Primal Scream pour lancer la saison des open air

Primal Scream pour lancer la saison des open air

Températures en berne, pluies intermittentes, grisaille ambiante. On pourrait se croire cette semaine en automne, si l’actualité culturelle ne venait pas nous rappeler que non, l’été approche. Ce soir s’ouvre en effet officiellement, du côté de Crans-sur-Céligny, la saison des festivals open air. Pour la première soirée de sa 26e édition, le Caribana Festival accueille en tête d’affiche Garbage. Une semaine avant la sortie de son sixième album, le groupe emmené par la chanteuse écossaise Shirley Manson et le batteur Butch Vig, producteur du mythique Nevermind de Nirvana, tentera de prouver que vingt-trois ans après ses débuts au crépuscule de la mode grunge, sa musique faite de guitares lourdes et mélodies pop peut encore séduire.

Et demain, en attendant Festi’Neuch la semaine prochaine, c’est dans la verte Singine que le Bad Bonn Kilbi prendra ses quartiers. Connue loin à la ronde pour sa programmation résolument alternative, entre découvertes, légendes underground et expérimentations, la manifestation fribourgeoise affiche comme à son habitude complet. Signalons juste en passant la venue en exclusivité suisse, samedi soir, de Minor Victories, supergroupe britannique très excitant sur le papier, car réunissant des membres de Mogwai, Slowdive et Editors.

Forcer le destin

Du côté du Caribana, c’est également sous le signe de l’Union Jack que se place la soirée de jeudi avec la venue de Primal Scream. A savoir un groupe majeur dans l’histoire de la musique british, auteur il y a vingt-cinq d’un album culte, Screamadelica. Fondé à Glasgow au début des années 80 par Bobby Gillespie, ancien batteur de The Jesus and Mary Chain, Primal Scream prend rapidement ses quartiers à Londres, où son rock sans réelle originalité ne déchaîne guère les passions. Mais le groupe fait partie de l’écurie Creation Records, dont le patron, Alan McGee, un ami d’enfance de Gillepsie, est bien décidé à tout mettre en uvre pour forcer le destin. Toujours à l’affût des nouvelles tendances, il sera le premier à croire en Oasis, il s’arrange alors pour convaincre le DJ Andrew Weatherall de remixer un morceau du groupe, I’m Losing More Than I’ll Ever Have. Son but: introduire dans le rock du groupe la rythmique répétitive du dub, les beats extatiques de l’acid house et la sensualité de la soul.

De son côté, Gillespie décide d’ouvrir le morceau sur un extrait de la bande-son de The Wild Angels, un film de motards réalisé en 1966 par Roger Corman. Le résultat est incroyable: tandis que Peter Fonda clame son envie d’être libre, défoncé («Loaded», qui deviendra le titre de la chanson) et de faire la fête, une trompette lance une mélodie répétitive et hypnotique qui, à partir du printemps 1990, tournera en boucle dans les clubs anglais.

C’est finalement en septembre 1991 que sortira finalement Screamadelica, coproduit par Weatherall, le duo ambient The Orb et Jimmy Miller, qui avoue avoir retrouvé avec Primal Scream l’excitation ressentie durant les sessions du Exile on Main St. des Rolling Stones. Chaudement accueilli par la critique, plus important par le nombre de musiciens qu’il influencera que par le nombre de copies écoulées (680’000 avant sa réédition à l’occasion de son vingtième anniversaire), l’album soufflera quelques mois plus tard le prestigieux Mercury Prize à U2 et Simply Red.

Un quart de siècle après, que reste-t-il de Primal Scream’ A l’écoute du onzième album des Anglais, Chaosmosis, sorti en début d’année, on a la preuve que le groupe a toujours quelque chose à dire. Entre envolées psychédéliques, rock binaire et électro-pop dansante, la bande à Gillepsie se montre autrement plus séduisante que nombre de jeunes formations qui, conscientes qu’il n’y plus grand chose à inventer, ne se donnent même la peine d’essayer.

Caribana Festival, Crans-près-Céligny, du 1er au 5 juin. Primal Scream, jeudi 2 à 19h30. www.caribana-festival.ch

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