Les racines du militantisme

Les racines du militantisme

Drôle de sentiment que celui procuré par un film dont on approuve toutes les idées sans pouvoir adhérer à sa forme. C’est le cas de cet «Olivier» écologiste et généreux, qui dénonce les dérives de l’économie actuelle et en appelle à une résistance solidaire. Conçu pour plaire au plus grand public, ce nouvel opus du couple hispano-écossais Iciar Bollain (réalisatrice) et Paul Laverty (scénariste), qui s’était rencontré il y a vingt ans sur le tournage de «Land and Freedom» de Ken Loach, est certainement dans l’air du temps. Mais quel dommage que tout y paraisse si évident et dénué de contradiction, si lisse et sans aspérités!

Au début, on se dit que c’est une caractéristique de l’héroïne, Alma (Gloria Castillo), à peine 20 ans, qui a repris l’exploitation agricole de sa famille, une oliveraie à laquelle il a bien fallu ajouter un élevage de volaille. Certes, elle mène la vie dure à un gentil soupirant en l’ignorant, mais on devine que ce ne sera pas pour très longtemps. Pour le moment, sa grande affaire est de sauver son grand-papa chéri (Manuel Cucala, un bel acteur non professionnel), qui décline et ne parle plus. Elle seule en connaît la cause: l’olivier millénaire vendu quelques années plus tôt par son père pour ouvrir un restaurant, aujourd’hui en faillite du fait de la crise. Alma remonte la piste de cet arbre devenu le logo d’une compagnie d’énergie allemande et décide de le ramener du siège de cette dernière à Düsseldorf, dont il orne le hall. Sans vrai plan, elle entraîne dans l’aventure un oncle au chômage (Javier Gutiérrez, de «La Isla minima») et son amoureux, sur la base d’une astuce qui leur a fait croire que ses propriétaires étaient disposés à s’en défaire’

Le mensonge allemand

Pour son 7e long métrage, le troisième réalisé en collaboration avec son mari après le remarquable «Après la pluie» et l’inédit «Katmandu», Iciar Bollain («Fleurs d’un autre monde», «Ne dis rien») a choisi un combat hautement symbolique, entre Espagne ruinée et Allemagne triomphante, terre ancestrale et marché globalisé.

Mais si les enjeux sont intéressants, leur traitement s’avère de plus en plus décevant, à commencer par les flash-back du traumatisme qu’a été le déracinement du vieil olivier. Lorsqu’apparaissent des activistes allemands qui militent contre l’entreprise et son image «propre» mensongère (la cinéaste en profite pour montrer les images terrifiantes des gigantesques mines de lignite de Garzweiler), on se dit que la rencontre pourrait faire des étincelles. Las! Elle n’aura jamais lieu et le combat à la David contre Goliath annoncé a tout du pétard mouillé. Même l’idée prometteuse d’une réplique de la Statue de la Liberté volée à un mauvais payeur ne culmine pas vraiment.

Dès lors, le retour à la maison avec une brindille déclenche plus les bâillements que l’émotion, sur fond de réconciliation familiale dans l’oliveraie. C’est connu, les meilleures intentions ne font pas forcément les meilleurs films. On a beau être acquis à la cause, entre rapports humains à peine esquissés, propos politique appuyé et mollesse formelle, on s’ennuie gentiment dans cette fiction «engagée», pas toujours crédible. Décidément, n’est pas Ken Loach qui veut.

* L’Olivier (El Olivo), d’Iciar Bollain (Espagne Allemagne, 2016) avec Anna Castillo, Javier Gutiérrez, Pep Ambros, Manuel Cucala, Maria Romero, Paula Usero, Inés Ruiz, Miguel Angel Aladen. 1h38 (FILMCOOPI)

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Drôle de sentiment que celui procuré par un film dont on approuve toutes les idées sans pouvoir adhérer à sa forme. C’est le cas de cet «Olivier» écologiste et généreux, qui dénonce les dérives de l’économie actuelle et en appelle à une résistance solidaire. Conçu pour plaire au plus grand public, ce nouvel opus du couple hispano-écossais Iciar Bollain (réalisatrice) et Paul Laverty (scénariste), qui s’était rencontré il y a vingt ans sur le tournage de «Land and Freedom» de Ken Loach, est certainement dans l’air du temps. Mais quel dommage que tout y paraisse si évident et dénué de contradiction, si lisse et sans aspérités!

Au début, on se dit que c’est une caractéristique de l’héroïne, Alma (Gloria Castillo), à peine 20 ans, qui a repris l’exploitation agricole de sa famille, une oliveraie à laquelle il a bien fallu ajouter un élevage de volaille. Certes, elle mène la vie dure à un gentil soupirant en l’ignorant, mais on devine que ce ne sera pas pour très longtemps. Pour le moment, sa grande affaire est de sauver son grand-papa chéri (Manuel Cucala, un bel acteur non professionnel), qui décline et ne parle plus. Elle seule en connaît la cause: l’olivier millénaire vendu quelques années plus tôt par son père pour ouvrir un restaurant, aujourd’hui en faillite du fait de la crise. Alma remonte la piste de cet arbre devenu le logo d’une compagnie d’énergie allemande et décide de le ramener du siège de cette dernière à Düsseldorf, dont il orne le hall. Sans vrai plan, elle entraîne dans l’aventure un oncle au chômage (Javier Gutiérrez, de «La Isla minima») et son amoureux, sur la base d’une astuce qui leur a fait croire que ses propriétaires étaient disposés à s’en défaire’

Le mensonge allemand

Pour son 7e long métrage, le troisième réalisé en collaboration avec son mari après le remarquable «Après la pluie» et l’inédit «Katmandu», Iciar Bollain («Fleurs d’un autre monde», «Ne dis rien») a choisi un combat hautement symbolique, entre Espagne ruinée et Allemagne triomphante, terre ancestrale et marché globalisé.

Mais si les enjeux sont intéressants, leur traitement s’avère de plus en plus décevant, à commencer par les flash-back du traumatisme qu’a été le déracinement du vieil olivier. Lorsqu’apparaissent des activistes allemands qui militent contre l’entreprise et son image «propre» mensongère (la cinéaste en profite pour montrer les images terrifiantes des gigantesques mines de lignite de Garzweiler), on se dit que la rencontre pourrait faire des étincelles. Las! Elle n’aura jamais lieu et le combat à la David contre Goliath annoncé a tout du pétard mouillé. Même l’idée prometteuse d’une réplique de la Statue de la Liberté volée à un mauvais payeur ne culmine pas vraiment.

Dès lors, le retour à la maison avec une brindille déclenche plus les bâillements que l’émotion, sur fond de réconciliation familiale dans l’oliveraie. C’est connu, les meilleures intentions ne font pas forcément les meilleurs films. On a beau être acquis à la cause, entre rapports humains à peine esquissés, propos politique appuyé et mollesse formelle, on s’ennuie gentiment dans cette fiction «engagée», pas toujours crédible. Décidément, n’est pas Ken Loach qui veut.

* L’Olivier (El Olivo), d’Iciar Bollain (Espagne Allemagne, 2016) avec Anna Castillo, Javier Gutiérrez, Pep Ambros, Manuel Cucala, Maria Romero, Paula Usero, Inés Ruiz, Miguel Angel Aladen. 1h38 (FILMCOOPI)

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