Makoto Shinkai l’animation post-Miyazaki

Makoto Shinkai l'animation post-Miyazaki

«Kimi no na wa» («Ton nom’») est le blockbuster de la rentrée japonaise. Un film d’animation d’une beauté sidérante, dont le rythme, l’emphase et l’optimisme tranchent avec l’ambiguïté que cultivait le maître des studios Ghibli, Hayao Miyazaki

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Chroniques

Cinéma

Jonas PulverPublié mercredi 14 septembre 2016 à 20:00.

Tokyo. Inondée par le cristal du crépuscule. Auscultée par l’été étoilé. Eblouie par ses propres lumières. Tokyo dont les vertiges architecturaux sculptent l’imaginaire. Tokyo comme on rêve, comme un matin d’adolescence, un après-midi qu’on embrasse, un soir qu’on espère. Tokyo dessinée, éprise d’elle-même sur les écrans de ciné.

La mégapole est un personnage à part entière dans le blockbuster de la rentrée japonaise, «Kimi no na wa» («Ton nom’»), le nouveau film d’animation de Makoto Shinkai. Les 61 millions de dollars engrangés par le long-métrage deux semaines après sa sortie ont inspiré aux critiques et aux réseaux sociaux diverses comparaisons avec le légendaire Hayao Myazaki. Avant que le co-fondateur du Studio Ghibli n’annonce sa retraite, ses films étaient traditionnellement distribués par Toho à la fin de l’été. Makoto Shinkai est-il promis à combler ce créneau emblématique’

Porté par une direction artistique époustouflante, «Kimi no na wa» entrelace les destins de deux lycéens, elle (Mitsuha) prisonnière d’une jeunesse à la campagne, lui (Taki) perdu dans la foule anonyme de la capitale. Astuce: lorsqu’ils s’endorment, Mitsuha et Taki se retrouvent projetés dans la vie et le corps de l’autre, de sorte qu’ils se connaissent intimement sans jamais s’être rencontrés. A moins qu’une comète dont la trajectoire effleure la Terre chaque mille ans n’augure une étrange plissure dans l’étoffe de l’espace-temps’

La délicieuse confusion des genres confère au scénario des saveurs de comédie acidulée. Mais l’essentiel de «Kimi no na wa» est ailleurs, dans le romantisme que Makoto Shinkai sait faire souffler sur ce récit d’amour multidimensionnel (un thème qui traverse ses films précédents, «Voices of a Distant Star» et «5 centimenters per second»).

A ce titre, le succès du film semble signaler l’avènement d’une ère post-Miyazaki. Là où l’aîné favorisait la solitude de ses héroïnes, l’importance de la quête et le foisonnement de récits en clair-obscur, Makoto Shinkai travaille sur l’emphase, le lyrisme et la catharsis. Construit comme un livret d’opéra (sur une très belle bande-son signée Radwimps), «Kimi no na wa» bouleverse parce qu’il fait appel à des émotions sans équivoque. Le cinéma de Shinkai gagne en puissance ce qu’il sacrifie en ambiguïté. Il laisse derrière lui le vague à l’âme, les obsessions et les étrangetés de la culture otaku, pour s’adresser à une nouvelle génération bien trop pressurisée pour prendre le moindre plaisir à douter de l’avenir.

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