L’essor du tourisme de la mort inquiète les autorités tessinoises

L'essor du tourisme de la mort inquiète les autorités tessinoises

L’explosion des cas de suicides assistés alarme les autorités tessinoises. Selon la police cantonale, 50 cas ont été rapportés en 2015, contre 17 en 2014 et 12 en 2013. Pour 2016, le canton enregistrait déjà 51 cas à fin novembre dernier. Si le taux d’aide au suicide est en plein essor dans tout le pays la seule Exit Suisse alémanique a augmenté ses interventions de 30% en 2015 le saut quantitatif au Tessin a sa raison propre.

Cette augmentation est attribuable à l’activité de l’association Liberty Life, comme le confirme Paolo Beltraminelli, chef du Département de la santé et des affaires sociales. Contacté par Le Temps, le conseiller d’Etat souligne qu’il est impératif de continuer à surveiller le secteur de manière vigilante. «D’autant que plusieurs bénéficiaires viennent de l’étranger, rendant plus difficile le contrôle garantissant la conformité de l’aide au suicide au droit suisse.»

Parmi les 50 personnes ayant recouru au suicide assisté en 2015, 27 venaient d’autres pays, dont 24 d’Italie où l’euthanasie est interdite. Contrairement à Exit Suisse italienne, seule autre organisation d’assistance au suicide reconnue dans le canton, Liberty Life offre également ses services aux étrangers.

Polémique autour de l’organisation

Président d’Exit Italie, Emilio Coveri qui dirige les Italiens souhaitant mourir dans la dignité vers les organisations suisses compétentes, estime que pour les citoyens de la Péninsule, la présence au Tessin d’une association accompagnant les étrangers est bienvenue, «vu la langue commune et la proximité géographique». Mais ce qui préoccupe les autorités tessinoises est la polémique qui entoure Liberty Life, qui jusqu’à récemment opérait à Melano, commune frontalière avec l’Italie.

En septembre dernier, suite à des plaintes de résidents, les autorités lui ont refusé un permis l’autorisant à pratiquer dans la commune. En mai, deux parlementaires adressaient une interrogation au Grand Conseil, intitulée «Assistance au suicide ou business’» Les députés demandaient des éclaircissements quant à l’accompagnement au suicide dans le canton et sur les activités de Liberty Life en particulier. La réponse du Conseil d’Etat se fait toujours attendre.

Dans un article paru dans le quotidien italien La Stampa en mars 2015, le mari d’une Turinoise ayant fait appel à Liberty Life affirmait avoir déboursé 13’000 euros pour l’euthanasie de son épouse. Le cas échéant, l’organisation pourrait avoir contrevenu à l’article 115 du Code pénal suisse stipulant que l’accompagnement au suicide est punissable si motivé par un «mobile égoïste», comme la volonté de s’enrichir.

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Responsable d’Exit Suisse italienne, Ernesto Streit indique qu’une mort assistée représente pour l’organisation des frais d’environ 7000 francs. «En ce qui nous concerne, nous accompagnons gratuitement nos membres de plus de trois ans et demandons aux non-membres 3700 francs, ce qui inclut la taxe d’affiliation et une participation aux coûts d’accompagnement, auxquels s’ajoutent, si nécessaire, 450 francs pour la prescription médicale du médicament létal», explique-t-il.

En juin 2015, une autre interrogation parlementaire demandait au Conseil d’Etat des comptes sur la «galaxie» de sociétés privées détenues par la présidente de Liberty Life, Mariangela Gasperini, une Italienne, infirmière de formation, active dans des secteurs aussi divers que les soins aux malades, le prêt-à-porter, l’immobilier et la gestion de patrimoine. En décembre 2015, son droit de pratiquer comme infirmière dans le canton lui a été révoqué. Celle-ci a fait recours.

«Itinérants»

Rejointe par téléphone, Mariangela Gasperini affirme que son association est toujours active au Tessin, mais sous le nom de LL Exit, et assure respecter rigoureusement le droit suisse. «Ces derniers temps, faute de structure, nous avons été «itinérants», contraints d’opérer dans des lieux pas toujours idéaux, comme des appartements privés», explique-t-elle, ajoutant que des sites adéquats, loin des quartiers résidentiels, ont déjà été identifiés pour 2017.

Quant aux tarifs qui lui sont reprochés, elle avance que ce sont les frais additionnels qui élèvent la facture; les pompes funèbres et la location d’un espace, laquelle a pu atteindre quelques milliers de francs ces derniers temps. L’Italienne indique par ailleurs qu’elle n’est plus seule à assister les étrangers souhaitant mourir au Tessin. «Une autre association, Carpe diem, à peine créée par notre ex-vice-présidente à Chiasso, s’est occupée de dix cas en novembre.»

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