Pourquoi la Ryder Cup terrifie les golfeurs

Pourquoi la Ryder Cup terrifie les golfeurs

Les vainqueurs du Masters et du British Open 2016, celui des Jeux olympiques de Rio, cinq joueurs dans les douze premiers mondiaux: elle a plutôt belle allure, l’équipe européenne qui va tenter de décrocher une quatrième Ryder Cup consécutive face aux Etats-Unis. Mais elle compte également six débutants dans ses rangs, et le déjà expérimenté Rory McIlroy a tenu à prévenir tout le monde par voie de presse: «Danny Willett est peut-être le champion en titre du Masters, mais vendredi matin, il ne va pas comprendre ce qui va lui tomber dessus.» Comprendre: la Ryder Cup ne ressemble à rien de ce qu’il a pu vivre jusqu’ici.

Ce n’est pas l’Anglais Ross Fisher qui dira le contraire, lui qui, blanc comme un linge en 2010, n’arrivait pas à poser sa balle sur le tee tellement il tremblait. Ni le capitaine Darren Clarke, qui n’a rien oublié de ses débuts dans l’épreuve en 1997: «J’avais tellement peur que j’avais posé la balle très haut sur le tee pour être sûr d’avoir un contact correct et éviter de faire un top qui allait rouler à quarante mètres.» Même le Tiger Woods très grande époque avait lui aussi fourché: son premier coup de l’édition 2006 avait terminé cinquante mètres à gauche du fairway, en plein dans l’obstacle d’eau.

Pas de la pression: de la peur

Pourquoi ces experts commettent-ils de tels dérapages aussi peu contrôlés’ Peut-être bien parce qu’une fois tous les deux ans, ils ne jouent plus seulement pour eux. Mais aussi pour onze coéquipiers qu’ils n’ont pas envie de trahir; plus des dizaines de milliers de spectateurs présents sur site, et des centaines de millions devant leurs écrans. Et le grand saut du vendredi matin est parfois fatal, comme le raconte l’Anglais Nick Faldo (59 ans), le joueur européen le plus prolifique dans l’épreuve: «Si vous jouez bien dans un tournoi du Grand Chelem, l’adrénaline monte au fil des tours, avec un climax le dimanche en fin d’après-midi. Alors qu’en Ryder Cup, vous êtes tranquille le vendredi, et soudain, dès le premier départ, vous êtes coincés dans une voie sans issue avec aucune possibilité de vous échapper. La pression vous tombe dessus d’un seul coup. Si vous jouez bien, c’est gérable. Mais si votre jeu n’est pas en place, c’est le pire sentiment au monde.» Darren Clarke dit à peu près la même chose par les chiffres: «Sur une échelle de 1 à 10, si la pression des Majeurs est à 4, celle de la Ryder monte à 9.»

Il y avait George Bush, Byron Nelson, 40’000 spectateurs, et honnêtement, j’ai vraiment cru que j’allais me chier dessus.

Les anecdotes sur les grands moments de solitude sont nombreuses en Ryder Cup. Par exemple celle racontée par l’Américain Brad Faxon, un des meilleurs putteurs de l’histoire, à propos de sa partie d’entraînement en 1995: «Il y avait George Bush, Byron Nelson, 40’000 spectateurs, et honnêtement, j’ai vraiment cru que j’allais me chier dessus. J’ai mis mon premier drive dans le rough, mais en arrivant sur ma balle, notre capitaine Lanny Wadkins avait remis la balle sur le fairway en me disant: «J’ai fait ça parce que je sais que ton drive sera parfait le jour de la compétition ». Et ça n’a fait que me mettre des tonnes de pression supplémentaire. Il existe une différence entre peur et pression. Et là, c’était de la peur.»

Américains remontés

Ou encore l’Anglais Paul Casey, pétrifié pour son premier départ en 2004, et auteur d’un coup bien pourri qui a pourtant fini en plein milieu du fairway: «J’étais la seule personne au monde à savoir que c’était un mauvais coup, très mal centré. Mais la balle est partie tout droit, je ne sais toujours pas pourquoi.» L’Américain Mark Calcavecchia n’a lui rien oublié de ses tressaillements voilà 25 ans: «J’ai raté un putt de cinquante centimètres pour gagner le match contre Colin Montgomerie. En temps normal, je l’aurais rentré les yeux fermés, mais là, je tremblais, littéralement. Et j’ai envoyé ma balle dans l’eau sur le trou suivant’»

L’équipe américaine est remontée comme jamais après avoir connu trois défaites humiliantes lors des trois dernières éditions. Elle a créé l’an passé une «task force» pour tenter d’inverser la tendance, comme si la Ryder Cup était aussi importante que la conquête de l’espace pour la fierté nationale. Certains ont aussi tenté quelques punchlines, pas forcément convaincantes. Le capitaine Davis Love, par exemple («Nous avons sans doute l’équipe de golf la plus forte de tous les temps»), pendant que son vieux râleur de compatriote Johnny Miller, l’analyste le plus craint outre-Atlantique, lâchait un premier coup de cutter: «L’Europe a l’équipe la plus faible de son histoire.» «Parfait, les gars, vous avec donc zéro pression», s’en est amusé l’Anglais Lee Westwood, délicieux d’ironie. Une guerre des mots relativement douce. Celle des nerfs, à partir de 14h35 ce vendredi (heure suisse), sera autrement plus violente.

Blessé et privé de compétition depuis plus d’un an, Tiger Woods a récemment annoncé son retour sur les fairways. Ce sera dans deux semaines, au Safeway Open, pour le début de la saison 2017 du PGA Tour. En attendant, il a lui aussi voulu s’impliquer dans la reconquête de la Ryder Cup en devenant assistant du capitaine Davis Love. Concrètement, il se promènera en petite voiturette pour suivre certaines parties, donnera son opinion sur les compositions d’équipe, et passera les sandwiches quand ses joueurs auront un coup de fringale.

On peut aussi imaginer qu’il apportera un supplément d’âme dans l’intimité du vestiaire, mais il existe malgré tout quelques doutes sur l’apport réel du golfeur le plus individualiste de l’histoire, qui n’a jamais brillé dans l’épreuve, particulièrement en double. L’Anglais Lee Westwood a glissé une petite pique sur le sujet la semaine dernière: «Je ne sais pas trop quel impact il aura. Pendant des années, ils ont galéré pour lui trouver un partenaire fiable dans les matches de doubles. Là, il se pourrait bien que sa présence ait un effet négatif sur l’équipe américaine. Parce que les joueurs ont toujours essayé d’en faire trop quand ils jouaient avec lui.» En attendant, il s’est fait gentiment écarter de la photo officielle de l’équipe américaine ce mardi: seuls les joueurs étaient admis à y figurer’

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