L’été de la perplexité de l’embarras et de l’effroi

L'été de la perplexité de l'embarras et de l'effroi

Les événements se sont succédé dans le monde ces trois derniers mois avec une intensité dramatique. Les guerres de Syrie, du Yemen, du Sahel se poursuivent. Le terrorisme continue à frapper méthodiquement sur la planète. La crise des migrants a repris notamment à la faveur des coups de force en Turquie et de l’anarchie en Libye. Le conflit à moitié gelé d’Ukraine s’est réchauffé. La Chine a rejeté les règles du droit international applicable à la libre circulation dans les mers. La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne remet en cause la géopolitique européenne avant même de se matérialiser.

On est à court d’idées

La plupart de ces problèmes font l’objet de tentatives de règlement. En plus des institutions telles que l’ONU, des mécanismes, des «formats» et des dialogues à n’en plus finir se mettent en place. Les parties à des conflits se parlent mais sans jamais parvenir à une solution. Non seulement la volonté d’aboutir fait défaut, mais les dirigeants donnent l’impression d’une profonde «Ratlosigkeit»: on est à court d’idées. C’est le règne de la perplexité, de l’embarras et de l’effroi le dictionnaire donne ces trois valeurs pour exprimer la signification du vocable allemand.

En privé, les responsables politiques admettent leur impuissance: la complexité, la multiplicité et la simultanéité des problèmes, la nature de la mutation en cours dans l’économie et la société due à la mondialisation, en particulier l’impossibilité de juguler le chômage et de contrôler l’immigration provoquent le rejet des gouvernants même dans les démocraties menacées par les régimes autoritaires.

L’Union européenne dépassée

L’Union européenne n’est pas en mesure de relever le défi des mouvements populistes qui la minent de l’intérieur. Elle n’est pas non plus apte à affronter le nouvel environnement stratégique où elle se trouve affrontements violents doublés de crises sociales et politiques au Moyen Orient, en Libye, au Sahel, restauration russe, recentrage américain sur des priorités axées davantage sur le Pacifique que sur l’Atlantique, sans oublier la concurrence de la Chine.

Comme le relève l’ambassadeur Michel Foucher dans la dernière livraison de la revue «Le Débat», l’Europe devrait «changer d’échelle et se confronter au monde réel», celui qui l’entoure. Il incombe surtout aux Etats de se mobiliser que «l’Allemagne, puissance dominante, sorte de son mercantilisme neutraliste» et que l’on cesse de s’appuyer sur l’Amérique, si ambivalente lorsqu’il s’agit de l’Europe.

Aux Etats d’adapter leur action aux objectifs stratégiques qu’ils définiront en fonction d’une vision claire des menaces. L’Union européenne qui n’est pas un Etat n’a pour tâche que d’encourager la coordination entre les pays et de mettre ses instruments à leur disposition. «L’âge européen insouciant et triomphant de l’après-guerre froide a pris fin». L’Europe doit sortir de sa Ratlosigkeit actuelle. A défaut elle court le risque de reproduire ce que Stefan Zweig a appelé après la Grande Guerre, comme le rappelle Michel Fournier, le «suicide de l’Europe».

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