Pour comprendre le débat du siècle entre Hillary Clinton et Donald Trump

Pour comprendre le débat du siècle entre Hillary Clinton et Donald Trump

Deux candidats dont la cote de popularité au sein de l’opinion publique américaine est la pire jamais enregistrée dans l’histoire de la présidentielle américaine. Une heure et demie de confrontation politique qui pourrait battre des records d’audience.

D’un côté, une démocrate considérée comme la candidate la plus qualifiée ayant jamais convoité la Maison-Blanche en raison de son expérience en qualité de First Lady, de sénatrice et de secrétaire d’État. Hillary Clinton est l’incarnation presque parfaite de l’establishment de Washington.

De l’autre, un milliardaire new-yorkais qui utilise le Parti républicain comme véhicule pour mener sa première campagne électorale afin d’accéder à la présidence des Etats-Unis. Un candidat qui est parvenu, malgré son inexpérience en politique, à éliminer seize candidats lors des primaires républicaines. Une férue de politique publique face à un homme d’affaires qui a construit une partie de la skyline de Manhattan. Quoiqu’il arrive, le débat télévisuel de lundi, le premier d’une série de trois, va faire événement.

‘ Un débat qui devrait battre des records d’audience

Le premier débat présidentiel entre la démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump, qui se déroule à la Hofstra University, à Long Island, est décrit de manière un peu hyperbolique comme «le débat du siècle». Non pas que les candidats soient particulièrement doués pour l’exercice, mais tous deux incarnent une Amérique radicalement différente.

Cette joute cathodique animée par le journaliste de NBC Lester Holt est surtout très attendue dans une campagne électorale où le milliardaire new-yorkais a mis le système politique américain sens dessus dessous. Beaucoup se demandent s’il va finalement réussir à aller jusqu’au bout: conquérir la Maison-Blanche.

Symboliquement, le débat aura lieu jour pour jour à la même date que le premier débat télévisé outre-Atlantique entre John F. Kennedy et Richard Nixon. En 1960, 36 % des Américains avaient regardé le match Kennedy-Nixon.

Si le même pourcentage s’applique cette année, le taux d’audience pourrait battre tous les records avec près de 120 millions de téléspectateurs sans compter ceux qui verront le débat ailleurs dans le monde. Ce serait davantage que l’événement sportif le plus populaire des Etats-Unis, le Super Bowl ou que les finales de NBA, la ligue américaine de basketball.

‘ Les précédents historiques

En 1960, le débat télévisé a joué un rôle fondamental. Si les auditeurs de la radio avaient estimé que Richard Nixon avait remporté la joute, les téléspectateurs étaient d’un tout autre avis et avaient déclaré John F. Kennedy vainqueur. Il était manifestement plus à l’aise alors que son rival semblait transpirer sur le plateau. En 1976, le président Gerald Ford avait eu cette réplique malheureuse, laissant entendre que l’Europe de l’Est n’était pas sous la domination de l’Union soviétique. Son rival Jimmy Carter en tira profit et gagna la présidentielle.

En 1980, attaqué par le démocrate Jimmy Carter sur Medicare, l’assurance-maladie pour les plus de 65 ans, le républicain Ronald Reagan avait lâché une phrase qui est restée dans les annales: «There you go again», pour montrer que son adversaire rabâchait toujours le même discours.

En difficulté lors du premier débat en 1984, Ronald Reagan avait donné l’impression, à 73 ans, de n’avoir plus les facultés mentales pour demeurer président des Etats-Unis. Confus, il avait connu une sérieuse alerte face au démocrate Walter Mondale. Nancy Reagan se souvient de ce moment comme l’un des pires dans la carrière de son mari.

Mais là aussi, Ronald Reagan avait eu cette réplique incroyable qui fit oublier à l’audience qu’il était si âgé: «Je ne vais pas exploiter à des fins politiques la jeunesse et l’inexpérience de mon adversaire.» La phrase fit mouche. Ronald Reagan remporta l’une des victoires les plus écrasantes de l’histoire des présidentielles américaines en remportant 49 des 50 Etats.

Plus récemment, Barack Obama a montré que ces joutes cathodiques ne sont pas une formalité. Lors du premier débat présidentiel en 2012, le président démocrate était passé à côté du débat en raison d’une désinvolture coupable. Certains y ont vu un excès de confiance de la part du démocrate. Il se reprendra lors des deux suivants pour finalement se faire réélire à la Maison-Blanche en battant le républicain Mitt Romney.

‘ L’impact des débats présidentiels

Il demeure objet de discussions. Mais avec l’avènement de l’ère digitale et des réseaux sociaux, les électeurs ne réagissent plus de la même manière aux débats électoraux et ne considèrent plus la télévision comme leur média de prédilection. Même le débat du «siècle » entre Hillary Clinton et Donald Trump pourrait avoir un impact très marginal sur l’élection proprement dite. Les experts estiment qu’il sera avant tout un spectacle illustrant la campagne électorale unique à laquelle assistent les Américains.

‘ La préparation

Inutile de préciser que les deux candidats en lice ont un tempérament très différent. Depuis quelques jours, Hillary Clinton participe à des débats fictifs pour se mettre dans l’ambiance de lundi soir. L’un de ses proches conseillers qui connaît aussi bien ses forces que ses faiblesses, Philippe Reines, s’est mis dans la peau de Donald Trump pour tenter d’exposer la candidate démocrate à toutes les situations possibles. Elle utilise un pupitre pour répliquer les conditions du débat. Comme elle souhaite montrer qu’elle a, contrairement à son adversaire, une profonde connaissance des dossiers, elle a étudié en profondeur plusieurs questions de politique intérieure et extérieure qui pourraient être posées lundi soir.

Donald Trump n’a pas le même souci. Il a jusqu’ici refusé de participer à un débat fictif malgré l’insistance de ses conseillers, dont l’ex-patron de Fox News Roger Ailes. Il ne s’embarrasse à première vue pas de mémoriser des chiffres ou de combler ses lacunes dans différents domaines de la politique américaine. Il visionne en revanche une série de vidéos montrant les faiblesses de sa rivale démocrate qu’il compte bien exploiter. Il compte aussi prononcer des phrases qui font mouche et dont il a le secret, ce que les Américains appellent des «one-liners», du type «Nous allons construire un mur» entre le Mexique et les Etats-Unis.

‘ L’avantage de Hillary Clinton

La candidate démocrate est loin d’être une néophyte quand il s’agit de débats où deux candidats s’affrontent. Au cours des primaires, elles a déjà affronté à de multiples reprises son adversaire démocrate Bernie Sanders. Et en 2008, elle avait dû affronter Barack Obama à cinq reprises lors des primaires. Elle apparaît relativement solide. Mais elle est face à une vraie inconnue.

Quelle version de Donald Trump va-t-elle affronter’ Le républicain pourrait rester le Trump que tout le monde connaît, celui dont l’outrage est l’arme première et qui se contente d’insultes et de slogans pour mieux occulter la substance. Mais il pourrait aussi être davantage «présidentiel » en montrant une attitude plus réservée. C’est ce qu’espéraient bon nombre de ses conseillers après les primaires, mais visiblement, Donald Trump préfère rester ce qu’il est: un Trump qui refuse le «politiquement correct». Face aux assauts de son rival, Hillary Clinton a intérêt à ne pas chercher à interrompre Donald Trump, mais plutôt à attendre pour mieux désamorcer les attaques en arrivant avec des arguments solides.

‘ Les atouts de Donald Trump

Son premier atout, c’est son imprévisibilité. Les journalistes qui l’ont interviewé jusqu’ici en ont fait l’expérience. Difficile de savoir comment le républicain va se comporter. Pour Hillary Clinton, c’est un facteur difficile à gérer. Donald Trump, animateur de 2004 à 2014 de l’émission de télé-réalité The Apprentice sur NBC, maîtrise bien les codes télévisuels. Il sait avoir les répliques et les mimiques qui ont un impact sur les téléspectateurs.

Sa difficulté sera toutefois d’appréhender le facteur «femme» avec subtilité. Ce qui n’a pas été son fort au cours des primaires. Il avait outré l’électorat féminin lors d’un débat quand il avait ironisé sur les menstruations de la journaliste de Fox News Megyn Kelly. Ce qui rend le camp Trump un peu nerveux, c’est l’inexpérience du milliardaire dans un débat où ne s’opposent que deux candidats.

Au cours des primaires, Donald Trump n’a jamais excellé lors des débats. Mais en présence de nombreux candidats, il a toujours pu choisir les moments pour se faire remarquer et ceux où il pouvait rester en retrait, notamment quand il était question d’entrer dans les détails. Face à une seule candidate et avec beaucoup plus de temps de parole, sous le contrôle d’un modérateur qui ne laissera en principe pas le républicain dire n’importe quoi sans être repris, l’exercice pourrait être plus compliqué que prévu.

‘ Y aura-t-il un gagnant’

La logique des débats est autre. On tend davantage à les perdre qu’à les gagner. Les électeurs seront donc attentifs à tout dérapage possible, Hillary Clinton se montrant par exemple incapable de sortir de la controverse de la messagerie privée qu’elle utilisa contre les règles du Département d’État quand elle était cheffe de la diplomatie ou Donald Trump, irrité, montrant qu’il n’a pas le tempérament pour être le commandant en chef de l’armée équipé de la valise nucléaire. La campagne électorale actuelle étant très polarisée, il est toutefois peu probable qu’il y ait de nombreux électeurs qui changent d’avis à l’issue du débat.

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