Nous sommes au club comme à la maison

Nous sommes au club comme à la maison

Le 20 août 1916, le comité du Lausanne-Sports Aviron se réunissait pour la toute première fois. Ce vendredi, le club fête son centenaire à Lausanne. Entre les deux, toute une odyssée, de la compétition pure à l’apparition du sport-loisir, du tout-masculin à la mixité. Cette évolution est détaillée dans un beau livre d’histoire commémorative et René Libal, qui a participé aux JO 1960 et 1964 sous les couleurs de la Tchécoslovaquie, l’a suivie de près comme entraîneur du club depuis 1970.

Le Temps: Qu’avez-vous vu changer au sein de Lausanne-Sports Aviron en 46 ans’

René Libal: Rien n’est comparable. Au début des années 1970, le club comptait quelques dizaines de membres, peut-être une centaine, essentiellement des compétiteurs. Aujourd’hui, il en regroupe près de 450, dont beaucoup qui rament pour le plaisir. Mais parallèlement, il a été le meilleur club de Suisse au niveau des résultats sportifs pendant sept ans consécutifs, de 2008 à 2014.

– Les femmes s’y sont aussi fait une place.

– J’étais enseignant au Gymnase de la Cité et j’ai ouvert des cours facultatifs d’aviron. Nous avons vu des garçons arriver, mais aussi des filles. En Suisse, il n’y avait pas de filles dans la discipline, mis à part dans deux clubs uniquement féminins. Aucune compétition n’était organisée. Le Lausanne-Sports a joué un rôle de pionnier et, après avoir observé le mouvement, la Fédération suisse a mis des choses en place. Aujourd’hui, il y a presque autant de rameuses que de rameurs dans les bateaux.

– Il y a donc mixité des genres. Des milieux sociaux également’

– C’est tout de même un sport très lié au milieu étudiant. Parmi nos membres, il y a une grande majorité de gens passés par l’université.

– La force des relations humaines qui se tissent en faisant de l’aviron est mise en avant dans le livre du centenaire du club. C’est une particularité de ce sport’

– Je pense que les membres sont plus proches les uns des autres qu’ailleurs. Ils passent beaucoup de temps ensemble. Dans les bateaux déjà, mais aussi au club-house. Quand une équipe de basket va s’entraîner, le concierge ouvre la salle cinq minutes avant le début de la séance et revient la fermer dès que c’est terminé. Nous avons au contraire la chance d’avoir un chez nous. Pour certains, c’est une vraie résidence secondaire. Ils viennent y étudier, ils peuvent y faire à manger. Nous sommes au club comme à la maison.

– Cela favorise la création de liens d’amitié’

– Forcément. L’objectif prioritaire de chacun, c’est de lier une activité physique avec le lac, la nature. Mais après, à faire de nombreux kilomètres ensemble, à réaliser des randonnées (des sorties) de plusieurs jours, à découvrir de nouveaux pays, on apprend à se connaître, à s’apprécier’ ou, dans certains cas, à se supporter!

– L’aviron rassemble, mais il y a deux clubs distincts à Lausanne. Pourquoi’

– Il y en a 8 à Zurich, une douzaine à Prague’ C’est une question de tradition. Tout le monde s’accorde sur des valeurs fondamentales, mais différentes philosophies pratiques coexistent. Le Lausanne-Sports a été fondé il y a cent ans par des dissidents du Rowing-Club. Il n’y a aujourd’hui pas de problème, au contraire, mais je pense que les membres des deux clubs rejetteraient l’idée d’une fusion.

– Comment satisfaire à la fois les compétiteurs et les randonneurs’

– Pendant longtemps, la question ne se posait pas, car les randonneurs étaient tous d’anciens compétiteurs qui voulaient garder un pied dans le club. Depuis une dizaine d’années, nous voyons arriver des débutants de 30, 40 ou 50 ans. Aujourd’hui, nous croulons sous les demandes d’admission au point que nous devons mettre en place une sorte de liste d’attente.

– Le club se réjouit-il davantage de son nombre de membres élevé ou des bons résultats, comme le diplôme olympique ramené de Rio par Augustin Maillefer et Barnabé Delarze’

– Il y a un double culte: nous n’arrivons pas à envisager d’être moyen sur le plan de la compétition, mais en même temps nous nous réjouissons que le club contente le plus de rameurs «loisir» possible. Et tout le monde se connaît. Si les meilleurs compétiteurs n’ont pas le temps d’aller ramer avec des randonneurs du dimanche, ils sont tout de même en contact et s’apprécient.

– Commencer l’aviron en 1916 et en 2016, quelles différences’

– Aujourd’hui, un jeune bénéficiera de structures bien en place, de bateaux de qualité, d’entraîneurs compétents. Avant, il fallait lutter pour sa place. Elle est maintenant offerte, mais les exigences sont élevées: il faut être prêt à consentir les efforts nécessaires.

A lire: «Lausanne-Sports Aviron 1916-2016, 100 ans d’amour entre une ville et son lac», aux éditions Favre.

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