Moscou galvanise les bons séparatistes 

Moscou galvanise les bons séparatistes 

Séparatistes du monde entier, unissez-vous à la Russie! Moscou a accueilli dimanche la seconde conférence internationale «Dialogue des nations», rassemblant les délégations d’une trentaine de mouvements indépendantistes et d’Etats non reconnus. Qu’ils soient Irlandais du Nord, Catalans, Texans, Californiens, Hawaïens, Portoricains, mais aussi alliés de Moscou dans les «conflits gelés» de l’ex-URSS (République moldave de Transnistrie et Nagorno-Karabakh). Plusieurs participants à la conférence arborent des uniformes de la République Populaire de Donetsk, le mouvement séparatiste couvé par Moscou en Ukraine.

Le Dialogue des nations est organisé par le «Mouvement antiglobaliste russe», une ONG épousant les objectifs de la politique étrangère russe, et qui milite pour le «droit des peuples à disposer d’eux-mêmes» et la «construction d’un monde multipolaire», c’est-à-dire débarrassé de l’hégémonie américaine.

Russie superstar

Parmi les délégués, certains ont pignon sur rue, comme les indépendantistes catalans et le Sinn Fein irlandais. Les autres vont du «Somaliland» aux marginaux du mouvement de libération californien. S’insurgeant contre Washington, dont «l’armée a conquis et annexé la Californie il y a 170 ans», son délégué Louis J. Martinelli demande à la Russie d’aider à ce qu’il appelle le «Calexit». La véhémence de Martinelli n’a pas été amoindrie par un long vol transatlantique: il est enseignant d’anglais dans l’Oural.

Bien que les organisateurs se défendent d’être une agence officielle, une bonne partie des délégués étrangers invités commencent leurs discours par des remerciements au gouvernement russe pour l’aide apportée. Le vice-ministre des affaires étrangères de Transnistrie va jusqu’à témoigner sa gratitude pour l’aide «financière, médiatique et militaire» russe.

Aucun officiel russe n’est présent, hormis des députés du parti nationaliste LDPR, qui soutiennent mordicus la politique du Kremlin. L’un d’eux, Mikhaïl Degtiarev, a accusé dans son discours les Etats-Unis d’être une «dictature» et d’être «incapables de régenter le monde». Il a opposé le référendum «démocratique» en Crimée à l’indépendance «illégale» du Kosovo, «tombé entre les mains de coupeurs de têtes et arraché à nos alliés serbes».

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Costume taillé sur mesure et oreillette

Derrière cette initiative semblant issue de la Guerre froide, un seul visage. Celui d’Alexander Ionov, un garçon barbu d’à peine 26 ans. Du haut de ses deux mètres, engoncé dans un costume taillé sur mesure, et équipé d’une oreillette, il ressemble davantage à un garde du corps qu’à un diplomate, sa fonction principale. Ionov est président du Mouvement antiglobaliste russe, qui compte parmi ses membres Bachar el Assad et l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Mais il dit aussi «représenter le ministère des affaires étrangères de la République Populaire de Donetsk dans ses relations avec l’Amérique du sud et le Moyen-orient».

Sérieux comme un pape, cet officier de l’armée russe se présente aussi comme le PDG d’une «société de commerce international» dont il tait le nom car «c’est un secret commercial». Quand il lui arrive rarement de sourire, il découvre un appareil dentaire massif qui pourrait lui valoir un rôle de méchant dans un film de James Bond.

Aide du fond présidentiel russe

Interrogé sur les sources de financement de la conférence, Alexander Ionov affirme que le Mouvement russe antiglobal s’autofinance aux deux tiers. Le reste vient d’une aide du fond présidentiel russe. Cet argent a permis à la conférence de déménager au dernier moment du très terne hôtel russe Président au luxueux Ritz-Carlton, fleuron américain de l’hôtellerie mondiale. Ionov admet avoir financé le voyage de plusieurs délégations, mais refuse de préciser lesquelles.

Désolé de l’absence de nombreuses délégations attendues (Lombardie et Vénétie entre autres), le président du Mouvement antiglobaliste russe se montre par contre inflexible envers les séparatistes de la Fédération russe. «Les Tchétchènes et les Tatars de Crimée qui réclament l’indépendance sont des extrémistes qui ne représentent pas les intérêts de leurs communautés, mais servent les intérêts de pays tiers», tonne-t-il, en accusant implicitement Washington.

Il insiste: «Nous n’invitons que des mouvements dont l’existence est légale.» Or, une loi adoptée l’année dernière par le parlement russe punit d’une peine allant jusqu’à 5 ans de prison tout appel à l’indépendance d’un sujet de la fédération, y compris la Crimée. Toutes les nations ont le droit à l’auto-détermination, mais certaines davantage que d’autres.

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