Lisbonne réenchantée

Lisbonne réenchantée

Impossible de suivre tous les films qui sortent ces derniers temps dans l’une ou l’autre salle indépendante de Suisse romande, en importation directe, sans publicité ni la moindre coordination. Avant la traditionnelle pause d’été, on s’arrêtera toutefois sur le dernier choix du Spoutnik de Genève (jusqu’au 16 juin): «John From», deuxième long-métrage du jeune cinéaste portugais Joao Nicolau (après «L’Epée et la rose» en 2010), salué comme une petite merveille par la critique parisienne.

A l’écart de la Lisbonne touristique, Rita, 15 ans, passe ses vacances d’été entre l’appartement familial et la maison de quartier voisine. Elle prend ses distances avec un petit ami et tue le temps avec sa copine Sara jusqu’à ce que la rencontre d’un nouveau voisin l’absorbe totalement: Felipe, un photographe d’âge mûr, père d’une petite fille, dont les travaux ornent une exposition sur la Mélanésie au centre culturel. A la grande surprise de ses parents, Rita se passionne soudain pour cette culture du lointain Pacifique’

Charme faussement naïf

Du cinéma portugais, on reconnaît aussitôt la faible intensité dramatique mais aussi une réelle exigence formelle, qui va d’un bel emploi du 16 mm à une manière très libre d’envisager la narration. Au début, fait de bains de soleil sur le balcon, de billets, chansons et autres confidences échangés entre copines et d’ignorance mutuelle entre parents et enfants, on se raccroche surtout à l’évidente beauté de la jeune Julia Palha. La présence comme parents de Leonor Silveira, muse de Manoel de Oliveira, et d’Adriano Luz, héros des «Mystères de Lisbonne» de Raul Ruiz, intriguera quant à elle les plus cinéphiles.

Puis, peu à peu, un charme plus global se met effectivement à opérer. Oh, rien de bien renversant! Mais assez pour suivre avec plaisir les manigances amoureuses d’une adolescente ainsi que la manière dont son imagination fertile commence à réenchanter son quotidien (après des vacances familiales en’ Algarve). Plutôt que ces films de riches qui courent aux quatre coins de la planète après un imaginaire enfui, c’est là un cinéma pauvre où un exotisme de pacotille s’invite à domicile. Mais avec un désir, une fantaisie et une foi en le cinéma autrement plus forts. A l’image de la figure de John From (ou Frum, selon Wikipédia), divinité «naïve» de l’île de Vanuatu’

«John From», de Joao Nicolau (Portugal France 2015), avec Julia Palha, Clara Riedenstiein, Filipe Vargas, Adriano Luz, Leonor Silveira, Joao Xavier, daniel Cotrim, Vasco Pimentel. 1h35

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