Les avocats de l’accord cadre Suisse-UE terrassés dans l’antre de l’UDC

Les avocats de l'accord cadre Suisse-UE terrassés dans l'antre de l'UDC

Ils avaient beau être deux, leur mission était impossible: le secrétaire d’Etat Jacques de Watteville et le conseiller national et ancien ambassadeur Tim Guldimann ont tenté de défendre samedi le projet d’accord cadre institutionnel avec l’UE devant les délégués de l’UDC, réunis à Wettingen (AG). Ils ont fait chou blanc.

Pour justifier la conclusion d’un accord cadre, le secrétaire d’Etat s’appuie sur la nécessité d’assurer aux entreprises suisses l’accès au marché européen, qui canalise deux tiers des relations commerciales de la Suisse. «Vous comme nous défendons les intérêts de notre pays et ma porte est toujours ouverte. Face à l’étranger, nous devons être unis», lance-t-il à l’adresse des délégués du parti.

«Il y a beaucoup d’émotion et de malentendus dans ce dossier», relève Jacques de Watteville, qui a vainement tenté d’expliquer à des délégués peu réceptifs à la différence entre reprise «dynamique» et reprise «automatique» du droit européen et aux «mesures de rééquilibrage» envisagées si, à la suite de divergences entre Berne et Bruxelles, la Cour de justice de l’UE (CJUE) donnait tort à la Suisse sur son interprétation d’un accord bilatéral.

Qu’il s’agisse de la dénonciation éventuelle d’un accord ou de sanctions, ce sont les comités mixtes qui auraient le dernier mot, pas les juges de la CJUE, assure-t-il. Mais le message ne passe pas. La base de l’UDC reste hermétique à cette argumentation, tout comme elle reste hermétique à ses explications très juridiques.

Le «vieux monsieur» de la fable

De son côté, Tim Guldimann utilise l’instrument de la fable pour illustrer la nécessité d’assurer de bonnes relations juridiques, politiques et économiques avec l’UE. Mais le simple fait que, dans sa fable, le rôle du méchant soit joué par un «vieux monsieur» dans lequel tout le monde aura reconnu Christoph Blocher suffit à le disqualifier aux yeux des délégués de l’UDC.

Les deux diplomates ont été terrassés par leur contradicteur, Roger Köppel. Lorsque le patron de la Weltwoche monte à la tribune, un délégué genevois ne peut se retenir de lâcher un retentissant «vas-y, Roger», l’invitant à avaler tout cru les deux orateurs du jour. Et, comme il joue à fond la carte de l’émotionnel, ça marche. Le nouveau tribun de l’UDC, évident successeur de Christoph Blocher dans ce rôle, ne mâche pas ses mots et ses attaques.

Les négociateurs suisses’ «De gentils chatons plutôt que des tigres». L’accord institutionnel’ «Un accord de raccordement et de soumission négocié par un secrétaire d’Etat au raccordement qui travaille pour un ministre du raccordement». Et encore ceci: «Ce n’est ni un accord bilatéral, ni libéral, c’est du …. (ndlr: un mot de quatre lettres signifiant excrément).» Les mesures de rééquilibrage en cas de désaccord persistant entre la Suisse et l’UE’ «On garde juste la liberté de dire au bourreau quelle partie du corps il doit fouetter».

A l’applaudimètre, les délégués donnent logiquement Roger Köppel vainqueur.

Au terme du débat, Jacques de Watteville a répondu aux questions des journalistes, dont Le Temps.

– Pensez-vous avoir été entendu’

– C’est certainement un défi de s’adresser à l’UDC sur ce thème, mais j’aime les défis. J’ai essayé de clarifier certains malentendus, j’espère avoir contribué à les lever. J’ai notamment expliqué qu’une reprise dynamique du droit, défendue par le Conseil fédéral, donne un droit de regard que ne donne pas la reprise automatique. Il faut demander aux délégués si j’ai été écouté ou entendu.

–  Le meilleur argument pour convaincre l’UDC de soutenir l’accord cadre est-il celui de l’accès au marché pour les entreprises suisses’

– Cet accès au marché est prioritaire pour nos entreprises. Il faut un accord pour le sécuriser. Une très grande majorité des membres d’Economiesuisse estiment que les accords bilatéraux sont indispensables. Il peut bien sûr y avoir des exceptions, notamment les entreprises qui ont déjà tout un réseau de succursales en Europe.

– On vous a demandé si l’accord cadre avait déjà été paraphé en secret. Qu’en est-il’

– Ce n’est pas le cas. Les négociations sont encore en cours. Il y a encore d’importances divergences sur certains points. Les discussions sont également plus difficiles sur les questions liées à l’immigration depuis le Brexit. Les marges de man’uvre se sont réduites.

– Roger Köppel vous a qualifié de «secrétaire d’Etat au raccordement» et dit que les négociateurs étaient de «gentils chatons». Que ressentez-vous face à ces critiques’

– Ces propos n’engagent que lui. Il part de l’idée que nous allons échouer. Je suis régulièrement à Bruxelles pour défendre les positions suisses. Et je vous assure que le Conseil fédéral ne signera pas cet accord cadre s’il n’obtient pas ce qu’il veut.

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