L’UDC trébuche aux portes du Conseil d’Etat fribourgeois

L'UDC trébuche aux portes du Conseil d'Etat fribourgeois

L’UDC n’entrera pas au gouvernement fribourgeois. La défaite est d’autant plus cruelle qu’une alliance inédite avec le PLR et le PDC avait été conclue pour faire élire son candidat Stéphane Peiry, expert-comptable, patron d’une fiduciaire. L’objectif de cette entente était d’occuper cinq sièges sur sept à l’Exécutif. 

Mais les Fribourgeois n’ont pas adhéré à cette stratégie. Ils ont préféré conserver un certain équilibre des forces et privilégié la constance. Après avoir élu au premier tour Jean-Pierre Siggen (PDC), Maurice Ropraz (PLR) et Georges Godel (PDC), ils ont porté leur choix sur les candidats de la gauche pour ce second tour. La Verte Marie Garnier et la socialiste Anne-Claude Demierre sont réélues. Le socialiste Jean-François Steiert quittera le Conseil national pour les rejoindre.

Lors du premier tour:
A Fribourg, la droite largue l’UDC

Un échec net et cinglant

L’UDC est donc le dindon de la farce de cette alliance qui a connu des hauts et des bas depuis sa concrétisation en 2013. Dimanche, son candidat Stéphane Peiry a été rapidement distancé par la gauche. Il a même été boudé dans les campagnes, qui votent traditionnellement à droite. C’est dire que le suspens n’aura pas duré longtemps. Au final, Stéphane Peiry accuse plus de 10 000 voix de retard sur le premier élu du jour, Jean-François Steiert. «En repartant seul contre les candidats de la gauche, je savais que ce serait compliqué pour moi», avoue le vaincu du jour, qui n’exclut pas de refaire l’expérience dans cinq ans.

Président cantonal de l’UDC, Roland Mésot parle d’un «échec partiel», étant donné que l’alliance a tout de même rapporté près de 10 000 voix de plus au candidat UDC que lors du précédent scrutin cantonal. «Nous n’aurions pas fait mieux en partant seul», déclare-t-il. Qu’est-ce qui a manqué pour gravir la dernière marche’ Les statistiques permettront d’y voir plus clair mais au premier tour déjà, c’est surtout l’électorat de PDC qui a exprimé dans les urnes des réticences vis-à-vis de ce nouveau partenaire en biffant Stéphane Peiry de la liste. 

Une ambiance tendue

L’ambiance au sein du PDC s’est encore tendue entre les deux tours, lorsque le conseiller communal de la Ville de Fribourg, Laurent Dietrich, a exprimé face aux caméras de la Télévision suisse romande ses doutes sur la discipline de vote de l’électorat PDC. Alors que la droite misait sur des divisions au sein de la gauche, c’est plutôt le contraire qui est survenu. «Notre électorat centriste n’a pas été convaincu et les hésitations exprimées publiquement ne nous ont pas aidés»,  lance le président cantonal du PDC, André Schönenweid. Conseillère nationale, Christine Bulliard-Marbach note que «l’électorat est toujours plus indépendant du mot d’ordre des partis et qu’il faudra en tenir compte».

La difficulté de l’UDC

Reste que, alliance ou pas, l’UDC peine toujours à imposer un candidat dans un scrutin majoritaire. En 2011, elle présentait Pierre-André Page, un agrarien modéré. Avec Stéphane Peiry, elle a choisi une autre personnalité consensuelle, proche des milieux économiques.

Elle a maintenant un peu de répit pour imaginer une autre stratégie pour 2021. «Je constate que dans d’autres cantons, l’UDC réussit lorsqu’elle suit la ligne du parti et présente des personnalités qui ont une certaine notoriété, comme Oskar Freysinger en Valais. ça ne suffit pas d’être député», note l’UDC Nicolas Kolly, député au Grand Conseil. Le maintien d’une alliance entre les partis de droite sera également rediscuté.

Ca s’appelle une défaite

PDC, UDC et PLR avaient un objectif clair: occuper cinq sièges sur sept au Conseil d’Etat fribourgeois en faisant une place au candidat UDC Stéphane Peiry. Leur cible était identifiée: chasser la Verte Marie Garnier du Conseil d’Etat. Résultat des courses après ce second tour des élections: la droite conserve ses quatre sièges et pas un de plus, l’UDC reste exclue de l’Exécutif et Marie Garnier retrouve son éternel sourire.

C’est ce qu’on appelle une défaite. Défaite de l’alliance, défaite de l’UDC, et défaite du PDC et du PLR qui n’ont pas convaincu leur électorat de cette stratégie. Dimanche pourtant, les dirigeants des partis ne voulaient pas l’admettre, préférant les termes de «succès partiel», «d’élection test», voir même de «succès global» pour le PLR qui a cartonné au premier tour et s’est renforcé au Grand Conseil. C’est de bonne guerre, mais c’est un peu court.

On peut suggérer à la droite, qui gonflait les muscles au soir du premier tour avec quatre élus d’un coup, quelques pistes de réflexion. L’électorat fribourgeois tient à l’équilibre, il n’adhère pas aux tentatives de putsch, il privilégie une certaine continuité et ne sanctionne personne sans raison. Plus important encore, l’absence de femmes sur la liste de droite a probablement eu plus de conséquences que ces Messieurs imaginaient.

(M.G)

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