Plus de 200 morts dans un attentat suicide à Bagdad

Plus de 200 morts dans un attentat suicide à Bagdad

L’Irak rend hommage lundi 4 juillet aux plus de 200 personnes tuées dimanche à Bagdad par un attentat suicide du groupe Etat islamique (EI), l’un des pires jamais perpétrés dans le pays. Les autorités ont nettement revu à la hausse le bilan de l’attentat qui s’élevait à 119 morts dimanche soir.

Il devient ainsi l’un des plus meurtriers qu’ait connu l’Irak, habitué depuis des années aux attentats et attaques visant des lieux fréquentés comme les centres commerciaux, les marchés ou les mosquées.

Cette attaque met de nouveau en lumière l’incapacité du pouvoir irakien à instaurer des mesures de sécurité efficaces pour les prévenir à Bagdad. Le premier ministre Haider Al-Abadi, qui s’est rendu sur les lieux du drame dimanche, a promis d’en «punir» les responsables. Il a aussi annoncé un deuil national de trois jours.

L’attentat a été perpétré par un kamikaze de l’Etat islamique qui a fait exploser dimanche avant l’aube une voiture piégée dans une rue bondée du quartier commerçant de Karrada. De nombreux habitants s’y pressaient pour faire leurs courses avant la fête marquant la fin du mois sacré musulman du ramadan. Outre les morts, plus de 200 personnes ont été blessées, selon des responsables de la sécurité. Le bilan s’est progressivement alourdi car l’énorme déflagration a provoqué des incendies dans plusieurs immeubles et échoppes.

Chiites visés par l’attentat

Hussein Ali, un ancien soldat de 24 ans, a affirmé que six employés dans un magasin appartenant à sa famille avaient été tués. «Je vais de nouveau rejoindre le champ de bataille. Au moins là-bas je connais l’ennemi et je peux le combattre. Mais ici, je ne sais pas contre qui je dois lutter», a-t-il déclaré.

L’attentat a été revendiqué par l’EI, qui a indiqué dans un communiqué que le kamikaze irakien avait visé un rassemblement de chiites, communauté musulmane majoritaire en Irak et considérée comme hérétique par le groupe ultra-radical sunnite.

Cette attaque démontre que l’Etat islamique reste capable de commettre des actions très meurtrières au c’ur même de Bagdad malgré les revers militaires qu’il subit sur le terrain depuis plusieurs mois. Il a ainsi perdu ses principaux bastions, dont les villes de Tikrit, Ramadi et Falloujah, cette dernière ayant été reconquise par les forces irakiennes il y a huit jours.

Critiqué par son incapacité à protéger les populations civiles, Haider Al-Abadi a annoncé dimanche la modification des mesures de sécurité, notamment le retrait de détecteurs d’explosifs dont l’efficacité avait été mise en doute. Le Premier ministre a aussi ordonné au ministère de l’Intérieur d’accélérer le déploiement du «dispositif Rapiscan pour la recherche de véhicules» à toutes les entrées de Bagdad, où se pressent chaque jour des milliers de poids lourds et de voitures particulières.

Des images vidéo ont montré la colère de certains habitants qui ont lancé des pierres sur le convoi de Haider Al-Abadi lorsqu’il s’est rendu sur les lieux du drame dimanche. Le Premier ministre a déclaré «comprendre les sentiments d’émotion», de «tristesse et de colère».

Mort de deux chefs militaires de l’EI

L’attentat de Bagdad a été dénoncé par de nombreux responsables étrangers, dont l’envoyé de l’ONU pour l’Irak, Jan Kubich, qui l’a qualifié d’«acte lâche et odieux aux proportions inégalées». L’attaque «ne fait que renforcer notre détermination à soutenir les forces de sécurité irakiennes», a déclaré le porte-parole du Conseil national de sécurité américain, Ned Price.

Les Américains conduisent la coalition internationale qui mène chaque jour des frappes aériennes sur les positions de l’EI dans les zones qu’il contrôle. Elles ont permis aux forces irakiennes de reprendre une partie des territoires perdus en 2014 et de progresser vers Mossoul, la deuxième ville du pays et dernier bastion de l’EI. Les djihadistes sont également sous pression en Syrie, où ils perdent du terrain dans le nord et l’est, mais conservent encore d’importants territoires, dont Raqa, leur capitale de facto dans ce pays.

L’attaque de dimanche intervient deux jours après l’annonce vendredi par le Pentagone de la mort de deux chefs militaires de l’Etat islamique, dont «le ministre de la Guerre adjoint du groupe», tués le 25 juin dans une frappe de la coalition près de Mossoul. Leur élimination permet de «préparer le terrain pour que les forces irakiennes puissent libérer Mossoul avec le soutien de la coalition», a indiqué le Pentagone, alors que l’administration américaine a dit espérer achever la campagne anti-EI avant la fin de l’été 2017. En juin dernier, le directeur de la CIA John Brennan a affirmé que ce groupe djihadiste, contraint de reculer dans ses bastions d’Irak et de Syrie voisine, gardait toutes ses capacités à commettre des attentats terroristes.

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