Notre seule présence mène à une baisse des coûts

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Notre seule présence mène à une baisse des coûts

La forte expansion des ETF s’appuie sur deux critères clés aux yeux des investisseurs, leur faible coût et leur liquidité. Vanguard, le numéro deux mondial du secteur derrière BlackRock et numéro six en Europe, gère 3600 milliards de dollars d’encours. C’est lui qui a créé le premier fonds indiciel, en 1976. A l’époque, les commentateurs critiquaient «la folle idée de John Bogle», du nom de son fondateur, aujourd’hui âgé de 87 ans.

Il est réputé pour les bas coûts de ses produits. Sa structure implique qu’elle aligne ses intérêts sur ceux des investisseurs puisqu’elle appartient aux clients qui investissent dans ses fonds. Mark Fitzgerald, responsable du développement, et basé à Londres, répond au Temps sur les développements de cette industrie en expansion.

Le Temps: Tout le monde ne parle que des ETF, mais en Europe ce marché ne représente que 3,5% des fonds de placement. Exagère-t-on le rôle de ces fonds indiciels’

Mark Fitzgerald: Les capitaux investis en ETF sont considérables, mais effectivement le public omet de mettre le total en relation avec la taille du marché financier dans son ensemble. Le segment des actifs obligataires s’élève à 100’000 milliards de dollars, celui des actions à 50’000 milliards. Dans ces conditions, les montants investis en ETF (3158 milliards de dollars, ndlr) sont élevés, mais ne représentent qu’une modeste fraction du total. Le potentiel d’expansion reste considérable. Il est vrai que les fonds de placement existent depuis plus d’un siècle et les ETF depuis 1993.

J’observe une tendance à la transparence des frais sous la pression des investisseurs institutionnels et des réglementations. A ce propos, les Etats-Unis sont en avance sur l’Europe. Mais le mouvement n’est de loin pas terminé. Les fonds indiciels commencent à être connus, mais les ETF le sont nettement moins.

-A quoi ressemblera la scène des ETF dans cinq ans’

‘ Nous continuerons d’assister à une concentration sur le bas coût, la transparence et sur les produits passifs, en réponse à la demande des investisseurs et à leur savoir-faire ainsi qu’au développement de la réglementation. Nous prévoyons une croissance du marché des ETF en Europe. Il est sous-développé par rapport aux Etats-Unis.

Les conseillers financiers et le public se familiariseront davantage avec les ETF. Cela alimentera la concurrence et la baisse des coûts, donc la croissance. Davantage d’émetteurs devraient entrer sur le marché.

Est-ce que la gestion passive est pire que le marxisme’

‘ La gestion passive a rencontré une forte expansion ces 20 dernières années. Les investisseurs ont été attirés par son faible coût et une approche diversifiée. Mais cette stratégie est encore loin d’arriver à un moment charnière à partir duquel elle aurait un impact négatif sur les marchés financiers.

Les fonds indiciels représentent à peine 15% des marchés d’actions et 10% des marchés obligataires. Les fonds actifs sont largement majoritaires (85% et 90%). En outre, seuls 5 à 10% du négoce quotidien peuvent être attribués aux fonds indiciels. Le phénomène de recherche de prix persiste donc largement, ainsi que la liquidité fournie par la gestion active.

Si un banquier privé déclare ne plus faire appel qu’à 3 émetteurs d’ETF pour des raisons de gestion des coûts, est-ce que ce type de comportement est appelé à se propager et à transformer le marché’

‘ C’est que difficile à dire. Il y a tellement d’approches qui se font concurrence. Les investisseurs ne veulent pas disposer d’un choix restreint. Ils aiment la concurrence. 85% de l’utilisation des ETF en Europe est encore générée par des institutions. Je ne crois pas en une réduction de l’offre. Elle susciterait l’intérêt de nouveaux arrivants. Il y a 50 émetteurs en Europe. Est-ce durable’ Je l’ignore, mais il y a 2200 ETF. Ce dernier chiffre semble d’ailleurs modeste par rapport aux 30’000 fonds de placement. A-t-on besoin de 30’000 fonds de placement’

Quelle est votre opinion sur l’impact des ETF sur la liquidité et l’efficience des marchés’

‘ Un ETF n’est ni moins ni plus liquide que son sous-jacent. Si vous achetez un ETF sur le S&P 500, il sera aussi liquide que l’indice S&P 500. Le fonds achète le sous-jacent. C’est vrai dans les actions comme dans les obligations. Certains critiquent l’absence de transactions sur certains ETF quotidiens. C’est une erreur de perception. Vous pouvez créer davantage de titres et rendre l’ETF plus large. L’autre aspect concerne la liquidité du marché secondaire. Un investisseur peut constater un grand nombre de transactions.

Mais s’il effectue une transaction, il échange ses titres avec un autre investisseur et non pas avec le gérant de l’ETF. Quand le marché est très volatil, une statistique intéressante a montré que 99% du négoce se produit sur le marché secondaire. Le fonds passif ne fait pas de transactions. Sous l’angle de l’investisseur, l’ETF ajoute un niveau supplémentaire de liquidité.

Des discussions émergent sur la possibilité d’ETF gratuits, c’est-à-dire avec un coût total (TER) nul pour l’investisseur. Qu’en pensez-vous’

‘ Des coûts sont à supporter pour offrir un ETF et une technologie à développer ainsi que des réglementations à respecter, des licences d’utilisation des indices à acquérir, et des gérants à rémunérer. Si vous offrez des produits gratuits, quelqu’un aura à payer les coûts.

Nous voulons traiter tous nos clients de la même manière et ne pas faire supporter par certains les coûts d’autres clients. Si le prix est nul pour un fonds et plus élevé que la moyenne ailleurs, est-ce un bon modèle’ Nous ne sommes pas les avocats des produits gratuits.

Les promoteurs d’ETF répètent chacun qu’ils offrent les produits les meilleur marché. Quel devrait être le critère de choix’

‘ Chaque investisseur doit considérer ses propres objectifs et son horizon temporel. L’ETF n’est qu’une enveloppe contenant un produit coté en permanence. Le Total Expense Ratio (TER) est l’élément clé d’une comparaison, mais celle-ci doit prendre en compte tous les frais, y compris les commissions, les écarts entre prix d’achat/vente, le degré de liquidité et la performance.

Il faut aussi s’assurer de la valeur et de l’objectif d’un émetteur d’ETF. Certains privilégient le grand public, d’autres les investisseurs plus sophistiqués.

Qu’en est-il du message de Vanguard’

‘ Nous répétons que l’investisseur doit considérer son objectif, son exposition désirée et son horizon. Il doit trouver un équilibre entre le coût et le rendement espéré. Nous pensons que les frais vont continuer de baisser. Nous devons faire en sorte qu’ils y parviennent. A cette fin, nous devons accroître notre efficience et notre taille. La baisse des frais permet d’accroître le rendement. Elle crée un cercle vertueux.

Est-ce que vous réalisez un bénéfice sur chacun de vos produits’

‘ Oui, obligatoirement. Nous cherchons l’efficience. Chaque produit doit couvrir ses frais. Pour un gérant, plus la taille augmente et plus le prix par unité diminue. Nous réinvestissons nos revenus dans nos produits pour être plus efficients et diminuer les frais. Notre structure de mutuelle le propriétaire d’un fonds Vanguard devient co-propriétaire de Vanguard est la raison principale de cette stratégie.

Quel est le mérite de cette structure en mutuelle’

‘ Depuis des années, nous avons pu réduire le coût moyen de nos fonds et en faire profiter l’investisseur. A l’image des intérêts composés, l’effet cumulé de cet avantage de performance, grâce aux économies de coûts, est particulièrement fort sur une longue durée. Un investisseur d’une vingtaine d’années qui investit pour 40 ans comprendra cet effet sur son rendement final. Nous n’avons pas d’actionnaires extérieurs puisque nous sommes une mutuelle et réinvestissons continuellement notre bénéfice.

Un autre impact de notre structure doit être signalé. Lorsque nous entrons sur un marché, les concurrents diminuent immédiatement les prix. Notre seule présence provoque donc par une baisse des frais.

Vous être le numéro 2 aux Etats-Unis et le numéro 6 en Europe. Comment allez-vous progresser en Europe’

‘ Nous ne visons pas une position particulière sur le marché ou une taille précise. Si nous travaillons correctement, les investisseurs viendront automatiquement vers nous. En Europe, nous avons simplement moins de produits qu’aux Etats-Unis. L’extension de notre gamme de produits nous permettra logiquement de gagner des places. Nous devrons offrir une exposition à de nouveaux segments de marché. Il est vrai que nous avons débuté plus tardivement que d’autres maisons en Europe.

Le marché est nettement plus développé aux Etats-Unis et la pénétration des ETF auprès du grand public nettement plus forte. Il est possible qu’à terme notre offre soit aussi étendue en Europe qu’aux Etats-Unis.

En tant que responsable du développement des produits, est-ce que les taux négatifs modifient votre façon de travailler et vos projets’

‘ Nous considérons toujours la situation des marchés et leur environnement, mais nous ne cherchons pas à suivre les modes. Notre regard porte sur 20 à 40 ans en vertu des travaux académiques. C’est la recherche financière qui nous suggère de privilégier un portefeuille diversifié à long terme composé d’obligations de qualité et très liquides ainsi que des actions. Elle nous dit aussi qu’il faut résister à la tentation de changer constamment d’allocation pour courir derrière une tendance. Mieux vaut garder l’objectif visé et continuer d’investir. Il faut aller au-delà de la situation actuelle de taux négatifs. L’une des clés de la réussite de Vanguard aux Etats-Unis s’explique justement par une offre de produits flexibles et durables.

Si vous développez des produits en fonction des modes, vous arrivez souvent en retard sur le marché.

L’industrie des ETF incite à l’achat d’ETFs smart beta et d’ETF sur les facteurs de risque. Est-ce du pur marketing’

‘ Nous demandons d’abord à chacun doit prendre conseil en fonction de son profil et de limiter ses coûts. Au-delà de cette approche de base, les nouveaux segments que vous citez ne sont que le développement des réflexions académiques et de travaux finalement assez anciens, par exemple sur l’investissement dans la valeur, ou dans les stratégies à faible volatilité. La recherche a mis en évidence qu’il existait peut-être des primes de rendement dans l’investissement dans la valeur et dans les petites et moyennes capitalisations.

Warren Buffett, l’un des plus grands investisseurs, a exploité ces primes durant de longues décennies. Ces stratégies smart beta et facteurs cherchent à tirer profit de ces primes de façon efficiente. Le problème tient à l’absence de définition commune du smart beta.

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