courroux du duc, se hâtèrent d’envoyer des messagers dans toutes les villes et les campagnes de la Confédération.
A cette même époque, les Lucernois formèrent une alliance avec les habitants de l’Entlibuch. Le duc Léopold, ayant eu besoin d’argent, avait engagé ce pays au baron·de Thorberg pour une somme considérable ; et celui-ci, qui voulait tirer un bon intérêt de son argent, traitait les malheureux habitants de l’Entlibuch avec une extrême dureté, les accablant d’impôts qu’il les contraignait à payer par les moyens les plus rigoureux. Un jour, il renferma un grand nombre d’entre eux dans une église, pour obtenir qu’ils lui payassent cent livres de plus par an, et en même temps il les obligea à livrer sans délai une somme considérable. Une autre fois, il fit semblant de vouloir fortifier la petite ville de Wollhausen et exigea des bourgeois six cents livres qu’il garda pour lui. Enfin, dans un procès que le pays eut avec le Canton d’Unterwald, il se fit donner deux mille six cents livres pour terminer l’affaire, et ne fit rien pour l’arranger.
Lorsque le seigneur de Thorberg apprit que les habitants de l’Entlibuch avaient porté plainte contre lui aux Lucernois ,et qu’ils désiraient s’unir à eux par un traité d’alliance, il fit mettre à mort ceux qui s’étaient chargés de cette négociation, et ravagea le pays jusqu’aux portes de Lucerne. Les Lucernois, par représailles, détruisirent les châteaux forts que ce seigneur possédait dans le voisinage.
Dès cet instant, la guerre fut déclarée ; Lucerne et les autres Cantons confédérés prirent les armes, à l’exception de Berne, qui allégua que la paix conclue en 1358, avec le duc d’Autriche, n’était pas encore expirée. »
Histoire abrégée de la Confédération suisse jusqu’à l’époque de la réformation, Ramboz, Genève, 1846, ch. IX, p. 76-81
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Texte 14
 
Les Suisses aiment leur liberté et les baillis sont méchants
« Dans le pays d’Unterwalden, Arnold de Melchthal ayant été condamné pour une légère faute à perdre un bel attelage de boeufs, un valet de Landenberg les détela de la charrue en disant : « Les paysans peuvent traîner la charrue eux-mêmes. » Irrité de cette offense, le jeune Arnold frappa le valet, lui cassa deux doigts et s’enfuit dans les montagnes. Par vengeance, Landenberg fit crever les yeux au père d’Arnold. (…)Tandis que les oppresseurs riaient et que les opprimés gémissaient dans les vallées de Waldstaetten, la femme de Werner Stauffacher, dans le village de Steinen, dit un jour à son mari : « Combien de temps encore verra-t-on l’orgueil rire et l’humilité pleurer ? Des étrangers seront-ils les maîtres de ce pays et les héritiers de nos biens ? A quoi sert-il que nos montagnes soient habitées par des hommes ? Mères, devons-nous nourrir des fils mendiants et élever nos filles pour servir d’esclaves aux étrangers ? Loin de nous tant de lâcheté ! »Sans répondre, Werner Stauffacher descendit à Brounnen, traversa le lac et se rendit dans le pays d’Uri, vers Walther Furst, à Attinghausen. Il y trouva Arnold de Melchthal qui avait passé la montagne pour venir chercher un refuge contre le ressentiment de Landenberg.Ils s’entretinrent ensemble de la misère de leurs pays, de la cruauté des baillis étrangers que le roi leur avait envoyés, malgré leurs droits et leurs libertés héréditaires. Ils dirent aussi qu’ils avaient inutilement adressé des plaintes à ce monarque, qui les avait menacés de les contraindre, en dépit de leurs titres, à se déparer de l’empire pour se soumettre à l’Autriche ; que Dieu n’ayant donné à aucun roi le droit de fouler aux pieds la justice, ils pouvaient tous espérer du secours de Dieu et de leur courage ; que d’ailleurs la mort était plus facile à supporter qu’un joug aussi avilissant. Ils résolurent donc que chacun d’eux parlerait dans son pays à des hommes de coeur et de confiance, et sonderait les dispositions du peuple, afin de savoir ce qu’il serait prêt à faire pour la cause de la liberté.Dans la suite, comme ils en étaient convenus, ils se réunirent souvent, pendant la nuit, dans un lieu secret au bord du lac de Waldstaetten, situé à peu près au centre d’Uri, de Schwyz, et d’Unterwalden, formant une prairie étroite, entourée de buissons, au pied des rocs du Seelisberg, vis-à-vis le village de Brounnen ; cet endroit porte le nom de Grutli ou Rutli (de ruten défricher) ; là ils se trouvaient éloignés de toute habitation. Bientôt ils apportèrent tous l’heureuse nouvelle que le peuple entier préférait la mort à l’esclavage.La nuit du 17 novembre de l’an 1307, chacun d’eux amena avec lui dans la prairie du Grütli dix hommes honorables, pour qui la liberté de la patrie était tout, et la vie n’était rien ; les trois premiers, levant leurs mains devant le ciel étoilé, jurèrent à Dieu, devant qui les rois et les peuples sont égaux, de vivre et de mourir pour les droits du peuple opprimé ; d’entreprendre et de supporter tout en commun ; de ne pas souffrir, mais aussi de ne pas commettre d’injustices ; de respecter les droits et les propriétés du comte de Habsbourg et de ne faire aucun mal aux baillis impériaux, mais de mettre des bornes aux actes arbitraires de leur tyrannie. Les trente autres levèrent aussi la main et firent de même serment à Dieu et à tous les saints de rétablir la liberté en hommes de coeur. Ils choisirent pour l’exécution de ce dessein la nuit du premier janvier. Puis ils se séparèrent ; chacun d’eux retourna dans sa vallée et dans sa cabane ; ils continuèrent tranquillement à donner tous leurs soins à leurs troupeaux. »H. Zschokke, Histoire de la nation suisse, trad. C. Monnard, Paris, Libraires associés, 1836, ch. XI & XII, p. 56-9sur books.google.com
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