Nouvel Evangile de la laïcité selon l’extrême gauche

Nouvel Evangile de la laïcité selon l'extrême gauche

«D’une simplicité évangélique.» C’est avec ce joli clin d’oeil ecclésiastique que les députés genevois d’Ensemble à gauche Jean Batou et Pierre Vanek ont présenté vendredi leur projet de loi constitutionnelle «pour une laïcité démocratique». En trois lignes, il corrige un article de la nouvelle constitution genevoise.

Pour eux, la laïcité s’entend ainsi: l’Etat n’intervient pas en matière religieuse, point à la ligne. L’autorité s’abstient donc d’imposer aux religions un régime légal particulier, lui préférant le droit ordinaire. Une «position libérale, au sens originel», estiment-ils, en ce qu’elle défend les libertés d’opinion et de manifestation. Ce projet éviterait aussi à l’Etat le piège de devoir définir ce qu’est une religion, dès lors que les autorités se garderaient d’établir des liens institutionnels avec les autorités religieuses ou de percevoir des contributions ecclésiastiques. «Nous estimons que cette logique de contrôle de l’Etat sur les religions, défendue par Pierre Maudet, est une dérive par rapport à la laïcité.» Et de se réclamer du radicalisme de James Fazy. Du coup, ils pensent pouvoir rallier à leur projet des députés libéraux radicaux. Le parti socialiste quant à lui convoquera une assemblée générale pour se déterminer.

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Ce projet est le troisième du genre sur la laïcité, après celui du Conseil d’Etat et celui de leurs camarades Pierre Gauthier et Magali Orsini, diamétralement opposé au leur. Car en toile de fond sévit à gauche une guerre idéologique entre «islamo-gauchistes» et «laïcards». Ces derniers, craignant notamment que l’égalité homme-femme ne succombe sous les coups d’un islam rétrograde, exigent que le culte ne se manifeste que dans l’espace privé. «Leur projet importe un anticléricalisme à la française», estime Jean Batou. Il corsèterait les religions au point de contrevenir à la Convention européenne de droits de l’Homme qui prévoit de pouvoir manifester sa religion en privé comme en public.

«Le contrôle est nécessaire»

Les deux députés ne craignent-ils pas que leur projet de loi n’ouvre un boulevard à l’islam politique’ Car le paradoxe, c’est que leur définition protège les religions des limites imposées par la laïcité, quand bien même ce n’est pas leur but. «Rien n’est gagné d’avance, mais interdire n’est pas la solution, répond Pierre Vanek. Il faut faire confiance à notre démocratie.» Un optimisme qui n’est pas entièrement partagé par Hafid Ouardiri, directeur de la Fondation de l’Entre-connaissance et ancien porte-parole de la Mosquée de Genève, entendu cette semaine par la commission des droits de l’Homme du Grand Conseil: «J’adhère à la loi du Conseil d’Etat, car elle donne l’égalité de droit à toutes les communautés religieuses, pour autant qu’elles fassent la preuve de leur représentativité et de leur utilité publique. Le contrôle est nécessaire.» On pense notamment au souhait d’une partie de la population pour davantage de transparence sur la provenance et la formation des imams, ou sur le financement de certaines communautés. Un voeu pieux, pour Jean Batou, qui rappelle que l’islam ne se réclame pas d’une seule autorité.

Les débats parlementaires promettent de belles estocades. Les trois projets de loi pourraient être débattus ensemble à l’automne.

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