Neville Marriner s’est éteint paisiblement

Neville Marriner s'est éteint paisiblement

Quelle vie pleine, et longue. Et quel beau parcours. Quitter ce monde à l’âge vénérable de 92 ans en laissant derrière soi un demi-millier d’enregistrements, parmi lesquels des références (Mozart, Haydn ou la bande-son du film Amadeus de Milos Forman notamment’) est déjà un genre d’exploit en soi. Avoir fondé en 1958 un des ensembles de chambre les plus reconnaissables de la sphère baroco-classique l’Academy of Saint Martin in the Fields, et participé au mouvement de musique ancienne sans en endosser les rigueurs sur instruments d’époque, représente aussi une singularité notoire. Avoir pratiqué et enseigné un art généreusement partagé et transmis, constitue aussi une rareté dans un univers parfois exclusif. Et être anobli par Sa Majesté la reine d’Angleterre signale enfin l’importance nationale et internationale d’une personnalité hors norme.

Neville Marriner s’est éteint «peacefully» ce dimanche, selon une annonce de son cher orchestre, trois jours après un concert donné à Padoue. Jusqu’au bout, le Britannique s’est ainsi produit sur scène, bien qu’il ait aussi eu la sagesse de céder la direction de son ensemble dès les années 70 à plusieurs musiciens successifs: Iona Brown, Kenneth Sillito, Murray Perahia et Joshua Bell depuis 2011.

Un explorateur qui a redécouvert le baroque

Né sous le signe du Bélier le 15 avril 1924 à Lincoln UK, le petit Neville entre à 13 ans dans la classe de violon du Royal College of music de Londres, avant d’y devenir lui-même professeur de 1949 à 1959. Elève de René Benedetti au Conservatoire de Paris avant d’enseigner, il commence sa carrière comme violoniste au Martin String Quartet avant les London Mozart Players. Ses passages au Philharmonia et au LSO ne lui suffisent pas à exprimer sa sensibilité musicale. Il prend donc des cours de direction auprès de Pierre Monteux et se met à la baguette.

C’est l’exploration musicale qui motive le musicien. On le retrouve logiquement dans des aventures originales, dont la formation, avec le musicologue et claveciniste Thurston Dart, du Jacobean Ensemble, au nom évocateur.

Dès lors la musique ancienne le passionne, et il se lance dans l’épopée de l’Academy of Saint Martin in the Fields. L’orchestre de chambre, ainsi nommé à cause de l’église baroque éponyme dans laquelle l’ensemble se produit aux abords de Trafalgar Square, se compose alors d’une douzaine de cordes du LSO. Il s’étoffe plus tard de vents, et s’enrichit d’un ch’ur en 1975.

Le couronnement d’Amadeus

Le style Marriner’ So british’ L’élégance et l’équilibre, la simplicité et le retour à des sources décapées de tout pathos romantisant, le respect des textes et une certaine tendresse de ton lui valent la reconnaissance de ses pairs et du public. Après des débuts lents à décoller, c’est l’enregistrement des fameuses Quatre Saisons de Vivaldi en 1970 qui le lance sur le devant des scènes internationales. Puis la bande-son du film Amadeus de Milos Forman en 1984 l’installe dans le c’ur d’un immense public, avec 6,5 millions d’exemplaires vendus.

Mais on n’en oubliera pas pour autant son Messie de Haendel de référence, sa Symphonie No 29 de Haydn (Philips) et ses intégrales des Symphonies et des Concertos pour piano de Mozart. Le chef, intime de la musique «historiquement informée», n’en parcourt pas moins avec bonheur les répertoires postérieurs. Beethoven, Brahms, Mendelssohn, Dvorak ou Stravinski ont aussi ses faveurs. Et la musique britannique figure dans ses territoires d’élection. Il grave en 1976 une compilation d »uvres d’Elgar, Britten, Vaughan Williams, Tippet et Butterworth rassemblées sous la bannière de Festival of English Music.

Avec des incursions lyriques remarquées et la création d’autres ensembles, on n’oubliera pas que Neville Marriner a aussi passé par la direction de l’Orchestre du Minnesota de Minneapolis (de 1979 à 1986), et du Symphonique de la Radio de Stuttgart (de 1986 à 1989), qu’il a repris des mains d’un certain Sergiu Celibidache’

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